‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 9 sur 189 · LIVRE PREUIËR · texte numérisé non relu

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pable? Heureusement pour celte assemblée , malgré le décri dans lequel elle était tombée à la suite de ses sanglantes alternatives de terreur et de réaction, elle représentait toujours une grande cause , la révolution de 1 789 , qu'elle avait sauvée , en l'exagérant, à travers Thorrible et le sublime , soit des agressions de l'étranger, soit des insurrections de l'intérieur. La Providence, qui avait présidé à cette double victoire de la souveraineté nationale, en plaçant partout les hommes que demandaient les circonstances , ne devait pas laisser son œuvre incomplète , et refuser cette fois à la France révolutionnaire un nouvel instrument de salut. Elle voulait à la fin de la Convention ce qu'elle avait voulu au commencement de la Constituante , et elle le voulait, de cette volonté qui est autrement immuable que celle des rois. Comme elle avait armé Mirabeau des foudres de l'éloquence, elle avait révélé à Napoléon les secrets du génie de la guerre , et dans un but identique , pour l'accomplissement d'une même pensée , le couronnement de l'esprit moderne , le triomphe et le développement de la révolution française , par la prédominance combinée ou successive de l'art oratoire et de la gloire militaire. La prévision divine, et non l'aveugle hasard, avait donc tenu le vainqueur de Toulon en réserve, derrière Menou et Barras, pour relever, d'une main vigoureuse , le drapeau du tour du monde^ que ces impuissants émissaires de la fatalité auraient

laissé mettre en lambeaux ou tomber dans la boue. Le général Bonaparte , dont Tambition , loin d'être exclusive de toute conviction ^ comme Marmont Ta prétendu 9 s'alliait au contraire en lui à un vif et ferme attachement à Tordre nouveau , remplit avec éclat la mission que lui avait préparée la Providence* Non «seulement il arrêta les progrès de la contre*révolution et ruina les espérances prochaines du royalisme ; mais il gagna surtout à sa victoire de vendémiaire ^ le renom , Tinfluence et l'autorité qui devaient le faire passer bientôt au commandement suprême des armées , et finir par le rendre maître des destinées de la République ^ moins encore au profit de son élévation et de son orgueil que dans l'intérêt de la propagation des idées et des mœurs de la démocratie française dans toute l'Europe. Que le duc de Raguse fasse maintenant remarquer avec affectation que Napoléon fut servi dans son rapide avancement par la disgrâce même qui le retint à Paris, il n'en reste pas moins vrai que ce ne furent . ni les préjugés de l'obscur Âubry, ni la nullité de l'extravagant Menou, ni T insuffisance du fastueux Barras , qui firent du général Bonaparte le sauveur de la représentation nationale , pas plus que l'imbé^ cillité de Carteaux et l'ignorance de Doppet n'avaient concouru à la réussite des plans du commandant d'artillerie. En vendémiaire de Tan m, comme en frimaire de l'an ii , à Paris comme à Toulon , l'homme

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grandit par Tinitiative, la spontanéité, les ressources et les dispositions d'un génie indépendant , et non point par les caprices du sort et le» jeux du destin , à l'aide des facilités accidentelles que lui auraient ménagées quelque; incapacités environnantes.

Pour devenir un jour le suprême régulateur de la révolution 9 il fallait commencer par vaincre pour elle les coalitions et les factions , et c'est ce que fit le futur empereur en chassant les Anglais de Toulon et en étouCTant la révolte des sections parisiennes. Mais ce ne fut pas l'habileté spéculative d'un scep^tique ambitieux qui détermina cet homme extraordinaire, comme le duc de Raguse a osé le prétendre, à se jeter dans les luttes mémorables qui contribué^ rent tant à sa réputation et à sa fortune. Là où Mar^mont n'a voulu voir que le hasard et le calcul, Bonaparte apporta certainement le génie et le patriotisme* Il a répondu d'avance au reproche d'avoir manqué de conviction politique , quand il a rappelé et fait écrire à Sainte-Hélène ce qu'il se disait à luimême au moment où la perspective d'un combat meurtrier entre Français le faisait hésiter à accepter le commandement qui lui était ofiert : « Mais si la Convention succombe y que deviennent les grandes vérités de notre révolution? i» Et cette noble sollicitude pour les conquêtes de 4 789 n'a point été imaginée après coup par le potentat déchu de t8i 6 1 Elle appartient bien réellement au soldat de l'an m , qui l'avait déjà

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exprimée avec la même énergie dans une lettre qu'il adressait^ un an auparavJBint, aux représentants du peuple pour protester contre son arrestation. « Depuis l'origine de la révolution, avait-il dit fièrement aux commissaires de la Conventipn , nai-je pas toujours été attaché anx principes?.., A la découverte de la conspiration de Robespierre , ma conduite a été celle d'un homme accoutumé à ne voir que les principes; l'on ne peut pas me contester le titre de patriote.... Entendez-moi; détruisez l'oppression qui m'environne , et restituez-moi V estime des patriotes.. . . Une heure après, si les méchants veulent ma vie, je l'estime si peu, je l'ai si souvent méprisée.... Oui, la seule idée qu'elle peut encore être utile à la patrie me fait en soutenir le fardeau avec courage. »

Il ne faut point s'étonner que Marmont , qui eut ridée d'émigrer en 1792, et qui refoula en luimême, par pure ambition, le royalisme inné dont il s'est vanté d'avoir retrouvé la trace en 1814, n'ait pas cru à la sincérité de ce patriotique langage. Il dénie à Napoléon ses fortes convictions, parce qu'il ne trouva jamais que tiédeur, inertie et abâtardissement dans les siennes. A ses yeux, l'auteur du coup d'État de brumaire , le destructeur des institutions républicaines , le fondateur d'une dynastie nouvelle, le dictateur couronné, avait dû jouer évidemment la comédie , quand il s'était proclamé ardent patriote et fidèle sectateur des idées de 89.

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