‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 10 sur 189 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

La tournure sceptique de son esprit et les habitudes vulgaires d'une personnalité envieuse et vaniteuse l'empêchaient de comprendre , ou du moins de reconnaître, que le nouveau César avait, comme l'ancien, aspiré à l'autocratie dans l'intérêt de la démocratie, élevé le despotisme à la hauteur du patriotisme, et recherché un grand pouvoir pour accomplir de grandes choses, bien plus qu'il n'avait

entrepris de grandes choses pour parvenir à un grand pouvoir. Quand Napoléon gourmandait vivement Fontanes sur sa complaisance pour le royalisme académique et rancuneux de Chateaubriand, il avait depuis longtemps renversé la république et rétabli la monarchie , et il n'en prenait pas moins avec véhémence la défense de la révolution. Quand il écrivait au roi de Hollande, son propre frère, qu'il n'acceptait pas le dévouement à sa personne en dehors de l'attachement à la France, et qu'il se rendait solidaire de tous ceux qui avaient aimé et servi ce noble pays depuis Clovis jusqu'au comité de salut public , il était empereur, souverain absolu , despote^ si l'on veut, mais avant tout il était patriote, vivant de la vie de la France , liant de plus en plus ses destinées à celles de la France, ne s' élevant que pour discipliner, féconder et affermir au dedans , et pour répandre et faire régner au dehors l'esprit nouveau de la France.

Mais c'est trop se presser de faire intervenir le

Si RÉPITATIOX DKS MÉMMUS DU IMJC DE BAGCSE.

dominatenr de rEorope, dans toul le développement de son génie et de sa puissance et à l'apogée de sa ^oriense mission , quand il ne s'agit encore que du lieutenant de Barras, surnommé le petU mû traiUeur par le royalisme vaincu et déconcerté, et de l'explication mesquine que le duc de Baguse s'est complu à donner des premiers succès et de la rapide élévation du grand homme. Je me hâte de revenir au lendemain du 1 3 vendémiaire.

S IV

Le salut de la Convention valut à [Bonaparte la confiance du gouvernement républicain et le commandement de l'armée de l'intérieur. Sa première pensée fut d'appeler auprès de lui et de s'attacher un jeune officier qu'il avait connu presque enfant et pour lequel il avait éprouvé tout d'abord une vive affection. « Bonaparte, dit le duc de Baguse, devenu général en chef de l'armée de l'intérieur, se souvint de moi, et me fit nommer son aide de camp. » (I, 85.)

Voilà donc Marmont admis à partager les bénéfices de toutes les infortunes qui avaient poursuivi Bonaparte (1, 84), à profiter notamment de la radiation du tableau de l'artillerie, sans laquelle le futur général en chef de l'armée d'Italie aurait été enfoui dans r Ouest j avec ses talents supérieurs^ et con-

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