LIVRE SIXIÈME. m
mont devina tout de suite le merveilleux secret dont l'ingénieur américain était dépositaire , tandis que Bonaparte, que son éducation de Tartillerie avait rempli de préjugés auxquels la haute raison de Fartilleur Marmont avait échappé j repoussa Fulton comme un charlatan j sans vouloir même se laisser éclairer par des expériences.
Mais le Premier Consul n'était donc plus ce conquérant civilisateur qui mettait son titre de membre de l'Institut avant celui de général en chef, qui créait des institutions scientifiques en Egypte , et qui avait invité les savants d'Italie à se réunir et à lui proposer leurs vues sur les moyens de donner aux sciences et aux arts une nouvelle vie et une nouvelle existence? {Lettre du général Bonaparte à Oriani.) Le Premier Consul n'avait donc rien encore de cet Empereur qui demanda aux savants de France de lui rendre compte des progrès de la science depuis 1789, de dire son état actuel et les moyens à employer pour lui faire faire des progrhs. Bonaparte, en arrivant au gouvernement de la France , avait donc perdu tout à coup les prodigieuses facultés qui l'avaient fait si grand dans le passé et qui devaient l'élever encore dans l'avenir ; et le premier magistrat de la république , le héros de Lodi et des Pyramides , n'était plus qu'un artilleur plus ou moins hal)ile et absolument esclave des préjugés de son métier.
222 REFUTATION DES JlieAfPIRï;^ ,QU DUC DE RAGUSE.
C'est bien là rinductioiv.que leduq de Raguse convie ses lecteurs à, tirsr: de ranecdote sur Fulton et des réflexions doaA il l'a accompagnée.. Mais ^'autorité de Marmont, comme témoin ou comme appréciateur, est. trop suspecte pour. qu'elle puisse prévaloir sur la vraisemblance et accréditer les jugements les plus absurdes et les contes les plus ridicules. L'histoire a d'ailleurs ici un document authentique à opposer aux allégations mensongères de l'artilleur sans préjugés , introducteur prétendu et patron officieux de Fulton. Le Prenûer Consul fut pour l'ingénieur américain ce qu'il n'a pas cessé d'être pour tous les savants du monde ayant d^s découvertes utiles à révéler ou des progrès essentiels à indiquer. Loin d'éprouver l'invincible répugnance que Marmont lui suppose pour le projet de Fulton , il se montra empressé à le soumettre à l'étude, et il écrivit du camp de Boulogne, le 21 juillet 1 804 , au ministre de l'intérieur, M. de Champagny, la lettre suivante :
a Monsieur de Champagny,
jo Je viens de lire le projet du citoyen Fulton, ingénieur, qœ vom m'avez adressé beaucoup trop tard, en ce qu'il peut changer la face du monde. Quoi qu'il en soit, je désire que vous en confiiez immédiatement l'examen à une commission composée de