‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 91 sur 189 · IV · texte numérisé non relu

IV

La paix d'Amiens, qui avait suivi de près le traité de Lunéville, ne fut qu'une courte trêve. Le duc de Raguse reconnaît que Bonaparte fut surpris et affligé de cette prompte rupture avec l'Angleterre. Il brûlait alors de consacrer son activité et sa puissance aux besoins intérieurs du pays. (II, 203.) Mais contraint de reprendre ses travaux guerriers , il prépara aussitôt un débarquement en Angleterre. C'est à cette époque que l'Américain

Fulton se présenta au Premier Consul pour lui proposer d'appliquer à la navigation la machine à vapeur comme force motrice. « Bonaparte, dit Marmonty que ses préjugés rendaient opposé aux innovations, rejeta les propositions de Fulton. Cette répugnance pour les choses nouvelles, il la devait à son éducation de l'artillerie. Dans un corps semblable, un esprit conservateur doit garantir des changements non motivés ; sans cela , tant de faiseurs de projets extravagants feraient bientôt tomber dans la confusion. Mais une sage réserve n'est pas le. dédain des améliorations et des perfectionnements. Toutefois j'ai vu Fulton solliciter des expériences , demander de prouver les effets de ce qu'il appelait son invention. Le Premier Consul traita Fulton de charlatan, et ne voulut entendre à rien. J'intervins deux fois sans pouvoir faire pénétrer le doute dans l'esprit de Bonaparte. Il est impossible de calculer ce qui serait arrivé s'il eût consenti à se laisser éclairer, et si , avec les moyens immenses à sa disposition , une flottille à vapeur eût fait partie des éléments de la descente projetée. C'était le bon génie de la France qui nous envoyait Fulton. Le Premier Consul , sourd à sa voix , manqua ainsi sa fortune. «(Il, 211, 212.)

Cette page est peut-être celle où le duc de Raguse a étalé son orgueil avec le plus d'audace. Le bon génie de la France nous avait amené Fulton ; Mar-

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