‹ Réfutation des Mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 94 sur 189 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

» gue avec Moreau , et je viens de donner l'ordre de » Tarréter ; il le sera cette nuit même. »

» J'avais, ajoute Marmont, une véritable amitié pour Foy;îe connaissais son mécontentement, mais je savais qu'il ne pouvait lui inspirer rien de criminel. J'avais l'expérience de sa léghreté, de Vindiscrétion de ses propos; mais ceux qui se plaignent tout haut ne sont pas ceux qui conspirent. Une fois arrêté, sa carrière était perdue, et je résolus de le sauver. En sortant de chez le Premier Consul, j'allai le trouver : je lui annonçai ce dont il était menacé ; je le fis cacher pendant quelques jours pour avoir le temps d'arranger son affaire; je me rendis garant de sa conduite à l'avenir, et huit jours après j'avais obtenu qu'il m'accompagnerait à l'armée. » (11,217,218.)

Le duc de Raguse avait une véritable amitié pour Foy^ et cependant il l'a représenté, au début de ses Mémoires, comme l'un des cinq jacobins de l'école i'artillerie qui passaient leur vie au club , professaient les opinions les plus exagérées, et avaient échauffé le peuple de Chàlons contre leurs camarades , dans une émeute où Marmont faillit être mis à la lanterne. (I, 23-26.) Il fallait que le souvenir de cette provocation homicide et des dangers qu'elle avait fait courir à l'élève de 1 792 fût bien affaibli dans l'esprit du général de 1 804 pour que Marmont, parfois moins que généreux envers ses compagnons

ne RÉFUTATION DES MÉMOIRES DU DUC DE RAGUSE.

d'armes devenus ses bienfaiteurs ^ se soit montré si magnanime envers un camarade qu'il accusait d'avoir été l'un de ses dénonciateurs. Et puis, sous quelle forme s'exprime cette véritable amitié! Foy était un esprit grave, livré à l'étude et à la méditation ) doué au plus haut degré de la puissance oratoire ) et non moins remarquable par la noblesse et la dignité de son caractère. Eh bien, son véritable ami imagine l'avoir soustrait à la colère de Napoléon et l'avoir préservé d'une arrestation désastreuse pour son avenir, pour avoir l'occasion de dire que cet homme politique si éminent était essentiellement léger et indiscret , et plus occupé de ses plaisirs que des affaires publiques. Le persécuteur du colonel Foy avait mieux compris le caractère sérieux de ce soldat fermement et sagement libéral , quand il disait : « Les généraux qui semblaient devoir s'élever, les destinées de V avenir j étaient Gérard, Clamel, Foy, Lamarque, etc. ; c'étaient mes nouveaux maréchaux. » {Mémorial.)

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