LIVRE SEPTIKME. S
l'hérédité; j'espère que la France ne se repentira jamais des honneurs dont elle environnera ma famille. Dans ions les cas, mon esprit ne sera plus avec ma postérité le jour où elle cesserait de mériter Famour et la confiance du peuple français. »
Ainsi expliquée, l'hérédité cessait d'être la néga* tion de la souveraineté nationale, l'abdication défini* tive d'un peuple au profit d'une famille , rassujet*» tissement irrévocable des générations futures à une dynastie, par le seul effet d'une délégation de la génération contemporaine.
La consécration dynastique devenait alors une institution de prévoyance suprême contre les trou* blés et les calamités inséparables des interrègnes. Le peuple la comprit, comme l'entendait le Premier Consul , et il salua avec transport l'établissement de l'Empire.
Tout ce que nous avons vu et entendu depuis a manifesté au monde que l'esprit de Napoléon n'a* vait pas abandonné sa postérité, et que sa pensée sur l'hérédité d'un pouvoir d'origine populaire avait été religieusement recueillie et fidèlement conservée dans son glorieux héritage.
L'armée partagea l'enthousiasme du peuple; Marmont se contente de dire qu'elle vit avec plaisir r érection de l'Empire^ et que le nouvel ordre de choses ne pouvait que lui devenir toujours plus favorable. (II, 226.)
Ce fut à cette occasion qu*eut lieu la promotion significative qui peut donner une idée exacte de l'opinion de Napoléon sur le mérite et les services de son ancien aide de camp ^ .
(c Tous les commandants de corps d'armée , dit Marmont, furent faits maréchaux d'empire, moi seul excepté : j'en éprouvai un véritable chagrin. Il est toujours pénible d'être l'objet d'une exclusion ; chacun juge sa position en la comparant à celle des autres, et il me sembla que j'étais humilié. Mon mécontentement n'était ni juste ni raisonnable; si j'avais occupé des postes importants , je n'avais pas encore eu de commandement à la guerre qui me donnât des droits à cet avancement ; et si le choix de Bessières autorisait les prétentions de tout le monde, la faveur dont il était l'objet pouvait être expliquée
' L'armée était-elle mieux pénétrée que le chef de PÉtat de la supériorité que Marmont s'attribuait sur tous les anciens généraux d'Egypte et d'Italie? Une brochure qui a paru en même temps que le dernier volume des Mémoires du maréchal MarmofU rapporte un dicton des troupiers de Pancienne armée » qui ne permet guère de penser que les soldats eussent du général de Partillerie la bonne opinion qu'il avait de lui-même, n U existait, dit Pauteur, dans Parmée de Napoléon I«r, parmi ce qu'on appelle les troupiers, une croyance passée à Pétat chronique, et qui se traduisait par un dicton. Chaque fois qu'on voyait amver nn certain général que nous ne nommerons pas, les soldats disaient : « Ah ! voilà un tel , on ne se battra pas. » Lorsque Marmont se présentait , on modifiait la phrase , et on disait : « Ah ! voilà Marmont , » nous nous battrons , mais nous serons battus. » Gela impliquait-il que le duc de Raguse fût un chef médiocre? Non sans doute; mais cela ne prouve pas non plus qu'il passât pour un grand et habile général. » (Le maréchal Marmont, duc de Jfaguse, devant Vhistoire, 6,7.)