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28 RÉPUTATIOH ESTHETIQUE DK TAuNi

II serait mieax de dire :

L'Idéal est la qualification suprême d*uu objet dans Tesprit : esthétiquement, Tidéal est le point le plus synthétique d'une forme.

Il n'est pas yraique Fœuvre d'art ait pour but de manifester quelques caractères essentiels ou saillants plus complètement et plus clairement que ne le font les objets réels.Cette définition ne convient qu'à la caricature. Le but de l'art est d'agir sur la sensibilité et de l'ébranler dans un sens de noblesse, de réaliser spirituellement le désir de laperfection par une image ; la recherche du caractère ne vient que comme méthode.

L'idéal ne fait pas un concours de synthèse et de clarté avec le réel : il emploie les formes vivantes pour l'expression de l'âme ou de l'esprit. Il n'y a qu'un caractère pour l'artiste, la perfection.

Notre esthète rapproche le Repas cTEmmaâs du Festin de Véronèse, d'après le titre : Véronèsc a peint unbanquet vénitien, le Christ n'y est que pour prétexte.

Le titre d'un tableau ne signifie rien : son caractère seul le nomme. Celui qui étiquettera la /oconde « portrait d'une dame florentine » classera ce chef-d'œuvre à côté des femmes de Rembrandt et de Rubens qui ne sont que femmes.

Taine a deux manies : la démonstration de mu-

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séum et Tanalogie littéraire. Il a rêvé d'un herbier de Fart, d'une classification scientifique, et sa critique ne se dégage jamais de la littérature, ni sa littérature de ses catégories d'historien. Racine est sa victime sempiternelle, il ne se lasse pas de chercher Versailles dans Iphigénie^ dans Phèdre^ dans Andromaque. La perruque de Louis XIV projette une ombre sur son papier. Sans cesse la chose lue s'interpose entre lui jet la chose vue. En face d'une statue il songe à un texte, et devant un tableau à la chronique du temps ; en un mot il considère les maîtres comme de simples illustrateurs de l'histoire. On n'est pas plus de son métier.

M. Marcel Raymond en ï883 a écrit sur l'esthétique de Taine, il a montré la faiblesse de ce procédé qui décrit le paysage, la façon de manger de l'habitant pour caractériser ensuite l'œuvre d'art. On trouvera dans ce bon travail un choix de contradictions tellement étranges que le professeur de l'école des Beaux-Arts y apparaît un véritable étourdi.

<« Le classique ne sait pas voir : il s'occupe de proportionner et d'ordonner. Il a ses règles en poche et les sort à tout propos^ il ne remonte pas à la source du beau^ du premier coup^ comme les vrais artistes. » Ceci est indigne d'un métaphysicien. Voir, c'est proportionner et ordonner, et

i quanta la source du beau, il faudrait la situer? En

î tout cas on n'y remonte qu'en proportionnant et

j ordonnant.

a Par delà la nature ordinaire^ Rubens avait

' la clef d'une nature cent mille fois plus riche. »

La richesse de la nature, c'est ici la qualité de la viande rouge, lourde, abondante. Le peintre d'Anvers est le peintre du style jésuite en pâte grasse, qui arriva à Rome au moment de la lutte entre l'école de Caravage et celle des Garrache. Il prend è la première le parti pris dramatique et à la seconde l'ordonnance traditionnelle. Artiste d'imitation et peintre de tempérament, il a laissé treize cents tableaux et, comme disent les Belges, « vigoureux comme Michel- Ange, il Téclipsa par sa verve...!». Mais il n'y a que les Belges pour le dire.

La race n'empêche pas les primitifs de se ressembler, comme aussi les maîtres et les décadents. Rapprochez Sienne et Cologne ; voyez si les quatre tempéraments d'Albert Durer ne s'apparent pas aux figures de Fra Bartolomeo et si la Résurrection de Lazare ne fait pas penser à une esquisse de Tintoret ; comparez d'autre part Dïétrich, Van der VerflF et Sasso Ferrato. Le sol n'est pas davantage un générateur d'art. Une promenade sur le grand Canal nous fait voir depuis le cintre roman jusqu'à l'architrave palladienne,

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comme Paris nous montre,non loin de Notre-Dame et de la Sainte- Chapelle, le Panthéon et le Val-de- Grâce. De tous les arts cependant l'architecture seule subit Tinfluence du milieu matériel tant pour le choix des formes que pourTemploi des matériaux.

Uheure historique ne concorde jamais avec l'heure esthétique. Seul à son époque, Rembrandt peignait des tableaux bibliques en Hollande.

Race, sol, moment, se fondent en un quatrième facteur, le milieu.

(( De Barnevelt aux Vitt, du Taciturne à Guillaume III une suite d'hommes supérieurs conduis sent les affaires et la guerre » et Tart peint des ivrognes, des servantes, des bourgeoises ou même des dessertes et des natures mortes. Puget, Poussin Claude, Philippe de Champagne, Lebrun, Lesueur, sont contemporains, concitoyens !

Le même milieu n'a-t-il pas vu simultanément Ingres, Delacroix, Millet, Marilhat, Corot, Pradier et Carpeaux, Gavarni, Daumier?

L'esthétique de Taine est tellement fausse que l'homme qui en a le plus profité, Emile Zola, la répudie à moitié. « La théorie est trop simple, les interprétations sont trop diverses; cet artiste a obéi aux idées de son temps; cet autre a réagi; cet autre représente le passé qui s'en va; cet autre annonce l'avenir qui vient, »

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En commençant ces considérations^ j'év^oquais le temps où l'intransigence théocratîqae entrait dans le laboratoire du savant et opposait à des expériences des versets bibliques mal traduits et les promulguait avec l'aide du bras séculier.

Aujourd'huii l'Université ne dispose pas de ce bras, seule différence après tant d'années révolues, liippolyte Taine, grand inquisiteur du positivisme, est entré dans Tatelier et a opposé au témoignage des chefs-d'œuvre le déterminisme scientifique. Par une bizarre vengeance d'Apollon, cet historien a subitement ignoré l'histoire, dès l'instant où il a voulu en tirer des arguments contre la spiritualité do l'art. Sa mésaventure, punition du sectarisme, A causé de grands dommages à l'école française ot il faudra un demi-siècle avant que les erreurs de Taine cessent d'égarer les jeunes artistes. II fut, sans le voir, le naufrageur de l'art latin, il alluma une lueur sur des abtmes où deux générations se sont perdues,efforts et œuvres. Eloignons-nous de ces feux trompeurs et mettons le cap sur un havre qui soit vraiment de grâce.

Une réfutation n'est complète que si on formule une autre doctrine : il ne suffit pas de signaler les erreurs d'autrui, il faut trouver la vérité qu'il n'a pas connue et Ténoncer de façon à remplacer complètement le système ruiné.

Je Jaisse aux esprits d'envergure démesurée la prétention d'imposer un même déterminisme à la Neuvième Symphonie^ aux romans de Balzac, aux métopes du Parthénon, aux dessins de Léonard et aux cathédrales. Je m'occupe ici de ce qui se voit, exactement des arts de l'œil, et encore demanderai-je à ne pas traiter de l'architecture comme trop sublime et désormais impossible à ressusciter. Aussi bien, il n'y a plus d'architectes : le peintre et le sculpteur seuls seront en jeu; je ne traiterai donc que des formes et de la langue qui leur est propre, le dessin et la couleur.

Le dessin fut la première écriture; avant le hiéroglyphe conventionnel el algébrique, on dessina l'objet. Ici comme en toute activité humaine

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la nécessité apparaît, c'est la première mnse et l'cxîuvre initiale s'inspira du besoin.

L'homme primitif, au retour d'une chasse où il avait rencontré un animal inconnu, en traça la silhouette sur le roc avec un éclat de pierre, pour rétonnement de son foyer. Ce fut le premier croquis. Lo jour où il préféra un pot à un autre, sans regarder à sa commodité, pour la satisfaction des yeux, la sensation esthétique commença. Peut-être luvait-ii déjà trouvée, mais confuse et mêlée, dans la grâce féminine, lorsque, l'instinct satisfait, il avait regardé le sein ou la hanche de sa compagne. A mesure qu'il évolua, il devint de plus en plus sensible à ce caractère mystérieux et d^apparence insaisissable qui lui donnait du plaisir. II rechercha ce plaisir. Si la première notion de beauté lui vint de la comparaison et du choix entre deux femmes, il apprit bientôt à comparer aussi les autres hommes et à se comparer à eux. Ses épouses du reste, pour se faire bien venir, avaient naturellement découvert les éléments décoratifs : le collier de pierres brillantes, le chapeau de fleurs, la plume dans les cheveux. Son plaisir sexuel s'en augmenta. Ces inventions de la coquettrie flattaient son désir et le réveillaient par des effets de variété. Les parfums entrèrent dans la case; et, avec eux, la rêverie où le regard interroge les objets et

les considère inutilement, pour les considérer. si

Maintenant, les traditions vont nous dire que la 1

fille du potier Dibutade, en disant adieu à son f

amant, aperçut Tombre portée sur le mur et en si

traça le contour. Dans ce profil, Dibutade modela -i

un relief. '

Si nous rassemblons ces circonstances qui n'ont aucune rigueur et sont simplement évocatives, nous ^

les résumerons ainsi : L'homme possède la faculté de sentir par la contemplation les qualités immatérielles des objets. ^

J'en demande pardon à l'Université actuelle, la qualité qui fait un chef-d'œuvre d'un pot, matériellement semblable à un autre, cette inflexion de ligne, cette ineffable modulation de galbe que nulle règle n'exprime et qui n'existe en somme que par le divin hasard de l'inspiration, est immatérielle comme l'âme qui la perçoit.

La contemplation des qualités immatérielles produit un plaisir singulier qui peut aller jusqu'à l'enthousiasme et se manifester par la divagation ou les larmes, comme la volupté amoureuse.

Le sentiment esthétique est une 'des manifestations delà sensibilité humaine ; et les arts ne sont que des modes pour la satisfaire.

L'animalier^ Potter ou Troyon, qui peint une vache est très au-dessous du chasseur primitif qui

révéla à ses compagnons l'auroch. Le sauvage apportait de l'inconnu et Potter, de la banalité; l^otter est un dégénéré.

Jo supplie que Ton tolère ces termesforts.il s'agit de la dignité humaine, les animaliers et leurs amateurs comptent pour peu de chose.

Le sentiment esthétique a découvert un reflet d'absolu, une perfection dans un vase d'argile ou 1^ uu cou delà femme; l'étincelle révélatrice de la

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