‹ Réfutation esthétique de TaineChapitre 6 sur 26 · I . beauté est partie de l'objet. L'eau, le vent, la lu · texte numérisé non relu

I . beauté est partie de l'objet. L'eau, le vent, la lu

[■* rnière, par leur action sur sa sensibilité, ontlitlé-

< rulement orchestré les balbutiements de l'impres-

» nioii d'art. Ces murmures de la forêt qui éveillent

, rdmo de Siegfried sont les voies cosmiques ensei-

gnant (\ l'homme le prodigieux mystère de sa conscience.

j Quelques-uns, plus sensibles que les autres à ce

'. caractère de beauté fortuitement découvert, se

/ consacrèrent à sa recherche et à sa réalisation.

^ Si la première création, selon l'archéologie, fut

1 le vase et la seconde l'ornementation personnelle, la

* bijouterie appliquée à la parure comme aux armes,

« l'art véritable ne commença qu'au jour de civilisa-

tion où l'on chercha l'expression de l'invisible, et plus exactement à l'heure où l'homme forma ses dieux, pour les rendre présents et effectivement protecteurs .

L'humanité, ne l'oublions pas, ne lit d'une façon générale que depuis quatre siècles et elle pense depuis sept mille ans. Tout ce qui fut dit au grand nombre pendant si longtemps fut dit par la forme. Les arts tiennent donc, pour la masse, la place des lettres. Il y eut un alphabet morphologique, avant tout phonétisme. Le rébus se trouve au début de chaque écriture et le blason au fronton de chaque temple.

Catéchistique ou exhortatif, Tart qui donna aux images divines une demeure ornée devint le com • mentaire des transcendantales pensées, relations de l'homme avec l'Absolu, transitions du temps avec Téternité. L'allégorie théologique occupa le pinceau et le ciseau jusqu'au jour où le rite royal se mêla aux sacrés . Le despote entra dans la figuration comme vicaire du ciel. Bientôt les monarques usurpèrent sur les dieux et leurs icônes s'élevèrent isolément, mais les attributs restèrent religieux.

Le passage de l'art sacerdotal et royal à la libre production des Grecs et des Latins exigerait une multitude de points de vue histpriques. Je n'ai voulu en établir que trois : l'homme est un être esthétique, par essence ; la beauté lui est révélée par une volupté spéciale, et le but de l'art est, a été et sera de rendre visible et virtuelle l'âme des formes qui est la beauté.

BzvTTTATioK msTsanamx ■« talse

^ .m., k iiemiu es;! I âme des formes et cette dé-

'f iiiiiùiit. me p&mll tjtijSrahlr aux arts optiques,

5 TirêiVn.i.ât- aux î^^rmibes 3à la rie slmpose comme

"!, r.. imin^ ! àme^ irvisîitle en soi et qoc l'expression

^ic vî^KTP et h iDDirrcmerit seob manifestent, la

* hf^î.îf, itvisliitf aa irajjédse dans la nature,

^ •J.'i'esî-re eut I âme? sinon l'ensonble phénomé-

^. HSL. àt la ti£.vAt s*nsâbiité, da raisonnement, de la

Tv.'v~>i:*ê, Pirronsi'raeiîU la forme parfiadte résul-

tfrÂà'i:r.ies5.;i:exr.ress:fparanc confluence d'ima-

* g-inaî^n eî 3f lopri^e.

i h&iormt jTLTt cf-i> cfs métopes du Parlhénon

et c^île de Rapî^a?! ■, typique ou synthétique, ou

j scrcile, corresipo^nd au raisonnement. La forme

* palî.é:ioue ide Michel-Ange"^ subordonne le type orsranique a Tex tèriorîsa lion sentimentale. La forme

« subtile ou individualisée (Léonard) abandonne tout

à fait le plan sériel et la forme passionnelle, pour créer un type mental, c'est-à-dire abstrait. On est forcé de faire des catégories d'après le caractère dominant, sans prétendre le trouver à l'état isolé.

|j La beauté se cristallise donc sommairement en

harmonie, intensité et subtilité.

L'harmonie résulte de la parfaite subordination

RÉFUTATION ISTHÉTIQUB DE TAIFCB Sq

des parties; Tintensité, de l'exaltation d'une qua- ^

lité, et la subtilité, de la multiplicité des rapports k\

exprimés . *^^

U Ecole d'Athènes et la Cène de Milan sont toutes s

deux harmonieuses, et Rembrandt est intense \\

comme Michel-Ange. Dans la Ronde de Nuit^ la \

clarté du miracle rayonne sur des gardes nationaux et la cuisine des anges de Murillo a lieu dans une ^

atmosphère banale. ^

A Assise, comme à Bruges et à Cologne, on voit ;

de belles âmes à travers des corps imparfaits, les ^

Bolonais nous montreront de beaux corps sans ^

âme. On ne saurait classer les artistes par le titre *

de beauté, pour jouer un peu vulgairement sur le mot, dans son sens de valeur métallique. ^

La Vision d'Ezéchiel^ ce tableautin, l'emporte ^

pour le style sur la fresque deMîgnard auVal-de- Grâce, comme la Mélancolie de Durer dépasse toute œuvre allemande. Il suffirait d'une sanguine de Léonard pour balancer la gloire des Chambres. .

Pourquoi ? Parce que chacune de ses œuvres réunit un nombre indéfini de rapports sur trois por- >., tées simultanées : plastique, pathétique et spiritualité. ^ Cestrois portées correspondent à la triple exis- \ tence de l'homme. Tantôt la mélodie s'inscrit sur la ligne sérielle (Raphaëlj, tantôt sur la pathétique

40 REFUTATION MBTBtriQUE DE TàISB.

(Rembrandt), plus rarement sur l'intelIectÎTe (Léonard). Mais toujours les hautes et les basses s'accompaf^nent, se lisent aisément et qualifient leconcept ou mieux le colorent. Si une figure passe par trois états : typique, expressif et symbolique, l'expression ellemême devra résulter' du mouvement circonstandel et du mouvement individualisé.

Promélhée au Caucase est un patient, il revêt donc les traits généraux d'un supplicié ; mais son supplice punit un acte à la fois si téméraire et si généreux que les accents de douleur organique doivent se subordonner à la douleur intérieure ; enfin, cette douleur agissant sur une conscience plus (ju*humuine,il faut qu'elle manifeste le dieurebelle aux dieux, le démon sauveur des hommes.

De même l'état symbolique d'une figure correspond au symbole type, au symbole aflfectif, au symbole abstrait. Ce qui constitue l'œuvre d'art, c'est un caractère d'universalité permanente non individualiste qui la rend sensible pour d'autres temps, d'autres lieux, d'autres hommes que le temps^ le lieu et le contemporain de l'artiste.

L'œuvre est d'autant plus belle qu'elle se différencie des œuvres du même artiste, des autres artistes eux-mêmes et de leur civilisation. C'est le cas de la Cène, des Chambres et de la Sixtine.

Le sentiment de la curiosité historique qui nous

REFUTATION ESTHÉTIQUE DE TAINE 4l

amuse aux Noces (ÏAnne de Joyeuse n'emprunte rien à l'idée de beauté, non plus que les trémoussements de la Kermesse. Ni les particularités locales et momentanées de la civilisation, ni les traits animaux et collectifs de l'humanité ne permettent la beauté. Pour comprendre une œuvre esthétiquement, il faut oublier la vie de l'artiste et du temps. Si Léonard avait voulu nous renseigner sur Louis Le More, et Raphël sur la cour de Léon X, ils auraient peint autrement. Ces maîtres n'étaient pas des chroniqueurs fi ne se proposaient nullement de fournir des documents aux historiens; ils voyaient un monde idéal qui n'a jamais existé que dans leur esprit et ils ont peint leurs visions. L'artiste n'appartient à son temps que par la nature de ses visions qui participent non de la pensée générale, mais de cette minorité intellectuelle qui est toujours l'élite. Raphaël a fait son chef-d'œuvre avec V Ecole d'Athènes, parce que l'humanisme a été le véritable mysticisme de la Renaissance. Rembrandt est seul, en son pays, à peindre d'après la Bible et dans un sentiment catholique.

Près de nous, les grands penseurs, Ballanche, Lacuria, Eliphas Lévy, les grands écrivains, d'Aurevilly, Villiers, Hello, le poète Verlaine, comme le musicien Franck, ne représentent que le petit nombre.

4a nÉFUTATION ESTHÉTIQUE DE TAUfE

Quoique je répugne, l'ayant blâmé, à mêler la littérature à la critique d'art, l'immense suite de poèmes chrétiens qui commence avec les troubadours pour s'épanouir dans la Divine Comédie forment un fleuve d'hérésie et d'anticléricalisme, malgré la foi du temps. C'est encore la minorité, c'est-à-dire l'élite descroyants, qui donneune forme si sublime à l'aspiration générale.

Comparez les grands artistes aux grands princes, Sforza, Borgia à Léonard; Raphaël à Jules II et à Léon X. Voyez, de Signorelli à Fra Bartolomeo, quelle admirable moralité; elle résulte de la supériorité des fonctions. Ce sont des créateurs pénétrés de la dignité de l'art. Quelques sculpteurs de second ordre avaient le couteau en main en même temps que le ciseau. Soit, mais M. Falguière, dans le jugement des concours, empoignait ses collègues contradicteurs d'une façon plus que brutale; dirat-on pour cela que le pugilat était d'usage parmi les professeurs de l'Ecole des Beaux-Arts ? Dira-ton que les peintres du xix® siècle étaient ridicules parce que Meissonnier fit répandre des sacs de farine dans son jardin pour peindre la neige de la retraite de Russie? Rien n'est plus contradictoire aux faits caractéristiques que ces anecdoctes : autant vaudrait constituer les anomalies en clés de séries.

Pour comprendre une œuvre, un artiste, il faut pénétrer son caractère individuel, ce qui le marque, le sépare de l'esprit et des mœurs du temps.

\J Embarquement de CythèrCj cette féerie sentimentale délicieusement théâtrale, ne reflète pas la polissonnerie d alors. Quel contraste entre la mimique éperdue, les mains ouvertes du Poussin et le geste mesuré de Versailles 1 Quel autre contraste entre ces compositions antiques, d'une ligne générale si sonore, et les déplorables groupes de Van der Meulenl Le miraclede la Sainte Épine, comme les Pensées de Pascal, s'isolent dans la période Louis Quatorzième.

Le grand artiste est un dissident en face de l'esprit public,soit qu'il le devance comme précurseur, soit qu'il le repousse en qualité de tenant du passé Aux périodes de formation, il joue toujours le rôle de précurseur et dans la décadence il se rejette en arrière pour ressaisir le fil de la tradition.

Ceux qui suivent le courant sont des natures moyennes et partant d'une signification seulement historique et documentaire. Or le document, qui prend sa valeur d'une date et d'un lieu, est la négation absolue du Beau.

Qu'on y fasse attention : le caractère historique et documentaire, depuis quarante années, appartient à la photographie avec une supériorité îndé-

44 SBFDXATIOF — llll lljJMI TK rO^SSO.

niable. Cette industrie b paru an mamcxâ même où J'informe el a'incolare généralkéB Tftndaifait imposfiiiile 1h peinture d'après ies famtHmparaâns.

Le cfaef-d'cenTTe-plante, c'est-^-dirc la botanique appliquée à YsorL aurait passé xBapcr^ oq aurait éit dédai^é. dans une revut de jomes et &OU6 nu nom sans édal. En Francse, le lieu où l'on parle constitue le principe d'anlorîté: ce qui est dit officiellement aux frais du contribuable se revêt d UD prestige administratif écrasant. :S à la patente de la cLaire on ajoute le grade du proférateur, Topinîon paresseuse et bourgeMse s'indinc. Une doctrine aiufi promulgnée est comme une mesure d'ordre, et le sentiment driqoe rcnregistre pour qu'il y 9âi une doctrine, an sens où Ton Teut une police.

Dans le langage des dîners d'augures, dans celui curieusement noté par les Goncourt où le vin mousse en paradoxe, où l'idée s'écrase en grotesque, on peut dire que le monument naît du sol; il y plonge ses fondements comme des racines ; sa matière dépend des carrières les plus voisines et Ic« grands architectes, même les petits, adaptent leur édifice au site dont il sera Tunique et colossal personnage. En outre, l'architecture est l'art collectif; uni;^6nie fait le plan, mais l'âme de la pierre ne peut être que l'âme d'une foule.

L'édifice immuable fait corps avec le sol : la sta-

mmmmmmm

RiPUTATION B8THÉTIQUE DE TAINE 4^

tue et le tableau passent de Tatelier aux lieux les plus divers et nos musées sont nés de ce déplacement.

Dès lors, Toeuvrc d'art devrait perdre à celte transplantation d'une cimaise à l'autre et d'une salle ensoleillée à une autre embrumée. Il n'en est rien: au British Muséum comme à Athènes, comme à la Glyptothèque de Munich, les marbres grecs conservent leur signiBcation. Si l'on réfléchit à la brève et fausse notion de Fantiquilé qui est celle de la plupart, à l'ignorance générale, où sont même les lettrés du quattrocento, à la routine de ceux même que la dévotion prépare à sentir les fresques d'Assise, on conclut à restreindre tellement le public des chefs-d'œuvre qu'il ne reste plus que les conservateurs pour les comprendre, et encore selon leur département.

En vérité, l'art crée incessamment son propre milieu, sur champ d'or ou d'azur, sur fond de paysage ou d'architecture, ou même sur fond sombre ou neutre, l'art occupe un plan déterminé par le style, un plan surélevé au-dessus de la réalité humaine et de l'exactitude historique.

Le personnage d'art diflFère du vivant, comme l'acteur en scène diffère de l'homme privé. Le cadre ou le socle sépare ce monde, de la fiction, comme une rampe.

ifi mÊPCTAmm csmmQcs de tainb

> * // «/ bien dair qu^wne statue a pour objet

\ JTiTPÙtrr de t&miprts un homme vraiment vivant j »

à\X T^ine, Cda ii*est pas si clair. La vie n'est pas la caracténsiiqiie de la statuaire ; il faut une autre épiihète. Preiidra-%-<MEi pour type les Lutteurs de la Tirib«itte ou \t Laocoon ou le Taureau Farnèse? Cne sUI«te a pour objet d'héroîser rhomme vivant, c^estsà-Jire de le feire passer du réel dans Tabstrail« par svntlièse^ pathétique ou subtilité.

Ce qui ocmsiitue la beauté d'une statue est exactement récari «dtre l'oMiTre et le modèle, et cet écart consiste d'abord entre lliomme général ou sériel et rindiridu; ensuite entre Thomme sériel et le personnage représenté; enfin, entre le personnage et ridée majeure qu'il symbolise. Supposons qu'il s'agisse d'une statue de Prométhée, sa forme .sera belle animalement ; de plus, elle sera un peu colossale» puisque c'est un démon, un être intermédiaire entre l'éphémère et l'olympien ; enfin, il faudra qu'elle réponde à l'audace qui ravit le feu, à la charité qui le donna, et surtout à la volonté que ne put épuiser le supplice du Caucase.

Supposons encore Œdipe allant au sphinx : il est jeune, fort et fils de roi ; mais son irascibilité le rend sanguin ou bilieux et la plastique d'Achille ne lui conviendrait pas; enfin, sa prouesse étant d'un ordre moral et intellectuel, il serait mal rendu

niPUTATION ESTHÉTIQUE DE TAINI 4?

par la musculature d'un Thésée aux travaux de lutteur ou d'Hercule,

L'imitation de tout près ne nous donnerait dans le premier cas qu'un Titan et non le Titan, et dans le second qu'un citoyen de Thèbes au lieu de son sauveur et légitime roi.

Ce que Taine appelle « imitation des rapports et dépendances mutuelles des parties » est ce travail du retour au type ou beau sériel qui ne constitue que le premier acte de Tartiste.

Du beau corps il doit faire le corps d'un tel et enfin un tel comme symbole.

Prométhée sera d'abord homme, puis démon, ' enfin porteur de feu; Œdipe passera par trois états, fils de roi, héros, et devin. Ainsi les maîtres ont procédé, ainsi les élèves devraient procéder.

La théorie du personnage dominant présente cet inconvénient d'unifier à outrance l'aspiration d'une époque et d'évoquer une image fausse parce qu'il faut choisir entre plusieurs équivalentes. Ainsi on fait des frontispices et non de la vraie synthèse. Un jeune homme nu pour la Grèce, un moine et un chevalier pour le Moyen Age, me satisfont peu.

Le personnage d'une civilisation, ce n'est jamais jue son Dieu ou ses dieux. Autour de cette idée ;e groupent toutes les excellences.

48 méFCTA.TIOH ESÏÏBÈTIQOE DB TAIRE

Le Jupiter Olympien passait pour le chef-d'œuvre de Phidias, avec sa Pallas Athénê. La Madone ne paratt-elle pas le personnage dominant du Moyen-Age au lieu du moine et du chevalier, ses servants? Userait assez difficile de former une histoire de Tart avec des moines ou des chevaliers, tandis que la Vierge donnerait la succession morale, de Giotto jusqu'à Sasso Ferrato. Les vierges du Vinci, de Raphaël et de Michel-Ange sont aussi significatives que celles des primitifs. Ici, l'état général de la croyance se manifeste et la Vierge à r Hostie et celle du Vœu de Louis X/II^ si froidement vierges et si lointainement belles, expriment l'époque des chiens dormants et de l'indiôérence en matière de religion. Hébert a dû chercher sa vision dans l'archaïsme, comme Flandriu. Le cœur ne bat plus pour Notre-Dame , l'esprit la conçoit, à travers les documents, comme une figure de l'Inde ou de Kaldée.

Vraiment, pour quel contemporain Faust est-il le personnage dominant? 11 n'y a plus de mystère, disent les professeurs, et cela est horriblement vrai, il n'y a plus de mystère pour une génération qui, comme Klingsor, a tari la souffrance par la négation de la vie spirituelle et qui s'est débarrassé du trouble métaphysique, à la façon d'Origène. En d'immortels accents, Musset a exprimé cette for-

Jt*-^'-'''iiimfi^^sfmm0m^f^0mm0mjsm^»*mm m 3 1^ ■■<*û.

midable loi de notre nature que la Grèce symbolisait en adossant la douleur de Déméter à l'ivresse de Dionysos. Ce que Taine prend pour une crise morale qui pendant le Moyen-Age aurait détraqué Fesprit humain, c'est la faculté presque divine de communier avec la douleur humaine et de la consoler en l'immortalisant.

A qui fera-t-on croire «que l'homme, animal supérieur, produit des philosophes et des poésies comme les vers à soie des cocons et les abeilles le miel ? »

La création d'art seraitdoncune faculté d'espèce? Je ne dirais pas, comme platonicien, qu'il y a entre le génie et le commun la distance de Dieu à rhomme ; mais je sens du Vinci à moi un abîme et m'estime de pouvoir le mesurer.

On intéresse avec une climatologie des œuvres, on n'instruit pas. La loi esthétique se trouve dans l'homme même et non dans sa ville ou sa zone : car l'art sort de l'homme, c'est son Verbe.

Pour les matérialistes, la spiritualité s'arrête là où la beauté typique parait et la Vierge à la chaise semblera à Taine « une sultane sans pensée avec un geste d'animal sauvage», et les apôtres du Vinci seront surtout «des Italiens vigoureux». Le Voyage en Italie abonde en notations semblables qui portent l'empreinte d'un systémalisme aveugle et professoral.

g^ i ^ ■■ Il ■ - ^ ■'^■^ *g «-^ ■ h n I > * .1^ mu M<

50 SÉFCT^TiaS BBlSÊnQOE DC TAOIK

Ls SBTant Toadrait fermer k monde intelleclael i tons; en oetLe prétention, il soooède an prêtre qui, jadis, imposait scm jugement an nom d'une grâce d'étal. Xons ne croyons plos qu'à rantorité indiTÎdnelle pronTée par des œaTres et l'impériosité positiviste noos bit rire, <[aand die se d^oise en corporation intransigeante, c Poar que F homme puU^e goûter et prodaire la grande peinture^ il faut qi£il soit caltioé. » Autant dire que, pour éprouver Famour, il faut de la lecture. Le phénomène esthétique appartient à la série des attractions.

Nous sommes charmés par une belle imagecomme nous le serions par une belle réalité, mais l'image, au lieu d'agir sur le plan concupiscible, actionne seulement notre conceptualisme; et nous contemplons la beauté parce qu'elle n'est pas tangible autrement.

La Beauté se révèle toujours par la volupté. Admirer, c'est jouir, j'entends admirer l'image et non le procédé, car, alors, ce serait juger, opération cérébrale différente.

Il faut une grande application pour voir comme pour entendre et nul au premier aspect et au premier son ne jouit d'une fresque ou d'une symphonie. Mais la culture qui prépare au plaisir d'art se détache radicalement de l'enseignement universi-

• ' f u, mmn ^» 9 \<l ^ ^,fm^f^t^lf^m^

RÉFUTATION ESTHETIQUE DE TAINE 5l

taire, et Taine nous le prouve avec éclat. L'émotivité ne résulte pas de Térudition. Mettez ensemble le Paradis d'Angelico, VAdoration de VAffneauy la Vierge au Rosier de Lochner et un Antonio del Rincon; et amenez devant ces œuvres d'origine si diverse quelqu'un qui ait seulement le sentiment religieux, il comprendra, sans savoir rien de Van Eyck, de TEcole de Cologne, de Fltalîe, ni de l'Espagne,

Rapprochez les Vénus de Botticelli, celles de Raphaël, de Corrège, de Titien, même de Cranach et de Rubans : qui ne verra l'effort pour rendre la beauté féminine? Les bons commentaires sont ceux qui naissent de la contemplation et qu'on n'écrira jamais.

La compréhension du sujet est-elle utile ?

Non plus que la connaissance du thème pour l'impression musicale. Nous tous, écrivains de métier, nous ne concevons rien sans formules et des phrases nous viennent à toute impression : des larmes et du vertige vaudraient mieux.

Comprendre, afin d'expliquer, afin de créer, à côté d'un texte, à propos d'un panneau, une page, cela n'a vraiment rien de commun avec l'obscur, "Tiais profond émoi de l'enthousiasme.

L'essence de l'œuvre d'art n'est ni dans le sujet, ni dans la perfection technique; car les décadents

am iraiitî les grands sujets et liciard Dow est peutêtre XDoIleiir peintre que Léomrd an point de vue dn métier ; l'^fisenoe de FtEiiTre d'art est dans Tîmprcasion qu'elle prodml. La cuserole de Kalf, le citron de Darid de Heeca, les imitations de relours de dentelles an Campo Santo de Gènes s'adressent au criticismc. Il s'agit d'nn pair, d'une gageure : le peintre et le scolpteur ont bit un tour de métier.

L'essence de rœurrc d'art est dans le sentiment de Toluplé spirîtudle qu'elle produit. Je relie hardiment l'esthétique à l'amour, dans son caractère myrionîmc qui descend du dinn jusqu'au sexuel.

Prier avec les primitifs, jouir de la belle nudité ou de la pompe avec Titien, rêver, s'émouvoir, méditer, tout se résume en un phénomène de conscience.

Le chef-d'œuvre nous révèle à nous-même ! Taine a dit que chaque situation nouvelle produit un nouvel étal d'esprit et, par suite, un groupe d'œuvres nouvelles, c'est-à-dire que Tœuvre naît de l'état d'esprit qu'elle manifeste. Peut-être faudrait-il s'entendre sur la nouveauté d'une situation. L'Imprimené, la Réforme,la Révolution ont créé unesituation, mais le problème plastique reste le même de Durer à Ingres, l'expression de l'âme ne connaît pas d autre loi en 1906 qu'en i5oo.

L'œuvre d'art est produite par un état d'esprit permanent et universel qui défie les modalités de x;ace et de zone.

La petite Kaldéenne du Louvre en plissé soleil, la plus ancienne Isis, comme la lorette de Garvani expriment un sentiment sériel.

La mosaïque de la Bataille d' A r belles et la Bataille de Constantin n'impressionnent pas plus le savant que l'ignorant. Quels que soient les costumes, des cavaliers de Léonard ou des soldats surpris au bain de Michel-Ange disent à tous la même circonstance.

Quel est donc cet état d'esprit universel et permanent ? L'état esthétique.

La Beauté est unique en ces caractères essentiels. La même recherche amène au même résultat.

Les chefs-d'œuvre ont entre eux un air de famille et cet air constitue la quintessence de l'art. Avec la gamme, Palestrina a tout exprimé, comme Wagner. Avec la forme humaine, depuis le Sphinx placé au seuil du désert jusqu'au lion de Saint-Marc sur sa colonne, depuis la déesse de Thèbes jusqu'à la Madone^ tout a été dit.

Le Christus Judexde Michel-Ange avec la barbe serait Zeus foudroyant, comme les personnages de la Dispute du Saint-Sacrement pourraient devenir

grecs et ceux de V Ecole <V Athènes chrétiens. Le Saint Jean à mi-corps n'est-il pas un sphinx avec des bras ?

Il faut classer les œuvres, comme les personnes, selon leur rayonnement. Une œuvre vaut au même titre qu'un individu. II n'est pas au pouvoir de Fart de nous intéresser à une image dont la réalité noas ennuierait. Les Syndics de Rembrandt nous assom* ment en peinture parce qu'ils nous assommeraient en réalité. Ils sont des syndics, ils représentent des intérêts matériels. Le beau n'admet pas ces genslà dans son domaine. Tel banquier de la Renaissance a le visage d'un Apollon : au domaine des formes il est donc Apollon et non banquier. Le portrait de Durer à Munich passerait pour un beau Christ. Ce n'est donc pas un portrait, malgré la ressemblance. Les intentions, même pures ou sublimes, ne comptent pas. Beaucoup voient des merveilles en esprit, mais ne peuvent les réaliser. Or, l'œuvre d'art, étant une réalité, doit être jugée en fait. M. Luc-Olivier Merson eut une idée géniale, il endormit la Madone entre les pattes du grand Sphinx, et son tableau cependant n'est qu'une image de piété.

Je ne suis pas convaincu que le pathétique matériel ou physique soit canonique et qu'on puisse représenter les miséreux, les vieillards et les ma-

RÉFUTATION ESTHl&TIljUE DB TAINS 55

|bides, si ce n'est dans le mariage de Saint-François, %es prophètes et les scènes miraculeuses où cet |accent douloureux sert à un thème essentiellement symbolique. Peindre un pouilleux pour le peindre ■est un acte de peintre; et il y a un abîme entre un art et Tart, entre la peinture et la beauté.

Trop longtemps, on a laissé Thomme de métier : insulter à la métaphysique par une virtuosité insolente.

Celui qui ferait flotter du pollen autour d'un bouquet serait certes un habile; mais la maîtrise appliquée au trompe-l'œil ou à toute imitation correspond, chez Texécutant, comme chez l'appréciateur, à un véritable abrutissement. Nul, s'il n'est peintre ou sculpteur, ne doit accorder son I attention à la peinture et à la sculpture, mais il la réservera toute pour la beauté exprimée, par n'importe quel procédé.

Qu'est-ce que Vénus? La plus belle femme. Et Apollon ? Le plus bel homme. Au lieu de dire aux élèves des Beaux-Arts : « Faites une Vénus et un Apollon », dites-leur : « Faites la plus belle femme et le plus bel homme. »

Qu'est-ce que la Vierge? La plus belle âme de femme. Qu'est-ce que Jésus? L'âme divine dans un corps humain.

1 est bien clair que la plus belle femme, Istar,

KiTTTAngv xsskéhqcc m taixk

Apkrddite. Freb est susceptible demodification, nrgrnatf pDar Artémis. cérâwale pour Athénée, matroaak p:*iLr Héra ; que le pliis bel homme ne sera pas idcDtiq^e s3qs les traits de EKonjsos onde Platon, d'Asdépios on de Thésée; qnc la Viei^e-Mère peut être rae ou jarénile dans TAnnonciation ou doalonrense dans la Pieta et que le Jésus des Noces df Cana est un ai:li>e que celai qui diasse les vendeors on qui porte sa croix.

Mais il est certain aussi qnePjthagore pourrait, moins le L^onneU prendre les traits de Léonard, et que rAiislole et le Platon de Raphaël porteraient bien tout nom de penseur. Cette considération susceptible d'un dércloppement indéfini aboutit à cette formule :

Il y a des modes dans Part qui correspondent à des catégories mentales; ce sont les couleurs du prisme erpressif. Ici, la tentation est vive de prendre un nombre sacré, le septénaire par exemple, et de donner l'analyse du spectre animique ; mais il confient de renoncer aux énonciations que l'époque déteste, quand on peut avoir raison sans attenter aux susceptibilités contemporaines.

On accordera bien qu'il y a un mode sacré, celui où la théodicée commande; et on reconnaîtra dans la Ronde de nuit, qui est une ronde de jour, TixTéalité qui fait de la Pièce aux cent florins j de l'Anffe

de Tobie, des Pèlerins d'Emmaûs, des œuvres vraiment religieuses ; et on accordera également que ces œuvres sont plus hautes que les Syndics et que la Leçon d'Anatomie parce qu^elles matérialisent un idéal suréminent.

L'esthétique étant, d'après son étymologie, une entreprise de sensibilité, recherche ce qu'une œuvre fait sentir, sans souci du moyen (technicité) ni du sujet (ancienne catégorie). Ainsi l'art s'adresse à tous et surtout aux illettrés, auœ purs sachant par^ compassion^ littéralement.

Cette doctrine dérange tellement les intérêts les plus nombreux et les plus vifs, elle attaque tant de situations frauduleusement acquises etruine tant de commerçants qu'elle rencontrera une résistance de nature économique et d'un caractère désespéré.

Pour écrire que l'art imite la nature, il faut n'avoir jamais réfléchi que, dans l'œuvre, l'idéalité remplace la vie. L'exclamation : « C'est vivant! » ne loue que lepeintre;r//inoc^/i^ A"de Velasquez, les Juifs de Rembrandt, les personnages d'Holbein sont vivants. De quelle vie? Historique ou seulement matérielle ? Donnons vite le prix d'exécution à ces toiles destinées à une Académie et allons voir le ■^eflet de notre conscience dans des œuvres d'art ui nous parlent d'autre chose que de la couperose l'un pape ou de la bonhomie d'un bourgeois.

^mr noiK don un spasme trBBScandaiital et, si ^ mmm ofïvs^nvtt, en isaser de mystère qui épa- ' -^ Mjîw BotTT scinsibilitè. acréière sotre TÎe céré- Indte ^, nois susdit de Yénatùsm et des idées.

iec HUE. rnmnoralité dans Fart se borne à

: isè, Lras, les noisBes unes, c'csl-à-dirc le dediabîlitL. sf xréDeul j»oiiit nos clercs, et, à Saint- Keii^ cit Bajme comme dans les ^fises des jésuites, ie îHr^icsst fifinri: am draperies des anges.

A Trai du^ î 3?irrre gm f oiBente la concupi- £csik€^ es: liasse : mais combien rare dans les musées! Les Emaienrs ût* pbotD5Tapliics d'actrices ne s'arrêtcDî j-as deTTEni TAnfio/ff au CcMTège : qui doDC a éjtrouTé un désir, en face de la Milo?

Pour les autres, la moralité dans Fart s'entend d'une T .Ion té moralisatrice comme c^edn peintre beife V^lerlz; l'œurre rentable, thèse pathétique, prend le caractère d'an sermon et tend positivement à inculquer au spectateur une rérité pratique rt à modifier sa sensibilité dans un sens de charité. Des sensibleries de Greuze aux Casseurs de Pierres et au Retour de la Conférence par Courbet et àux mineurs de Constantin Meunier, on suit un dessein vaj;,aiement prêcheur ou polémique.

EH['i\ besoin de protester contre Fœuvre qui pr^clu* ou l'œuvre qui plaide ? Le rappel aux fins ilf^rru'^f os d*Orcagna,de Signorelli, de Michel-Ange

I RÉFUTATION ESTEOÊTIQUE DE TAINE 5 g

I ont bien un sens exhortatif, mais qui s'inspire de la I fragilité de Thomme et du mystère qui suit la mort I au lieu d^avoirses textes dans les programmes politiques. Montrer le paradis et l'enfer, la justice . divine saisissant le coupable et couronnant le juste, c'est rester dans l'idéal typique ; car un Egyptienjun Hindou, un Persan retrouverait sa propre mentalité dans ces conceptions, malgré leur extériorité latine. La pire mésaventure qu'on puisse évoquer serait celle d'une école moralisatrice s'appliquant aux anecdotes des recueils de bons exemples.

La Beauté opère par volupté. Un chef-d'œuvre I augmente en nous la vie de la grâce, miroir magique qui éclaire et dilate notre personnalité. D'abord, la Beauté nous dissuade de toute vulgarité, elle nous inculque l'idée de perfection et d'harmonie. La Beauté est le mystère pour les yeux ; elle est le vrai sensible, elle est le bien visible, elle est le visage de Dieu.

Nous vivons intellectuellement de mystère

comme Faust, nous vivons animiquement d'aspi-

, rations au bonheur ou à la justice comme Promé-

thée;et l'art créé par la religion devient la nouvelle

' religion pour les hommes qui cessent de croire

I sans cesser d'être hommes et de sentir. Seulement

les prêtres de l'art se recrutent autrement que les

60 néPUTATlON ESTHÉTIQUE DE TAINE

autres et leur ordinaliou n'appartient pas à un simple évéque.

Tout est mystère chez ces proférateurs du mystère et je découvre une sorte de blasphème à expliquer humainement ces êtres au rerbe sumatarel qui ont inventé les formes de nos songes et qui ont étendu notre horizon intellectuel de toute leur force d'illumination. Celui qui supporte le pittoresque, c'est-à-dire la peinture pour elle-même, ignore la dignité de l'art et les augmentations de personnalité qu'il peut en recevoir ; il ressemble à celui qui s'arrêterait à contempler la structure d'an épi au lieu d'en tirer sa nutrition.

Le conseil de Gœthe que Taine a répété avec une vénération inconsciente, a produit dans l'œuvre même de Gœthe le Général-Citoyen^ le Grand CophtSy Clavijoy des choses mort-nées sans le nom qui les soutient.

Se figure-t-on Balzac peintre ou sculpteur ? Le roman, qui est à proprement parler l'histoire d'une passion etdont l'intérêt tout psychologique dépend d'analyses successives, n'a pas besoin de plasticité, il ne s'adresse pas aux yeux. La comédie en peinture, qu'il s'agisse du rire de Steen ou de Téniers, des singes de Decamps, des augures de Gérôme, produit un effet de malaise. On n'admet pas volontiers que la couleur, cet élément de gloire

nÉFUTATlON ESTUéTIQUfi DE TAINE 6l

et de prestige, soit ravalé à frotter du cuivre, à lustrer du poil, ou à augmenter le ridicule d'une grimace. N'éprouve-t-on pas un déplaisir à voir la laideur, la vieillesse, très ornées? Quoi ! les colliers die Miranda au cou de Sycorax, la robe majes^ tueuse de Prospéro sur Galiban ! Et encore le monstre, dragon, gargouille, Quasimodo, comme figure de bas plan peut se justifier, par l'antithèse et l'intensité de cette antithèse; mais à une époque où Touvrier et l'élégant portent le même veston, où le travailleur manuel ^'habille comme Toisif, où l'uniformité règne, où le chef de TEtat ne diffère de son maître d'hôtel que par un sautoir rouge, le problème de la représentation contemporaine devient insoluble et le Bertin d'Ingres ne suffit pas pour déterminer un genre.

Les personnages de Velasquez, laids, inhumains et n'incarnant que le despotisme à base théocratique, offrent au moins un caractère de concentration, d'exception morale. Visiblement, ce sont des individus redoutables et sinistres, aussi noirs de dessein que d'habit. A la rencontre, on les fuirait. Cette disgrâce, qui résulte d'un aspect médiocre sans style ni chaleur, domine l'art entier. Socrate n'avait pas sa vraie tête, mais la plus contradictoire à son génie, tandis que M. Thiers, ce sinistre Niebelungde la bourgeoisie, ressemble bien à lui-

■if::^^. r, i<c xsss! T^L:*-'JLlZt qir'aiican podestat oe là ?^f>^«t.>gsg T»:^ «t rï^eziaôt le crayon ridicu- &e ;.%:^:c:rs ^ lirrliù? Ali^iicfa, César Franck fil Le ^JLTii 3i.:si:;.ei ti- «^3 leinps ; Gnslave MoreuLuie jl^ >i:;jL;5sie iespeiclres : lousdeux ress*f:i:i*Jt:^r:; à des rrijlrrs c^ proTÏoce- Si Texerclv< du ivxi^cCr iitscv- et îe gvaîe ne comportent pa$uu peu de sîr-ie^ dios I eïlérîorilé, en trouver*-t-oa p-araii ceux q^ie !es médiocres intérêts passioaneni oa bien ir*-t-cn. cocime font les stupides élè^n» de U xilU Medicîs, peindre des paysans, c'esl-è-dire des et nés rudimcntaires? Comparez les portraits et les per^^nuaâ:es de Raphaël, comme les portraits et les personnages d'Ingres. Comparez les portraits des peintres réalistes par enx-mêmes et voyez si Courbet ne se traite pas autrement, et avec un sens plus élevé, que ses autres figures. Il semble que la question du modèle suffisant ou non est tranchée.

A aucune époque, on n'a pu dire la pompeuse phrase de Goethe : « Emplissez votre esprit et votre cœur des sentiments et des idées de votre siècle, et l'œuvre viendra. »

L'œuvre n est venue qu'aux temps où les artistes emplissaient leur esprit et leur cœur des sentiments permanents et d'idées sempiternelles. Aujourd'hui le sentiment du siècle est une aspiration

au confort ou au luxe ; la femme aspire à changer de toilette et Thomme à changer de femme.

Ah ! le beau thème que celui-là pour la fresque et le haut^relief.

Nous avons secoué Tautorité spirituelle : subirons-nous celle des fonctionnaires et de renseignement?

Il y a plus d'audace à critiquer Taine, alors que le positivisme est d'Etat, qu'il n'y en eut à se gausser de la Bible au temps de Voltaire.

Quant on pense qu'un homme a pu affirmer publiquement : « De nouvelles formes apparaîtront et un moule se rencontrera^ » pour cette raison drolatique que tout changement de mœurs amène un changement d'art. « Le progrès de F expérience est infini; les applications des découvertes sont indéfinies; la machine politique s'améliore^ les sociétés protègent les talents... y> Ces folâtres propositions ne tiennent pas un moment à la réflexion. Après Raphaël, après Durer, après Rembrandt, après Rubens, après Vélasquez, aucune forme n'est apparue, de l'Arno au Rhin, ni de TAmstel à l'Escaut et au Manzanarès.

Léonard, malgré le progrès de l'expérience, est le maître dont les peintures ont le plus perdu. Non seulement nous ne savons plus teinter les vitraux, mais nous ignorons comment un Gérard Dow

G4 BÉFCTATXCm ESIBÉn^DS SS TAIKE

liabrigiiail ses couleiirB. Ifichel-An^ attaquait le bloc et nous le Iîttoiis an pratûden.

Les applications des déconveKes de M. ŒeTreul nons donnent quatorze cents tdntes, mais des teintor» bonnes pour les g^ensdela dnqnantième avenue.

Ilinsion pour iHanon! CeDes d*antan valaient mieux. Voyez ce qui sort des écoles municipales ! c'est inexposabk!

L'application humaine est limitée, comme sa force phyâque, comme sa portée optique. Expérimentalementyl'écolier de demain saura autant que le savant d'aujourd'hui.

Esthétiquement, il n'y a pas de succession. Après le génie vient la médiocrité et, à vrai dire, il n'y a point d'écoles, il y a des hommes plus ou moins divins et d'autres hommes appliqués qui les suivent Le fils du notaire et de la paysanne, Léonard,plus racé qu'un Charles P', bon comme un saint, prodigieux comme Faust, aussi fort que Michel-Ange par le Carton^ aussi suave que Raphaël par la Cène et aussi mystérieux que le mystère par lui-même, n'est ni une plante florentine ou lombarde, ni même un homme puisqu'il possède l'attribut divin qui est de créer. Bien au-dessous de lui, mais encore adorables, Luini et le Sodoma prolongent le rayonnement du Vinci.

L'histoire de Tart est celle de quelques individus*

Entre eux, on met cinquante noms qui ne valent que comme diminutifs de leurs noms I Ils servent, ces cinquante, de degrés pour mesurer les géants, dont, sans eux, nous ne connaîtrions pas la véritable stature. Natura non facit saltum. Avant et après le génie, on ne se prosterne pas, mais on admire encore.

Le nouvel inquisiteur, le matérialiste qui pose ses étiquettes d'apothicaire sur les chefs-d'œuvre, ne vaut pas mieux que son prédécesseur qui, avec la Bible pour pierre de touche, intervenait même dans la cosmologie. Jugeons les doctrines à leurs fruits : celle de Taine a permis au réalisme et à l'impressionnisme de se produire, d'occuper les gens raisonnables et de marquer une date dans les fastes du goût. Avec lui, l'anarchie a pris place dans la cathédrale esthétique.

Quel spectacle lamentable que celui d'un salon annuel I II ne donne pas la mesure de la décadence. En interrogeant les élèves des Beaux -Arts, on s'aperçoit que le mot « école » ne correspond plus à une réalité et que l'enseignement échappe à la Tilique, car il n'existe littéralement pas. Le der-

'ier qui eut des principes, Gérôme, les démentait

•ar sa production médiocre. Les jeunes artistes, en

66 R^rUTÀTION BSTHéTIQUB DE TACfB

France, livrés à eux-mêmes, sans conseil, sans méthode, se perdent dans la bizarrerie on le mercantilisme. Ils méritent cependant qn'on s'intéresse à leur désarroi . Celui qui leur parlera le langage de l'amour, qui, au lieu de leur raconter comment on portait des chausses mi-parties en 1499» ^ Milan, tiendra des discours de foi, c'est-à-dire d'enthousiasme, celui-là sera entendu, celai-Ià sera suivi.

L'art de France se meurt parce que nul n'aime la beauté comme saint François aima la pauvreté, éperdument.

Un homme de la valeur de Taine ne peut pas passer vingt ans sur une matière sans rencontrer quelque vérité et devenir son propre réfutateur quand il s'est trompé . On peut lire {Philosophie de PArt, II, 269) : « Il y a pour chaque objet une forme idéale^ hors de laquelle tout est déviation et erreur et on peut découvrir un principe de sU" bordination qui assigne des rangs aux diverses œuvres d'art. »

L'art a pour but de manifester l'essence des choses. Précisons ce langage d'universitaire. La forme idéale est la seule forme; toute autre est l'informe.

La hiérarchie des œuvres s'établit par le degré d'idéalité réalisée.

BETUTATION BSTHÉTIQUE DE TAINB 67

F Uessence des choses s'appelle âme ou esprit dans

les êtres.

|. Par conséquent, Testhétique est la méthode qui, appliquée aux arts du dessin, enseigne aux artistes la création et aux autres la contemplation de la forme idéale, expressive de Tessence des choses et de Tàme des êtres.

Louis XIV fut vraiment un grand esthète, en face des Téniers, et un jour Fopinion dira aussi aux conservateurs des musées : ce Otez-moi de là ces magots. »

Une esthétique est toujours, même à Tinsu de son auteur, le fragment d'une philosophie, voire d'une politique. Des connexités, maintes fois signalées entre le Beau, le Vrai et le Bien, déterminent une méthode où la croyance et la morale se substituent au véritable objet de la recherche.

Taine positiviste, imbu du déterminisme scientifique, devait tenter une critique rationaliste de l'art.

Les écrivains traditionalistes commettent la même faute. Prenant au littéral une phrase de Vasari, dans la vie de Buffalmaco, ils assurent que les treceniisti n'avaient d'autre but « que de glorifier ^ es saints et de rendre les hommes meilleurs ».Desein implicite peut-être, mais qui convient mieux

des missionnaires qu'à des artistes. L'intention

68 RéPUTÀTiON ESTHETIQUE DE TAUfS

ne signifie rien dans les œuvres. Si Penfer est pavé de bonnes intentions, les musées en sont tapissés. Le génie du peintre seul glorifie le modèle ou le sujet, et si en effet le spectacle de la perfection rend l'homme meilleur, c'est plutôt une question de maîtrise que de charité.

a Cette statue (le Moïse) est au moins décente, tandis que celles de la chapelle des Médicis sont d'une révoltante nudité. »

M, Cartier donne ainsi la mentalité du catholicisme officiel. Même interprété avec l'austérité tragique de la chapelle Médicis, le nu agit en manière d'épouvantail, sur l'esprit clérical ; il ne juge pas, il exorcise, puéril et superstitieux, obéissant à une notion niaise, mais imposante, et redite par des voix très autorisées, de siècle en siècle.

L'Arétin aussi fut scandalisé par Michel-Ange et demanda au Pape la destruction du Jugement dernier. On fit braguetter tous ces élus et ces damnés. Mais aucun dissertateur ecclésiastique ne s'est avisé des cuisses d'anges de la chapelle Clémentine, des amours jouant avec les attributs de la Foi sur les pilastres de Saint-Pierre, ni de la Véronique colossale dansant la danse du châle, non plus de TExtase de sainte Thérèse au Jesu^ ce monument d'érotisme, d'une lascivité si vive.

Pareille disposition de la sensibilité obscurcit Ten-

tendement. Celui qui n'est pas assez avancé dans l'initiation plastique, pour s'élever au-dessus des bienséances communes etdereffluvesexuel,devrait rester tout à fait un honnête homme et se taire sur une matière où la morale s'appelle le style.

Une peinture ne mérite pas Pépithète de sacrée parce qu'elle représente une scène ou un personnage de la foi.

Le caractère ne vient pas du sujet, mais de la façon dont il est traité.

Ceux qui font à Michel- Ange des procès au nom de l'honnêteté en instruisent aussi contre Raphaël, qu'ils jugent moins chrétien d'inspiration que le délicieux, mais monotone et douceâtre Péruginw

La Dispute du Saint Sacrement^ VEcole (TA" thènes se font face dans la même chambre du Vatican. Essayez de convaincre, je ne dis pas un prêtre lk du commun, mais un cardinal, que la première est très inférieure à la seconde comme composition sacrée, et vous passerez pour un esprit paradoxal et facétieux. Il n'y a de sacré que certains personnages et certains sujets, et pour un homme de culture exclusivement littéraire, des philosophes seront toujours profanes.

Placez, par la pensée, la Sainte Anne de Léonard sur un autel ; vous produirez un malaise indé-

su deroier

•yy^ g^ z */ ^jr*irf2a£3 Tût iirnr nm drfoc, à 1 art

lies d'ioi' X Pères Eter-

titz: i ciïff^^ r'-rBnr-iTS. m T t^imr^^ mkx. expressions aûnrril^-s* 1 nî 7iiirs6e nrirmflr? s'arrête devant Jt rsi n ■^■*>.T t'«TT»f nf le^ iit2iit»$^: le chrétien rctrouTt ^msà Ui^tni^ns: sa jit*. i jMïuzzjanièsx dus la fadeur «■Tt 'g i'niîiggs TOiIifs rie r;çrc«ie aa contraire

Vus rectiiof* Tiin^^jg 5i^: poutk intégrante du carwrtîTt r^Iir-e^ii. :eC :ri* I:» pratiquants le coni^ÀT^zx : ^ les iirr«s-v«en«tirs, en retour, déclarent prjfin-î tccl ce qni est irîrîl et cancMiiqucPrétendrct a^ec Taine, que la Cène du Yind n'est qu'un groupement « d'Italiens rigoureux » ou avecM.Carlicf cherchant à caraclériser la Renaissance que « l'âricjen ennemi Toulut rentrer dans cette société flcmt il avait été chassé » sont de ces formules pi* toyahleft qui désolent les bons esprits. Réduire l'iQ' Uîritioii de Léonard si bassement ou faire interve- Vfïnir lo diable, voilà deux absurdités répugnantes.

népUTATION ESTHÉTIQUE DE TAINB 7I

filles toutes deux du fanatisme et de Tignorance.

Il y a quelque impertinence à répéter ce mot à propos de Taine, mais il le mérite autant que M. Cartier. Ni l'un ni Tautre ne connaissaient la Renaissance. En face des nus, Tun n'apercevait pas rame de ces nus et les calomniait au nom de son matérialisme, et l'autre les exécrait comme fidèle obtus.

Aujourd'hui, la doctrine cléricale n'a plus besoin de réfutation ; elle n'exerce aucune influence et ce serait un gaspillage d'encre que de nier le rôle de Satan dans l'éclosion de l'humanisme.

Les erreurs sacerdotales n'offrent plus aucun danger. Au contraire, celles des universitaires, impérieuses, menaçantes, presque triomphantes, appellent la réfutation.

Jamais en Champagne on ne pensera comme en Auvergne, parce qu'en Champagne il j a de la craie, et en Auvergne du granit, parce que Tun de ces sols est plat et l'autre montueux ; de là dérivent des cultures particulières, des mœurs spéciales, et les mœurs font d'abord les idées, quelles que soient les croyances .

Cela est vrai : toutefois comparez les poésies d'un troubadour champenois et d'un auvergnat et vous ne retrouverez plus rien qui corresponde à cette opposition si imagée de la craie et du granit.

Quinet a écrit :

^2 RÉFUTAI ION ESIBÉTIQUB DE TAIXB

Par le midi, la France touche à Tltalieet les Pyrénées ne la rattachent*elles pas, comme un système deTertêbies, à la contrée d*où sont sortis les Calderon, les Camoeos, les Michel Cervantes ? Par les côtes de Bretaernene tieotclle pas au corps entier de la race gallique ? Enfin, par la vallée da Rhin, par la Lorraine et l'Alsace ne s'onitelle pas aux traditions comme aux langues germani ques?

Ce sont là des aperçus ingénieux d'une vérité partielle ; il convient de les subordonner à une loi autrement prouvée,

Uhomme de génie incarne tantôt l'âme générale, tantôt celle d'une minorité ; il épouse ou répudie l'aspiration d'une époque. Amplificateur ou contempteur des mœurs environnantes, il se définit surtout par dissemblance : et le génie par luimême n'est-il pas déjà la plus grande dissemblance d'un homme en face de l'espèce humaine?

L'antiquité pénétra la mentalité chrétienne bien avant la Renaissance. Aristote a le rang d'un père de l'Eglise ; un passagedu traité /)« ciel et du monde sert à prouver la trinitéet on tire du douzième livre de la Métaphysique les preuves de l'immortalité de l'âme et du dieu personnel. Voyez au IV de Vinferno : « le maître de ceux qui savent siéger parmi sa famille spirituelle ».

A ' Venise, selon le dire de Pétrarque, on se moquait de Moïse et de la Genèse ; les averroïstes

étaient nombreux. A Padoue, Pierre d'Apone se rit de la Résurrection de Lazare . Si on relit la Divine Comédie^ on y trouvera les éléments de la Renaissance étroitement combinés avec le christianisme. Au concile de Florence (i 438) se trouvait un homme dont l'influence fut immense : Gémistos Plethon,le maître du futur cardinal Bessarion, ne fut pas pendu comme Cecco d'Ascoli, et cependant il osa dire dans son Livre des lois: « Bientôt les hommes embrasseront tous une même religion, qui ne sera ni celle du Christ, ni celle de Mahomet, mais une troisième dérivée du Polythéisme. » Sous la protection de Cosme l'ancien, Gémistos élabora un culte, des rites, des prières ; et de lui sortira intellectuellement Marsile Ficin, l'apôtre du néo-platonisme.

Le clergé était trop intéressé à discréditer les humanistes pour ne pas les étiqueter de païens, ce qui veut dire sensuels, épicuriens, jouisseurs, dans Tesprit de la foule.

A qui attribuerait-on ce passage :

volupté aa-dessas des sens I O joie au-dessas de l'âme ! allégresse au-dessus de Tintelligence. . . ! C'est qu'il me recueille avec toi,ô mon âme; c'est qu'il est en moi, l'unité des unités, Dieul Réjouissez-vous avec moi, vous tous dont Dieu est la force. Le Dieu de F univers m'a embrassé, le Dieu des Dieux me pénètre. Déjà, i déjà Dieu te nourrit tout entière, ô mon âme, et celui qui

74 nÉFCTAUOK mSIBtnQCE. DE TAI^K

in*eiig«Dâia me régénère, il en^odra mon âme ; il la traiisfurme en Liiçe. il la cx>iivertit en Dieu... Qaelles i irrftoes te reodre, 6 Grâce des Grâces!

Nous sommes lom de œ matérialisme prétenda que Ton s'obsline a attriboer aux humanistes.

La Renaissaiioc a une doctrine faite de Platon et de Plotin. Marsik remplit auprès de Cosme et de Laurent un rentable office de chapelain, sous les ombrag-es de Caregigi, aux accents du chanteur SquardalupL

Politien, Pic de la l^Grandole, BeTivieni, Laurent de Médids lui-même, tous les poètes néo-platoniciens sont des mystiques aidents.

Le prodig-e de dix-huit ans qui parie ving^t-deux lances, le prétendu pédant des neuf cents thèses, de omni re scibili, est peint à Saint-Ambroise de Florence par Cosimo RoseUi. C'est un adolescente la taille souple et élancée, à Tceil bleu marin, au teint dair, à la chevelure blonde et touffue.

On admire dans toute sa personne un mélange de douceur angélique, de pudique modestie, de bienveillance attrayante qui charme le regard et attire les cœurs.

Il en est des divers aspects de la Renaissance comme du prétendu pédant, on les a caricaturés par paresse, pour formuler vite une classification scolaire.

mais' et ce qt"

l.'éco\e sa-vv***-"'- . ', à l'école i-'"-

X^tSon-aTâ. avissi. Ws se so ^cctettr^

-^ - - 1» rAtail

îliexi -

„i« t« «t «X o ^^.^^^^^ ,, ^^,,table

J^»i^**^^ celui qui illust^

l'art V^',^n Léon X, ne ressem

^^a*?*^*-»'*^ c?î**-tc»rïS et ses fresques." -

•^^^-^^alîsme de l'artiste pedi

^ ^„t.x-^ ^^ ««»i«" que lo traduj

^ s«i^«"* <?"*« travail^

»ir*4

travailla

jytila»

IJe cfaasJVi^^

AEFCTATIOlf B8THETIOCE DE TAINE

Cène, la Mddone de Sanf Onofrio à Rome et le Saint Jean peint à CIos-Lncé, aux bords de la Loire.

Plus vrai qae le déterminisme du climat et de la race, s*accase le caractère professionnel.

Taine découvre dans Walter Scott, « sous Tamateur du moyen-âge, l'écossais avisé dont la sag-acité s'est aiguisée par le maniement de la procédure ».

L'auteur du « Thomas Graindorge » fut delà promotion About, Sarcey, Weiss, à l'Ecole normale. Il professa à Nevers, à Poitiers, à Besançon, et même à Oxford, et toujours U obéit à la tendance pédagogique qui catégorise à tout prix et légifère aveuglement.

Jamais les spiritualistes ont-ils sonné une faa*fare de jactance aussi comique que ce passage (Z/^tératare anglaise^ IV, 421) :

La science a dépassé le monde visible et palpable des astres, des pierres, des plantes où dédaigneusement on la confinait ; c'est à l'âme qu'elle se prend, munie des instruments exacts et perçants, dont trois cents ans d'expérience ont prouvé la justesse et mesuré la portée.

La pensée et son développement, son rang, sa structure et ses attaches, ses profondes racines corporelles, sa végétation infinie à travers l'histoire, sa haute flora son au sommet des choses, voilà maintenant son obje l'objet que depuis soixante ans elle entrevoit en Allem^

^^^^.^ 't <5u,, soi^dè lentemeot, ^^

3?^«EU^S£, oomxno le rnoode physiq^^

«est «mploi do 1^ soieoce et daa^ ^

«os, 11 y ^ x^xx mE*t, ixnci morale.uï»'

Jaoxx voiles et notice a^ffaire esl auj<^

IVellsoans cï^tt-cï fougueuse j «=>^^ l'ïxx^pr-oçM-i^l.é des termes^

^?C ? i^-^ r^'Cmn.^- do la pensée fel

q¥j.cï ^si s ti^ixc^tui-^^ ^1 les raci

flc^ï'siî^soiï iï:i.^'îsil>I« ^ întangi

^x^t:^ndi~€3 j>six' /i^ ^€>rr^mBt des

JLe xxioxacJo dô Ij3t j>ensée

L^ pe^-^o, C^^dâ ionise

ainsi diJ-e rv^ J

raao î/e;s t^^ioa^ * de jour en J<=>"^ versuo poliït i:><=3

Les :soio«c^

"■^ '^-.^ r:rti<3 RusL.* ■

beaucoup --^f^/i„. K„,V 4 et noo o^ ^ ^^ ^

"" '^■'^ — -^ «ia;ixr->if*- Eii«: 2L xrr? dans des

- " - -^ r ■.-:i^.;:^ ^ - >:iiL -t 3«idc

*'""^ *'"^— ^ -^ :L -«^^lESir» iiL «mne qui ne se

^'"■^ -'^- *'-^ "^^ ^iTT: - Ji eaiK ^Hune mis **"^^ •**^ '-' - -^^ -^'^ii:>-^3^'"s :?CTr^d:ifl-fl en un

^ ^ ^ -- -^ ^*^ ^^u^iTi- cimes SL Kt. ccst-à-dire iffr> :t .n^cs ^ ^^^ ^^^^ inpiois «scàedfocs bien i:^^îiai-5w r^-rac- os-iuus ^l.ica^œa'iM aTccIes

I^ ^« :£- --r-.ai-:aîaieîi£ œ smie addi- ^.a^.t^ rii aie^ jj ^erni«r r-rax « j«6sesâon de V.ai /^lïTiér. i^ ie-'rxiider* : le ^:i3: mince natura^-te 5 i55^i:e I^ i- a^--^ i- UtTwsier et de &?rJi*.ot eC 5a:if ii-5 !« aieicd», k sdcnce ne vtnh!e pas poaToîr rétr^erivier.

L'An, ao coatraîre, s mcarne, jit el meurt dans ctt^qw génie. Giotto est un art entier et Raphaël, m f,^^r{Hh qu'a soit, ne possède pas les qualités du tm'^rirî.U5, Plus près de nous, Ingres et Delacroix fiOHH ont montré le spectacle de deux rivaux

impuissants à s'assimiler les qualités l'un de Tautire. Le premier n*a pu trouver une palette sui ge^ r^erisy le second a vainement poursuivi la pureté de la ligne. Tout à fait de nos jours, Pu vis et Gus- ■tave' Moreau prirent des voies contradictoires, sans songer même à échanger des leçons. Enfin, ne voyons-nous pas des ouvrages de sauvage dans les Salons, des tatouages sur toile, de véritables griffonnages antédiluviens ? Or, ce qui caractérise la Faune et la Flore, c'est la constance du type.

Jamais un naturaliste, ni un physiologiste n'aurait conçu une idée aussi saugrenue que celle de voir un herbier dans une musée; seul un universitaire, étranger au laboratoire, pouvait ainsi s'égarer.

Ah! je comprends qu'on se grise à l'idée de dégager un art, une morale, une politique, une religion. Mais il suffit de définir l'art, la morale, la politique et la religion pour connaître qu'elles ne sont point filles de la science.

La recherche de la perfection dans l'œuvre, les mœurs, les lois et les rites ne jailliront jamais d'un manuel expérimental : ce sont des matières passionnelles où l'enthousiasme, l'honneur, la justice et la piété dominent, comme muses et rectrices. Quelle curieuse idée que de tirer une religion de la jcîence; et comme cela montre le despotisme inné

RérUTATION ESTHÉTIQUE DE TAIKE

de l'esprit humain qui tend sans cesse à usurper sur autrui ! Long^temps la théologie s'arrogea une vérilable dictature sur Texpérience ; clic posta son inquisiteur à la porte du laboratoire et mît le bras séculier au service d'un livre juif dont personne ne lisait le texte original et qui fourmille d'allégories égyptiennes et kaldéennes. Aujourd'hui nous ne comprenons pas l'autorité de Moïse mal traduit, en matière expérimentale; etfon veut nous faire subir le rectorat d'un Auguste Comte, philosophe seulement curieux parmi vingt autres à peu près semblables. 11 y a un demi-siècle, un médicastre, Moreau de Tours, publia un volume très insolent que Taine n'ignora pas. La Psychologie morbide est de i9^^ eL Taine commença son cours en i864- Pour ce carabin, folie et génie sont congénères. Un pareil travail trouva de l'écho, il 'offrait aux médiocres, c'esl-à-dîre à la presque totalité des hommes, un \ réconfort inespéré. On aurait augmenté sa vente

avec ce sous-titre: apologie pour les hommes accuses de médiocrité. On y lit des phrases de cette niaiserie :

En aucun cas le fonctionnement intellectuel ne saurait être plus parfait que lorsque le sujet est à la fois rachitîque, scrofulenx et neuropathique ; en d'autres termes, lorsque, par sa constitution, il touche à la fois â Tidiotie et à la folie.

REFUTATION ESTHÉTIQUE DE TAINE 8l

Les trois plus grands hommes du dessin; Sébastien Bach comme Palestrina; Bramante comme Âlberti; Dante comme Shakespeare donnent le plus formel démenti à cette ridicule assertion. Gœthe, Victor Hugo, Balzac ont été des modèles de oiéthode et de persévérance.

Le génie n'est pas plus une névrose que la bélise n'est unediathèse normale. Léonard fut le plus beau cavalier de son temps et Pic de la Mirandole ressemblait au plus joli page. En dressant la liste des génies d'après leur diathèse, on verrait que les plus grands furent sains. C'est un travail de patience à la portée de chacun.

Au lieu de poursuivre l'impossible identification de la botanique et l'esthétique, il eût mieux valu établir les concordances de cette partie de la philosophie avec les autres.

La doctrine de l'art pour l'art ne supporte pas l'examen : elle isole l'artiste et le diminue jusqu'à un rôle à*artifex. L'autre formule, qui subordonne l'œuvre aux intentions sectaires, religieuses ou libres-penseuses, ne vaut guère mieux. Ces points extrêmes n'ont été en somme que des points de belligérance. En face d'un idéalisme qui méconnaît la splendeur du nu, on revendique hautement les Iroits de l'art ; comme on défend le rôle purificaeur de la beauté contre ceux qui veulent borner

82 RÉFUTATION ESTHÉTIQUE DK TAINB

son action à des imitations plus ou moins parfaites. Sur ce terrain d'une apparence sereine, les partis se manifestent aussi intransigeants, aussi aveugles que dans la politique.

Il faut s'entendre sur la morale. Les ouvrages qui flattent ou excitent la concupiscence sont moindres que ceux qui s'adressent à la conceptualîté; et, théoriquement, un regard rempli d'âme remporte sur le galbe d'un sein même admirable. Toutefois, ce même sein l'emportera sur un autre reg"ard moias chargé d'expression.

Le diagnostic du médecin n'apporte aucune clarté à la critique. Michel-Ange était fort bilieux, la belle découverte ! Torregiani lui avait écrasé le nez, qu'est-ce que cela fournit pour expliquer le plafond de la Sixtine?

Le génie œuvre malgré la maladie et non à cause d'elle. Bazzi a-t-il mérité son surnom ? Qn'm' i^QTiekV extase de Sainte Catherine et « aux noces de Roxane » ?

Ceux qui ont vécu dans l'intimité des hommes de génie connaissent leurs manies, leurs tics et aussi que ce sont là des accidents sans rapport avec leurs ouvrages.

La faculté créatrice, dès qu'elle existe, domine l'être entier ; elle tient ceux qui en sont doués en état de perpétuelle gestation.

Le génie est un homme enceint ; et on s'étonne que cet état amène quelque modification de Thumeur et des humeurs, alors que la grossesse physiologique donne lieu à un phénoménisme si radical et souvent si étrange I

Platon a magnifiquement expliqué la diathèse de rhomme créateur, du ravisseur de feu, il en fait un démon, un être intermédiaire entre le mortel et rimmortel. Le médicastre tourangeau plaque des injures de clinicien et bave la calomnie à forme scientifique sur les seuls mortels qui soient l'honneur de l'espèce et un tel honneur, que l'Académicien les élève bien au-dessus de l'humanité!

On ne s'entend point sur le but de l'art. Les uns veulent l'employer à un dessein moral ou religieux, et ils n'ont point tort; les autres tiennent pour la beauté comme seul objectif, et ils ont à peu près raison. Mais les premiers se trompent en ne voyant le caractère religieux que dans des sujets déterminés et les seconds en réduisant la beauté à une version prestigieuse du modèle.

Quant aux amateurs qui se délectent de la seule exécution, ce sont des maniaques ou des professionnels. Le but de l'art est de produire chez le spectateur une espèce de bonheur ou de voipté assez complexe, puisqu'il se forme de l'idée e perfection véritable, pour le raisonnement, et

84 nÉFUTATIÛN KSTUéTIQUE DB T\im

de l'idée d'absolu, celle-là purement musicale. La perfection des formes est littéralement le visage du mystère, et lui-même, le mystère, se définirait peut-être par trois termes^ le lointain correspondant au passé, l'au-delà analogue au futur et la réalité constitutive du présent.

En réunissant ces trois termes, on définit à peu près l'impression des chefs-d'œuvre, et aussi on découvre l'inanité du réalisme.

L'effet de la Sixtine^ de la Cène et de V Ecole (ï Athènes se décompose en ce triple rayonnement. Les sujets sont très loin de ceux que nos yeux rencontrent; les formes employées sont bien au delà de notre forme personnelle; et cependant une vie intense ou plutôt un caractère d'immortalité nous donne l'illusion d'une scène vraie. Supposons que la Sixtine soit traitée à la Phidias, dans cette plastique admirablement modérée des métopes et qu'elle ne s'emploie qu'à des mouvements vulgaires d'oeuvre servile, à quelque représentation des métiers; supposons que la Cène réunisse à la moderne des juifs sordides ou de farouches bédouins, avec leur tête d'oiseau de proie et leurs guenilles déplorables ; supposons enfin que l'Ecole d'Athènes soit le groupement de la faculté des lettres sur un escalier : il n'y aurait plus de mystère, et partant plus de chefs-d'œuvre.

'^>-ai5.tv«

tï^^V ^x7

it

oeuvre ^ V^^^^wt ta.^'^^^ '' I deS bourgeois \ P^*OoS^^^'^^snowe-^«^*f eotv excellent

«'^'^ Buveurs eu ^'J ^^ banquet

loéti^'- ^^s ces B^^ banquets ^.^^.

syndics ^^ etaussV^^^'^ sUveto^^ '^^ ^^, .eftéd^^'^'. Ac Vatt.C*^ ^'Je^Wel\èmq«^^.-,déesirausseat^*^^^ r Lévoq««^'* aW^S"'' ' IL idées,

foi^^Vreco^^^^^Iouluue^^'^^^^'^'' ,

85 REFUTATION KSTHiriQUK DB TADfS

jours oublier Tartifex. On ne pense an métier que devant les choses de métier.

Le connaisseur n'est pas le public et la pire disposition de l'œuvrant sera toujours de travailler en vue d'un suffrage corporatif et prétendument compétent.

Un mauvais sentiment d'orgueil despotique pousse les professeurs à vouloir écarter toutes les lèvres d'une coupe qui, par son essence, doit servir à la communion universelle.

A qui sont destinés les temples? Les peintures et les sculptures qui les ornent auraient^Ues une autre destination? Cela est peu vraisemblable. Car Tarchitecture est, en dignité et en difficulté, Fart transcendantal auprès duquel les autres ne paraissent que relatifs et minimes. Le peuple comprend-il Tarchitectonique? Il la sent. Son inconscient vaut bien la conscience faussée du pédant.

Le privilège de l'homme est de pénétrer par la pensée jusqu'aux essences que l'œil interne découvre seul, et jusqu'à la source de toutes les essences, TEtre infini ou le Beau absolu. Le manifester dans les formes émanées de lui et qui le reflètent, tel est l'objet de l'art, son but magnifique.

Lamennais dit bien. L'œuvre d'art digne de ce nom tend à trouver la substance ou forme exprei sive de l'essence. L'art opère par incarnation.

Lorsque lé vénérable Ingres nous montre Jeanne d'Arc armée exactement selon la mode d'armes du 17 juillet 1429^ il ne fait rien de bon ni de mauvais. L'essence de son sujet est autre. Quelle est la forme essentielle d'une pucelle inspirée et qui après avoir mené à la victoire son pays^ au nom de Jésus roi du ciel, sera brûlée à dix-neuf ans?

Etendard, épée, armures, accessoires sans intérêt. Jeanne d'Arc est une idée : quel est le corps de cette idée, la face de cette idée? Elle est fille et fait acte d'homme; est-elle du sexe de son acte? Non. Est-ce seulement une pucelle? Non plus. Sera-ce saint-Georges? Pas davantage. Un ange? Point.

Je ne peux énumérer la succession d'images par lesquelles l'artiste parviendra à concevoir la bonne Lorraine : mais j'affirme qu'il s'agit de dessiner un visage, puis un corps, de trouver enfin un geste et que le problème est purement expressif et plastique.

Le Moïse de Michel-Ange déroute nos notions préconçues. Personne ne rendra un compte satisfaisant de cet ouvrage, si bizarre d'accoutrement, et pourtant personne n'hésitera à reconnaître le personnage.

Les orthodoxes n'aimentpas le Moïse, et trouvent fvoltants les nus de la chapelle Médicis et les omment « le chaos et la matière, Vorgueil et la

SS BEFTTATIOK «SlHK l lg CE DB TACfS

volupté <[Qt hi Remissaooe semble avoir voulu glorifier ».

J^ai indiqué ocHiilHai la saoîstie calomnie Tardent spiritoaSsme de la Renaissance.

Les qroai^ strophes fon^res da Baonarotti manifestent a L^ même titre qne'la Sainte-Anne et le Saini^eaji I vt sacré, mais indépendant.

MicheUAnge ei Léonard croyaient, mais non pas an dérogé. Ce sont enx qui ont arraché, aux mains trop intéressées qnoiqne consacrées, ce voile de Véronique où le génie humain, par d'innombrables miracles, a rendu témoignage à Dieu.

Un pouvoir n*a d'autre légitimité que son utilité; et Michel-Ânge accomplit dans le domaine du dessin le même formidable effort de conscience qui met la Divine Comédie au-dessus de toute notre ère. De l'inconsdenoe des pasteurs naît Témancipation da troupeau, comme droit autant que comme fait.

Ecoutez Charles Blanc reprendre le thème de l'Arétin.

Pourquoi donc tant d*anatomie et si peu de pensée ? Pourquoi tant de matière et si peu d'esprit? Quoi! c'est ici la fin du monde et Je ne vois ni terre ni cîeux» mais partout des bras et des jambes, des tètes renversées, d*^ pieds en Tair^ un étalage effrayant de chair humaine de tours de force, une exhibition d'Hercules 1 II est bi temps que l'humanité fasse parade de ses muscles, qoac

RÉFUTATION ESTHÉTIQUB DK TAINE 8()

le souffle de Dieu va Tensevelir dans Téternité? ... La pensée est donc absente et c'est la pure fantaisie de l'artiste qui a tout usurpé. La raison, le dogme, Thistoire, tout a été sacrifié à la puissante et brutale volonté de Michel-Ange.

Cette page avertit les critiques d'art du danger où Fon se risque à écrire superficiellement*

Invoquer la raison et Thistoire, pour un jugement dernier et prendre la défense du dogme quand on est Charles Blanc, quelle plaisante posture !

Je n'ai pas en mémoire Tavis de Taine sur ce mur d'effroi, mais je suppose qu'il n'y a vu que le triomphe du corps humain, le grand morceau de l'art pour l'art.

Sauf la figure du Christ, qui devrait être drapée pour ne pas ressembler à toutes les autres, Michel- Ange a conçu l'ouvrage avec une grande logique, en titanisant l'aspect humain, en produisant cet effet unique d'innuniérabilité. Un tel effort décourage l'attention et on ne voit même plus les cent chefs-d'œuvre de détail qui forment cet ensemble indicible. On m'accordera bien que Buonarotti comprenait Alighieri, puisqu'il offrit à Léon X de faire au divin poète un tombeau convenable (i 5 19) Tan- 1 je où Léonard mourait à Clos-Lucé.

Or comprendre le Dante n'est pas le fait d'un ] asticien exclusif, ni d'un orthodoxe. Les guerres

90 RiPUTATlON BSTailIQUR DS TAINK

de Jules II , les chasses de Léon X deTaknt plaire médiocrement à Taustère gibelin et il se dégage de son Jugement une doctrine singulièrement diffé. rente de celle des Papes.

Habitués par nos contemporains à voir les arUV tes aussi étrangers à la métaphysique que s'ils ne sayaient*pas lire, nous réduisons les anciens maîtres à un œil au bout d'un pinceau : grave erreur, ils priaient et pensaient à la fois, fidèles à la vérité révélée, libres de la tutelle décevante des clercs.

Je ne veux pour preuve de l'ésolérisme du Jugement Dernier que les quatre distributions de caleçons par Daniel de Volterre, ensuite par Girolamo da Fano sous Pie V, ensuite sous Grégoire XIII. Ce dernier voulait effacer Touvrage; enfin sous Clément XIII, par les soins de Stefano Pozzi.

L'infiltration protestante ne suffirait pas à expliquer cet acharnement.

Que le spiritualisme soit vrai ou faux, que Tâme soit immortelle ou non, que la religion soit Texpression de la vérité ou seulement un songe, Tart vit de spiritualité : et les aspirations d'éternité seront toujours les seules muses.

Voilà ce que Taine n'a pas compris : ébloui par la science expérimentale qu'il ignorait, ne sachant ni la physique, ni la physiologie, avec une cultu i exclusivement littéraire et une tare universitaire.

a voulu appliquer à Tessor de la pensée les lois de la pesanteur et inaugurer une météorologie du Beau.

Cette entreprise absurde a porté des fruits détestables : la paresse, la vulgarité, tous les bas et lâches instincts de la décadence ont ramassé au bas de sa chaire des prétextes officiels pour ne rien faire ou faire mal^ Et si des barbouilleurs comme MM. Bouguereau et Henner laissent des neuf millions à leurs héritiers, ne cherchez pas d'autre responsabilité que la chaire d'esthétique du Collège de France, cathedra pestilentiœ^ qui, pendant un quart de siècle, a officiellement servi à la ville et au monde les vaticinations d'un incompétent.

Taine fut un sectaire, non de ceux qui se partagent les deniers 'd'une église, mais de ces autres, tout aussi redoutables, qui se taillent une originalité aux dépens de la vérité et de l'expérience.

Il n'y à pas d'originalité possible dans la recherche sincère : la vérité ne fournit pas des aspects si variés que chaque survenant puisse s'affirmer autrement que par des coordinations et des éclaircissements.

Toute théorie personnelle est une erreur; toute louveauté une ignorance ou une grimace perverse: Bt la pire trahison se voit aux efforts d'innovation doctrinale.

92 néFUTATION ESTHÉTIQUE DE TÀINB

Voulez-vous créer? Soyez artistes et renouvelez les formes. Enseignez-vous? Attentifs au legs du passé, commentez-le sans ce misérable souci de paraître neuf aux matières cent fois séculaires.

L'esthétique mérite de conquérir son existence propre, d'être affranchie i la fois du prêtre et du libre penseur.

Trop longtemps on a demandé à Tart son billet de confession ; il ne faut pas qu'on lui impose un certificat d'athéisme.

. M. Curie n'a nul besoin de théologie pour constater le phénomène de radiance qui justifie la doctrine spiritualiste et en prouvant l'unité de matière apporte une surprenante confirmation à l'unité de Dieu. En face de ses appareils, il peut être matérialiste, sans que cela gêne ses découvertes.

L'artiste, au contraire, se condamne à la stérilité en appliquant à sa recherche une formule de laboratoire. Ce qu'il constate ne signifie rien : les éléments que lui fournit la nature doivent traverser des états successifs pour se cristalliser en beauté, et l'alambic ici est son propre cerveau. Comment le modèle, analogue au carbone, va-t-il se sublimer en diamant? A quelles températures d'âme faudrat-il soumettre le sombre minerai pour l'amener à l'état lumineux et radiant? Secret vraiment în pénétrable^ secret quasi divin que cette transfoi

RÉFUTATION ESTHÉTIQUE DE TAINE qS

smation de la forme actuelle en forme immortelle !

Cette considération, qui juge Tœuvre de Tart diaprés ses précédents et ses subséquents, qui lui donne son rang dans l'évolution historique, cette considération critique qui compare et établit un palmarès chronologique, abolit la véritable esthétique.

L'ouvrage d'art doit nous apparaître comme un individu et comme tel il faut l'envisager sans souci de ses aïeux ou de ses fils, sinon les spécialistes seuls pourraient en approcher.

L'Italien illettré ne comprend pas Dante : mais Giotto s'offre à lui autrement lisible puisque le grand trecento s'exprime par pantomime. Raphaël comme Orcagna emploie une langue universelle, le corps humain : et tout homme, étant passionné par sa nature, reconnaîtra l'expression des passions, sans lecture ni commentaire.

On objectera peut-être que les passions de l'esprit lui sont étrangères et qu'il se fait une idée défectueuse du philosophe et du saint. Regardons en nous-mêmes attentivement et nous découvrirons que les choses concrètes agissent bien moins sur notre imagination que les visions transcendantales. Les anges plaisent plus que les gamins, les ierges que les filles, lés héros que les ouvriers, et aême aux gamins, aux filles et aux ouvriers.

Cette littérature du peuple, que nous ignorons,

04 REFUTATION XSTBlfcTIQtTB DC TAIHE

nous autres écrivains, cette littérature de livraison à un sou qui remue plus d'or et plus d'âme que tous les stylistes ensemble, a un caractère bien singulier : l'idéalisme et la moralité. Il s'agit tonjours d'un thème de pitié pour quelque innocence que le dénouement fait triompher et quelque scélératesse à la fin confondue.

Nous sommes idéalistes d'instinct: voilà le point capital de l'esthétique ; seule une corruption de la culture nous rend infidèles à cette innéité. Les chromos des réclames sont jolis, et la clientèle l'exige.

Il n'est pas question de créer le goût, mais de le satisfaire. Le réalisme a été une dépravation, une véritable épidémie esthétique et aussitôt l'instantané a démontré l'inanité d'une pareille doctrine. Ouvrez un journal illustré des sports: lepenthalte se réduit à de très laides images évoquant le manuel médical : cependant les hommes sont nus et anatomiquement remarquables. Le prestige des souverains et des fonctionnaires tombe devant l'objectif; les femmes elles-mêmes ne résistent pas à cette notation brutale.

Cependant le choix des formes, leur unification selon une dominante expressive constitue seulement le premier acte de l'artiste. Le second exige la découverte d'une stase significative. Qu'on essaye d reproduire devant une glace la pose en apparcnc

mi simple d'un antique . On s'apercevra que le corps ne la donne pas aisément et du premier coup, et que son naturel provient d'essais préliminaires, nombreux et compliqués.

Ces deux opérations, d'où la valeur de l'œuvre dépend, se trouvent supprimées par un sujet médiocre à la hollandaise ou vulgaire à la Zola. Encore faut-il remarquer, à la décharge d'un Gérard Dow, que l'exécution précieuse, infiniment probe et détaillée, crée un certain intérêt. La perfection donne toujours du plaisir, même appliquée à un terme bas. Dans une toile comme le Bon Bock y l'ennui du sujet s'augmente de l'ignorance de métier : il n'y a ni art, ni peinture, il n'y a rien.

L'idée de perfection est une de celles qui éclairent abondamment la question artistique, si on l'entend autrement que dans le sens du métier.

Velasquez pourrait être proposé pour la royauté en peinture en se plaçant au plan des ouvriers de la couleur ou à celui des amateurs. Esthétiquement, il n'obtiendrait pas même la centième place, le moindre giottesquc, le plus pâle lombard l'emportent sur lui.

Cette différenciation entre l'excellence du procédé et l'excellence évocatrice se place comme une base nécessaire de la critique.

Est-ce à dire qu'il faut priser l'évocation au mépris

96 nicFUTATlON ESTHÉTIQUE DE TAINS

du métier, proclamer Chenavard le plus grand de$ maîtres, et considérer le belge Wiertz au-dessus de Delacroix, pour ses intentions morales? A Dieu ne plaise de tomber à ces aberrations. Je l'ai déjà dit, l'intention, la bonne volonté, les qualités de l'artisle n'ont aucun intérêt : sa réalisation seule importe, mais il est étourdi de demander au giottesque la vraisemblance plastique du cinquecento.Les fautes de dessin d'un Titien nous choquent parce qu'elles sont des discordances dans un art entièrement évolué et rayonnant de force sereine.

On ne les aperçoit pas chez les Primitifs. Qui incriminera la puérilité de l'enfant, l'étourderie de Tadolescent ? Un artiste a toujours l'âge de son époque.

L'architecture atteignit sa perfection avant les autres arts du dessin. A la fusée de l'ogive s'adaptent des statues absurdes de verticalité; essayez de les remplacer par des ouvrages corrects et logiques! L'enfance et l'adolescence d'un art ne doivent pas être critiquées comme des étapes, mais considérées en elles-mêmes.

Le caractère hiératique résulte d'une expression de style obtenue avec un procédé restreint; l'immatérialité provient de la pauvreté relative d'exécution. Les maîtres d'apogée auront une auti : beauté, jamais celle des primitifs.

RÉFUTATION ESTHÉTIQUE DE TAIxNE 97

Chaque artiste renferme un art complet, chaque CBUvre n'a de valeur que la sienne propre. Pourquoi s'embarrasser de dates, d'éphémérides, du fatras des commentaires pour jouir de la pureté d'une madone ou de la volupté d'une courtisane?

Il y a un calcul intéressé à élever une barrière et à faire payer un tribut au pauvre monde ?

L'esthétique officielle s'applique à hérisser l'approche des chefs-d'œuvre^ de difficultés : l'Institut s'efforce d'installer une sacristie dans les musées, et de s'ériger en clergé du beau, quoique ce vœu cadre mal avec l'évolution contemporaine.

En face de la Sainte-' Anne ou de la « Madone de la Victoire », l'homme officiel vous demandera si vous connaissez le milieu, le lieu, les contemporains, le climat, la race, les mœurs. Cela est inutile pour entendre cette progression de l'animal et de l'enfant s'élevant de la jeune femme à la femme mûre, sur un thème sacré. Qu'est-ce que la biographie des donataires ajoute à la contemplation d'une la Madone ?

Les Beaux- Arts dédiés à tous s'adressent spécialement aux illettrés: l'homme qui ne peut lire les philosophes les verra dans V Ecole d'Athènes^ et tel ( i ignore l'alphabet contemplera sans effort les ] irveilles de l'extase mystique, hénosis de Plotin, asme de sainte Thérèse ou de sainte Catherine

98 niFUTATIOff KSTHénQUK DE TAUfK

de Sienne. A l'ignare qui n'ouvre pas les livres, on ouvre le ciel, on lui montre Dieu et son coriésc d'anges ; et enfin la théologie se présente aux plaa humbles, tangible, séduisante, fécondante, radieuse, je dirais évidente, car, offerte à la seule sensibilité, elle se débarrasse de raristotélisme de son argumentation, elle apparaît comme un prestig^caïi lieu de se développer comme un raisonnement.

Suivant l'aspect contemplé, une idée se reflète en expressions aussi variées que le prisme de Tesprit humain.

Les définitions se succèdent aisément équivalentes en soi, et préférées selon les idiosyncrasies. Cependant il faut, sous peine de se perdre dans la multiplicité des rapports, adopter un principe et le réduire à renonciation la plus courte, la plus simple, parce que la vérité se voile avec des mots nombreux. Plus on les accumule, plus on multiplie les plans perspectifs.

Je crois que l'on enfermera la plus grande somme de vérité, sous la formule la plus brève, en disant ;

« L'art est la spiritualité des formes. »

ACHEVE D'IMPRIMER le trente janvier mil neuf cent six

Page 1