LIVRE SEPTIÈME
par son emploi dans la garde. Et puis^ en vérité , pour un homme qui se sentait quelque capacité , il valait mieux attendre , et entendre plutôt dire , comme cela m'est arrivé : Pourquoi rC est-il pas marechai? que d'entendre répéter, comme on n*a cessé de le faire pour Bessières : Pourquoi rest-il? Mes réflexions me calmèrent.... Dans le courant de Tété, l'Empereur fut à Ostende. Il ne voulut pas venir en Hollande , ses vues sur ce pays ne pouvant encore être déclarées; mais j'allai le voir. Il me fit sur mon avenir et sur l'exception dont j'avais été l'objet, les mêmes réflexions que mon esprit m'avait déjà suggérées , et me dit : « Si Bessihres n'avait pas été nommé en cette circonstance , il n'en aurait jamais eu Voccasion : vous n'en êtes pas là, et vous serez bien plus grand quand votre élévation sera le prix de vos actions. » (II, 226, 227, 228.)
Marmont aurait dû se contenter des consolations qpie son orgueil blessé s'était données à lui-même , sdns y ajouter celles qu'il a mises dans la bouche do NapoléoUé En faisant dénigrer Bessières par l'Empereur, il a outragé le grand homme autant que son digne lieutenant , et certainement la vérité a aussi sa part dans l'offense. Napoléon s'est chargé de fournir lui-même à l'histoire des témoignages irrécusables de son opinion sur Bessières. 11 faisait écrire à l'Impératrice, le 2 mai 1813 : « Le duc d'istrie, depuis les premières campagnes d'Italie , avait tou-
jours, dans différents grades , commandé la garde de Napoléon , qu'il avait suivi dans toutes ses campagnes et à toutes ses batailles. Ce maréchal j quon peut à juste titre nommer brave et juste ^ était recommandable autant par son coup d'oeil militaire et par sa grande expérience de l'arme de la cavalerie ^ que par ses qualités civiles et son attachement à l'Empe* reur. » Dans ses Mémoires , Napoléon n'a pas été moins explicite sur les qualités militaires du maréchal Bessières : « Il était d'une bravoure froide , ditil , calme au milieu du feu ; on le verra dans toutes les grandes batailles rendre les plus grands services. Lui et Murât étaient les premiers officiers de cavalerie de l'armée , mais de qualités bien opposées ; Murât était un officier d'avant-garde, aventureux et bouillant ; Bessières était un officier de réserve , plein de vigueur, mais prudent et circonspect. » {Mémoires de Napoléon.)
Qui croira que Thomme qui a dicté ce solennel hommage à la bravoure froide, au calme sous le feu , à la vigueur, à la prudence , au coup d'oeil et aux grands services du duc d'Istrie, ait pu dire à Marmont , que si Bessihres n avait pas été nommé maréchal à l'établissement de l'Empire, il n'en aurait jamais eu Voccasion?