‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 110 sur 207 · LIVRE SEPTIEME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIEME

L'Empereur, dans son entrevue avec Marmont à Ostende , lui confia ses desseins sur la Hollande , si l'on peut du moins ajouter foi au récit que fait le duc de Raguse d'un incident qui aurait contribué à graver cette confidence dans sa mémoire.

<c Je vais raconter, dit-il , une chose peut-être un peu niaise, mais qui cependant peint l'état de la société d'alors. L'Empire était établi depuis plusieurs mois; nous étions faits aux titres qu'il consacre : eh bien , l'Empereur, en causant avec moi de la Hollande et de ses destinées, me dit : « Il n'y a que » deux choses à faire : ou la réunion à r Empire j ou » lut donner un prince français. » Cette expression nouvelle me frappa, et je fus un instant à me demander ce que c'était qtiun prince français. Il faut du temps pour qu'après un tel changement toutes les sensations se mettent en harmonie. » (II, 228.)

Cette promptitude à s'émouvoir de la résurrection d'un titre et cette lenteur à comprendre le mot de prince ^ sont diCSciles à expliquer chez un soldat qui avait servi la République sans cesser d'incliner vers la monarchie, et qui, la veille du départ de Napoléon pour l'Egypte, prédisait son couronnement, qu'il fixait même au lendemain de son retour.

Mais une réflexion va frapper tout le monde , et

donner une idée exacte de la nature et de la portée de l'esprit de Marmont.

Quoi! il a l'insigne honneur et l'inappréciable avantage de causer longuement avec Napoléon, vainqueur et maitre de l'Europe ; il peut entendre cet homme prodigieux développant ses grandes vues sur la prépondérance universelle à donner à la France, et expliquant la position qu'il désire assurer à la Hollande dans le plan général de sa politique; et, à l'issue de ces entretiens oil le génie a dû l'envelopper plus d'une fois de ses éclairs, pour l'initier à ses vastes desseins et l'élever à la hauteur de ses magnifiques aperçus j il n'a rien gardé, rien retenu des inspirations et des confidences du grand homme ; et, s'il trouve un jour quelque importance au souvenir de cette entrevue, et s'il juge convenable d'en parler dans ses Mémoires, ce sera tout simplement pour dire l'effet singulier que produisit sur lui le mot de prince dans la bouche de Napoléon!

Marmont quitta la Hollande pour assister au couronnement de l'Empereur, fixé au S décembres Rien de plus majestueux, dit-il, rien de plus imposant; cette réunion des grands corps de l'État, cette assemblée de tout ce que la France possédait d'illustre et de puissant; celle élite de la nation^ cùmposée de. toutes les capacités, de toutes les gloires j à la tête de laquelle se trouvait f homme le plus marquanï

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