LIVRE PREMIER
puisque cette liaison lui valut d'abord d'être mis en état d'arrestation à l'armée d'Italie, et ensuite d'ôtre rejeté du service de l'artillerie par le faiseur militaire que la réaction thermidorienne avait porté au comité de salut public en remplacement de Gamot,
Mais le duc de Raguse , après avoir pris plaisir à signaler l'imprévoyance de l'ambitieux ami de Robespierre jeune, trouve dans cette disgrâce môme une nouvelle occasion de dénoncer le destin comme le principal artisan de l'élévation de Bonaparte. Si le grand homme est arrêté dans sa carrière , s'il est contrarié dans ses vues et déçu dans ses espérances, a ces déceptions , dit-il , ne seront qu'un calcul de la fortune , le menant par des voies détournées à la grandeur et à la puissance. » (1, 59.)N'est'K5e pas, en effet, le défaut d'emploi dans les armées en campagne qui retint Bonaparte à Paris , et qui , en faisant de lui le sauveur de la Convention au 43 vendémiaire, le porta en quelques heures au poste de général en chef?
Ainsi raisonne Marmont. <c Bonaparte, dit«il, arrive presque inopinément à une situation très-élevée , et ce résultat vient de toutes les infortunes qui Vont poursuivi et dont il a souvent gémi ; car, si une disposition générale ne lui eût pas fait quitter l'armée d'Italie , il aurait continué à y servir avec considéra^ tien, mais d'une manière subordonnée^ puisqu'il n'é-
tait pas dans les usages et dans la nature des choses qu'un simple général d'artillerie fût choisi pour commander une armée; s'il ri eût pas été rayé du tableau de l'artillerie par Aubry^ il aurait été enfoui dans V Ouest avec ses talents supérieurs ^ et jamais il n'aurait pu sortir de la plus profonde obscurité. » (I, 84-85.)
Le superbe aide de camp de Bonaparte n'a donc jamais aperçu dans son général ce que le modeste Dugommier avait si bien su distinguer dans le commandant d'artillerie , le génie indépendant des circonstances ? Le vieux guerrier avait le coup d'oeil plus pénétrant, quand il écrivait au comité de salut public , en lui recommandant le vainqueur de Toulon : « Avancez ce jeune homme, car, si l'on était ingrat envers lui, il s'avancerait tout seul. »
Marmont a-t-il pu penser sérieusement que si Bonaparte n'avait eu pour lui que le bonheur de se trouver oisif et disgracié dans la capitale , à un moment suprême pour la représentation nationale , cet à propos lui eût suffi pour s'élever en un clin d'œil au commandement des armées? Il ne manquait pas à Paris d'officiers généraux que les rancunes et les caprices d'Aubry avaient laissés disponibles autour de la Convention , et parmi lesquels elle pouvait choisir son libérateur. Le hasard ne lui avait-il pas déjà offert et fait accepter Menou? et après ce triste et funeste présent qui faillit la perdre , ne pouvait-il pas la livrer encore à un autre défenseur aussi inca-