LIVRE HIITIICME
droit comme le régénérateur de l'Europe, était bien étrangement représenté et secondé dans sa mission, il faut le reconnaître , par des lieutenants tels que Marmont. Il se croyait un libérateur , et Tun des principaux instruments de sa toute-puissance le prenait pour un oppresseur. Il poursuivait la rénovation des peuples par l'extinction universelle du régime féodal, et celui de ses généraux qui avait pu connaître le plus intimement ses idées et ses aspirations populaires, depuis ses premières proclamations à l'armée d'Italie , ne portait le drapeau de la démocratie française et l'espoir de l'émancipation en Dalmatie que pour s'y montrer soudainement engoué du bonheur des peuples attachés à la gïëhe.
En vérité , le livre du duc de Raguse , qui contient tant de mensonges odieux , de jugements iniques, de pages révoltantes, renferme aussi quelques aveux précieux et quelques avertissements utiles. Il signale aux chefs des nations, qui n'acceptent un grand pouvoir que pour entreprendre de grandes choses, le danger qu'ils pourraient courir d'être mal compris et mal obéis s'il leur arrivait de confier les belles conceptions du génie progressif à l'inintelligence ou au mauvais vouloir des serviteurs dissimulés de l'esprit rétrograde.
Mais est-il vrai que la glèbe rendît si heureuse la population des campagnes, et que le renversement de la suprématie aristocratique dans Raguse ait
fait succéder en Dalmatie Tàge de fer à l'âge d*or, un pouvoir oppresseur à une autorité tutélaire ?
Le duc de Raguse reconnaît lui-même que k$ nobles^ en général, étaient fiers et durs envers les bourgeois. {Id.^ 117.) Mais un de ses compagnons d'armes , moins disposé que lui à se reprocher d'avoir enlevé au peuple de Raguse la paix et la prospérité , en le faisant passer sous la domination française j le général Clausel , digne lieutenant de l'Empereur et vrai représentant de la France nouvelle, partout où son devoir l'appelait, a constaté la véritable et triste situation de cette petite république dans une lettre qu'il écrivit au général Marmont lui-même, et que celui-ci a comprise parmi les pièces justificatives de ses Mémoires. « Mon général , disait Clausel, les sénateurs craignent la perte de leur puissance ; ils ont pour eux raison ; car la majeure partie est et sera bien misérable, puisque les coneuS" simis, les dettes^ etc., etc., ne pourront plus se faire impunément. » {Id., 157.)
Quand le général Clausel s'exprimait ainsi , il n'avait pas certainement devant lui la louable industrie, la sage économie^ V aisance bien entendue^ la prospé' rite que Marmont s'est accusé d'avoir enlevées aux habitants de Raguse, comme agent involontaire de leur infortune et comme délégué d'un pouvoir oppresseur. Au lieu du parfait bonheur si complaisamment décrit par son général en chef, il voyait, lui, la