LIVRE HUITIEME
misire qui atteignait les grands eux-mêmes , et dont ils cherchaient à s'affranchir par les concussions ^ les dettes y etc. y etc. Clausel, en écrivant sa lettre, avait sous les yeux le tableau vivant de Raguse , et il la peignait, d'un mot, en soldat de Técole de Napoléon ; Marmont, en rédigeant ses Mémoires, avait tout à fait perdu de vue ce tableau depuis longtemps , et il le refaisait d'imagination, selon ses convenances du jour, en soldat de T école de Pichegru et de Moreau.
Mais le général Marmont ne se contentait pas de mal penser du pouvoir dont il était l'un des agents les plus favorisés , il mettait toujours ses actes en harmonie avec ses préoccupations hostiles dès que les exigences de son amour-propre se trouvaient en jeu. La subordination qui lui était imposée envers le vice-roi d'Italie n'était point franchement acceptée par lui. C'était à peine s'il donnait un acquiescement de bon aloi à la nécessité hiérarchique dans ses rapports avec l'Empereur. Le vice-roi , par ordre de Napoléon, pressait la formation d'une légion dalmate. Marmont agissait peu pour satisfaire au désir du prince. Blessé de cette négligence, Eugène écrivit à Marmont :
a Je vois avec beaucoup de peine, monsieur le général Marmont, que le décret de Sa Majesté pour la formation d'une légion dalmate ne s'exécute
pas Vous devez sentir de quelle importance il
serait, dans les circonstances actuelles, que le dé-
cret de Sa Majesté reçût son exécution Yeuillezy
je vous prie, vous occuper des moyens qui pourraient faciliter la levée de cette légion, vous en entendre avec le provéditeur, et me faire connaître quels sont les obstacles qui s'y opposent. Il esl vraiment ridicule que y dans un pays où les Autrichiens ne se gênaient pas pour faire marcher les hommes à coups de bâton ^ nous ne puissions rien obtenir par les mesures les plus douces j et pour ainsi dire par des politesses. » (III, 105, 106.)
Cette lettre d'Eugène accuse et dément à la fois le général Marmont. Elle Taccuse de ne pas vouloir ou de ne pas savoir faire exécuter les ordres les plus importants et les plus formels de l'Empereur ; elle atteste la douceur du régime français, que Marmont appelle oppresseur^ et qui avait remplacé en quelque sorte par des politesses les brutalités du régime autrichien.
Mais l'Empereur eut à se plaindre directement à son tour des négligences de son lieutenant en Dalma* tie. « Je reçois votre état de situation du 1 5 janvier, lui écrivait-il de Paris , le 9 février 1 808 ; comment arrive-t'il que vous ne me parlez jamais des Monténé» grins ? Il ne faut pas avoir le caractère roide; il faut envoyer des agents parmi eux, et vous concilier les meneurs de ce pays. » (III, 160.)
Marmont trouvait oppresseur le pouvoir dont le prince Eugène vantait la douceur, et c'était lui qui