‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 123 sur 207 · LIVRE HUITIEME · texte numérisé non relu

LIVRE HUITIEME

altérait le caractère et compromettait le succès de ce pouvoir par sa roideur personnelle.

La correspondance de l'Empereur et celle du viceroi avec le général en chef des troupes françaises en Illyrie mentionnent d'autres reproches que Napoléon et Eugène eurent à adresser à Marmont.

Le payeur de la guerre du royaume d'Italie avait été contraint, par ordre de Marmont, de prélever sur les fonds qui lui avaient été faits pour les dépenses de la solde et des masses des troupes italiennes, une somme de quatre cent soixante-treize mille deux cent quatre-vingt-deux francs pour les dépenses de l'artiU lerie, du génie, des approvisionnements, etc. , etc.

Napoléon fit écrire à Marmont par le ministre de la guerre pour lui témoigner qu'il désapprouvait sa conduite en cette circonstance, « L'Empereur, disait le ministre, qui porte un œil attentif sur toutes les dé^ penses de ses armées ^ a remarqué que celles de V armée de Dalmatie étaient considérables , et que cette armée coûtait plus qu'une autre qui aurait le double de sa force. Sa Majesté veut^ général ^ que l'administration de r armée que vous commandez soit plus régulière y et qu'en aucune manière il ne soit fait de violation de caisse. » (III, 162.)

Cette lettre était partie de Paris le 17 mars 1 808. Le 30 du même mois, Marmont répondit à l'Empereur et au ministre pour se justifier. Le 8 mai suivant, au milieu des préoccupations des affaires

d'Espagne , Napoléon écrit de Bayonne à Marmont pour lui exprimer directement sa désapprobaûon du prélèvement qu'il avait imposé au payeur du royaume d'Italie. « Monsieur le général Marmont , lui dit-il y la solde de l'armée de Dalmatie est arriérée parce que vous avez distrait quatre cent mille francs de la caisse du payeur pour d'autres dépenses. Gela ne peut marcher ainsi. Le payeur a eu très-grand tort d'avoir obtempéré à vos ordres. Gomme c'est le trésor qui paye ces dépenses , ce service ne peut marcher avec cette irrégularité. Vous n'avez pas le droit, sous aucun prétexte, de forcer la caisse. Vous devez demander des crédits au ministre; s'il ne vous les accorde pas , vous ne devez pas faire ces dépenses. » (III, 172.)

Cette expression si nette et si énergique de ses rigoureuses et légitimes exigences en matière d'exactitude et de régularité administratives ne suffit pas encore à Napoléon.

Il en est à poursuivre l'exécution de son plan de rénovation européenne , à méditer, à tenter une grande révolution dans un vaste empire; il va porter la main sur l'héritage de Charles-Quint, et substituer sa propre dynastie à celle de Louis XIV au delà des Pyrénées, et au moment de se jeter dans cette gigantesque entreprise, il persiste à reporter sa pensée sur une somme de quatre cent mille francs dont un de ses généraux, au fond de

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