‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 149 sur 207 · LIVRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIÈME

flc Si j'étais resté à l'armée, je me serais arrêté sur le Niémen 5 Murât reviendra sur la Vistule ; voilà la différence sous le rapport militaire. Mais, après les pertes que nous avons éprouvées et , comme souve* rain, ma présence à l'armée, à une pareille distance et dans les circonstances actuelles, rendait ma situation précaire. Ici, je suis sur mon trône, et je serai promptement en mesure de réparer tous nos maU heurs en créant les ressources dont nous avons besoin. » — Et il a prouvé que, sous ce dernier rapport, il avait raison. » (IV, 149, 150.)

Napoléon n'était pas abattu, Marmont ne devait pas en être surpris, lui qui l'avait vu et entendu autrefois, sous sa tente , à la nouvelle du désastre d'Aboukir, Un grand revers , pour le grand capitaine , était ton* jours un appel à de grandes résolutions. Mais le duo de Raguse , en retrouvant le génie fièrement dressé contre le destin qu'il a tant accusé d'avoir trop aveu», glément et trop obstinément favorisé le héros, le duc de Raguse avait l'âme pleine de sa vieille jalousie et de ses nouveaux ressentiments en abordant l'Empereur. Il lui semblait que le maître allait l'interroger directement sur l^s faits déjà soumis à une enquête. Ce qui était dans Napoléon résignation magnanime , domination des facultés de l'intelligence sur les acm cidents de Tordre matériel , acceptation stoïque d^s malheurs présents mêlée à l'aperception prophétique des ressources et des réparations de l'avenir,

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tout cela, Marmont était disposé à le dénaturer et à le travestir. L'Empereur, regardant en face radversité sans fléchir et manifestant toujours une grande confiance dans sa destinée, sous le coup de la plus épouvantable catastrophe , devait lui apparaître comme absolument insensible au tableau des désastres arrivés récemment sous ses yeux , et complètement absorbé par les grandes jouissances que lui procurait la cessation de ses souffrances physiques.

Marmont ne laissa rien apparaître de l'impression qu'il a prétendu plus tard avoir emportée de sa première entrevue avec l'Empereur. Il passa l'hiver à Paris, occupé à soigner ses blessures, ce qui ne l'empêcha pas de se présenter à la cour. a Sur ce terrain, dit -il , tout était neuf pour moi. La cour, encore brillante , présentait cependant un horizon sombre à tous les yeux. La défection du général prussien d'York , indice effrayant de la situation des esprits , donnait à chacun le pressentiment de grands et de nouveaux malheurs. Et cependant la fortune est venue au secours du courage , et il n'a tenu qu'à Napoléon de rasseoir pour toujours sa puissance ébranlée ; mais il devait se charger luimême de se détruire et périr par un suicide poli^ tique. » (V, 2.)

C'est une idée que le duc de Raguse reproduit souvent dans ses Mémoires. Il lui a paru que s'il

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