LIVRE DOUZIÈME
pas de m'affaiblir pour une paix générale. Mais il n'en est pas de même pour une paix qui ne serait que continentale. Dans ce cas, la paix n'est jamais qu'une trêve pendant laquelle l'Angleterre ne manque pas de renouer les coalitions. Rien n'étant fini alors, je dois prévoir de nouvelles attaques et chercher à conserver le plus de puissance qu'il m'est possible; je veux du moins ne céder que ce qu'il faut et pas plus qu'il ne faut. Voilà toute ma politique. Mais vous voyez comme l'Autriche se plaît à élever les prétentions de nos ennemis en se rangeant de leur côté M . . . . Revenez donc de votre erreur, et
\ tt Dans le moment où les souverains alliés acceptaient la médiation de PÂutricbe , ils recevaient dans leurs camps deux envoyés de l'Angleterre, lord Cathcart et sir Charles Stuart, et prenaient avec eux des engagements de la portée la plus étendue , du caractère le plus hostile contre la France, et qui semblaient exclure de leur part toute disposition sérieuse à la conciliation. Deux traités d'alliance et de subsides furent conclus à Reichenbach par ces plénipotentiaires , le 14 et le 1 5 juin , Pun avec la Prusse, l'autre avec la Russie.... 11 fut signé le 27 juin à Reichenbach, entre l'Autriche, la Russie et la Prusse, un troisième traité d'alliance éventuelle , qui précisa dans quel esprit et quelle mesure devrait s'exercer l'action de la puissance médiatrice. Par l'article premier, l'empereur d'Autriche s'engagea à déclarer la guerre à la France, si au 20 juillet cette puissance n'avait pas accepté les conditions an*êtées par Sa Majesté Impériale.... Le 9 juillet, il y eut à T/achenberg un grand conseil de guerre auquel assistèrent le prince de Suède et les généraux autrichiens Wacquand et comte de Latour. Le plan de la campagne prochaine y fut discuté et arrêté.. . Napoléon était très-exactement informé de tout ce qui se passait dans le camp des alliés ; il sut la part qu'avalent prise aux conférences de Reichenbach et de Trachenberg le comte de Stadion , ainsi que les généraux Wacquand et de Latour, et la violence de ses ressentiments contre
que les belles paroles de Mettemich cessent de vous faire illusion! » {Manuscrit de 1818^ tome II ^ 74 , 76, 76.)
Ainsi) le grand homme répondait d'avance à ses lointains accusateurs en réprimant les velléités critiques de son entourage ' • Marmont était là , pouvant entendre chaque jour cette réponse anticipée à son futur déchaînement. Mais il ne croyait plus y ou plutôt il n'avait jamais cru, malgré toutes les manifestations contraires 9 à la parole du mai tre. Il prétend , du reste , que l'Empereur ne subissait pas
rAutriche s'en accrut. » (L'Allemagne après la guerre de Russie, — Armamb Lefèyre. )
C'était toujours l'école de Pitt qui soulevait la Tieille Europe contre la France nouyelle* La diplomatie de la coalition en était encore aux errements de Pilnitz. L'empereur d'Autriche s'en expliqua hautement huit ou dix mois après dans ime audience solennelle quil accorda au sénat qui venait de prononcer la déchéance de Napoléon. Sa Majesté se fit gloire de la constance qu'elle avait mise à combattre pendant vingt ans les principes qui venaient de désoler le rmnde. Le sénat se refusa à insérer dans son procès-verbal cette phrase significative, et qui faisait si bien ressortir l'esprit qui animait les prétendus libérateurs des peuples. (Beauchamp, II, 511. — Lambrechts, 6.)
* Napoléon à Sainte-Hélène, reportant ses souvenirs vers cette époque fatale de 1813 , s'exprimait aUisi : « Quelles n'étaient pas mes tribulations de me trouver tout seul à juger l'imminence du danger et à y pourvoir 1 de me vohr placé entre les coalisés qui menaçaient notre existence.... et les harassements de tous les miens, de mes ministres mêmes qui me poussaient à me jeter dans leurs bras ! et j'étais obligé de foire bonne contenance dans ime si gauche posture! de répondre fièrement aux uns et de rembarrer les autres , qui entretenaient la mauvaise pente de l'opinion au lieu de Véclairer, et laissaient le cri public me demander la paix, lorsque le seul moyen de l'obtenir était de me pousser ostensiblement à la guerre, v (Mémorial.)