IX
L'Empereur, obligé de modifier entièrement son plan de campagne par suite des revers essuyés en Bohême, à la Katzbach, à Gross-Beeren et àDennewitz , prolongeait son séjour à Dresde , laissant les armées coalisées s'engager davantage dans les grandes manœuvres qu'elles commençaient à démasquer, et cherchant à entretenir les alliés dans la croyance où l'on était généralement chez eux qu'il s'obstinait et qu'il était résolu à rester le plus possible dans la capitale de la Saxe. « Cependant, dit lé
baron Fain, plus le séjour de Dresde se prolonge, plus Ton s'inquiète autour de l'Empereur. Une fatale disposition au découragement domine les esprits. Des signes d'abattement et de mécontentement même sont trop visibles! On dirait qu'une lime sourde cherche à rompre tous les liens de confiance et de dévouement qui si longtemps ont rendu l'Empereur et l'armée forts l'un par l'autre , et l'un par l'autre invincibles! » {Manuscrit de 1813, II, 337.)
Au milieu de ces funestes symptômes, de nouveaux signes de prochaines défections apparurent. La Bavière allait imiter l'Autriche; les corps de partisans se montraient partout en Westphalie et en Saxe y la démocratie allemande, auxiliaire plus généreuse que prévoyante de l'ancien régime européen, se dressait patriotiquement contre le héros de la révolution française , en qui elle ne voyait que le conquérant. Napoléon, au milieu de ce soulèvement général , gardait toute sa force d'âme et rêvait de nouveaux triomphes. Il ne lui fallait qu'une bataille décisive pour renverser toutes les espérances de la coalition et se retrouver maître de l'Allemagne jusqu'à la Baltique. Il aurait donc voulu faire de Magdebourg son centre d'opérations et manœuvrer sur la rive droite de l'Elbe, entre Hambourg et Dresde , pour être en mesure de menacer Berlin , de dégager les places de l'Oder, de rallier les garnisons à l'armée active et de saisir la première occasion