‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 174 sur 207 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

monter te Rhin avec une partie de ses forcés , vioter le territoire suisse, et passer le Rhin à Bàle. Ce calcul était basé sur la nécessité où il était d'avoir un pont à l'abri des glaces pendant l'hiver. Le pont de Bâle remplissait parfaitement ce but. L'Empereur s'impatienta, et dit : « Et que fera-t-il ensuite? — Il marchera sur Paris, répondis- je. — C'est un projet insensé, répliqua l'Empereur. — Non, sire, car où est l'obstacle qui peut l'empêcher d'y arriver ? » Là-dessus , Napoléon se mit à déblatérer et à se plaindre du peu de zèle doift les chefs de ses armées étaient maintenant animés , et certes il s'adressait mal; car ce zèle de tous les instants, ce feil sacré , comme il l'appelait , n'a pas cessé de m'animer jusqu'à la catastrophe accomplie.

» Le silence le plus complet parmi les auditeurs approuvait ce que je venais de dire. L'Empereur voulut mendier un sufifrage au prix d'une flatterie , el tout à coup il se tourna vers Drouot ; puis , le frappant à la poitrine , il lui dit : « Il me faudrait cent hommes comme cela. » Drouot, homme de sens et honnête homme, repoussa ce compliment avec un tact admirable , et avec cette figure austère qui donne un poids particulier à ses paroles. Il répondit : te Non , sire , vous vous trompez ; il vous en faudrait cent mille. » (VI, 9, 10.)

Drouot repoussa le compliment, mais sans contredire la pensée de Napoléon , et en reconnaissant

fièrement, au contraire, que TEmpereur aurait eu besoin de compter dans son armée beaucoup de généraux aussi dévoués que lui à la cause de TEm * pire, qui était celle de la France. Mais comment le duc de Raguse ne s* est-il pas aperçu, en racontant son colloque avec l'Empereur, que la prophétie de la marche de l'ennemi sur Paris et de son arrivée , sans obstCLcle^ dans cette capitale , renfermait la prédiction du concours que l'ennemi trouverait dans un général tout préparé et fatalement destiné à lever les obstacles ?

Mais à mesure que le jour de cette fatale assistance prêtée aux étrangers approche, ce général redouble d'efiforts pour se faire excuser ou absoudre , et il cherche avec soin un plus grand coupable que lui sur lequel il puisse rejeter la responsabilité de la coopération impie qui lui est imputée. Il ne veut pas que le maréchal Marmont soit le vrai traître de 181 4, le véritable auteur de la chute de Napoléon; il a un traître plus illustre, plus haut placé à substituer au duc de Raguse et à signaler à la justice inflexible de la postérité : c'est l'élève, le fils de Napoléon lui-même; c'est le prince Eugène.

Cette conception satanique, aussi ridicule que révoltante, a été mise à néant par la lettre que le général Tascher de la Pagerie , sénateur et ancien aide de camp du prince Eugène , a fait insérer dans le Moniteur j et par la réfutation jqu'un autre aide de

LIVRK TRIlIZIEME. 350

camp de ce prince , M. Planât de la Faye , a également opposée aux attaques incroyables du duc de Raguse.

Toutes les ressources de l'audace , de la perfidie et de la méchanceté , bien qu'elles eussent été adroitement combinées par le maréchal Marmont, ne pouvaient rien contre la mémoire d'un soldat qui fut le modèle de l'honneur et de la fidéhté autant que de la valeur et de la sagesse , et qui déjoua d'avance les finesses et les hardiesses de la calomnie, dans la lettre suivante, écrite à Napoléon lui-même :

« Vérone, 23 novembre 1813.

» Sire, j'ai l'honneur de rendre compte à Votre Majesté qu'il s'est présenté, ce soir, un major autrichien, ayant des lettres à mon adresse, qu'il demandait à ne remettre qu'à moi. J'étais alors à cheval, visitant les postes de la Valpentana. Je me suis porté sur la grande route, et j'ai vu avec surprise que ce major autrichien n'était autre que le prince Auguste Taxis, aide de camp du roi de Bavière. Il me remit une lettre de mon beau-père, purement d'amitié , dans laquelle il me priait d'entendre la personne qu'il m'envoyait.

» Je me suis promené environ une heure à hauteur de notre grand'garde, et s'il m'est difficile de rendre à Votre Majesté toute notre conversation , je vais du moins tâcher de lui en faire connaître la

général, n'avaient pas cessé de garder héroïquement les nobles traditions de la valeur française et de rhonneur national.

A la suite de ces nombreuses défaites , les Prussiens s'étaient mis en pleine retraite. Bâcler d'Albe avait porté cette heureuse nouvelle à Paris , et Rumigny s'était rendu, en courrier, à Châtillon, pour y instruire le duc de Vicence de la situation des affaires. Napoléon avait toute raison de croire à un succès décisif. Les Prussiens ne devaient pas lui échapper. La ville de Soissons leur ouvrit ses portes. Un général , du nom de Moreau , chargé de la défendre, l'avait livrée, un ou deux jours auparavant, à Wintzingerode et àBulow. Cette capitulation précipitée et inattendue sauva Bliicher et trompa les calculs et les espérances de Napoléon. Le duc de Raguse ne prétend plus ici que c'est l'Empereur qui s'est perdu lui-môme à Brienne, à Laon et à

Raguse; mais si mon nom est cité dans le sixième volame de cette

publication comme ayant été cliargé par votre père de porter à Plmpé-

ratrice Tépée du général russe Ourousoff fait prisonnier à Étoge , tous

pouvez, mon cher général, démentir avec assurance une semblable

assertion; car, après a\oir été assez heureux pour faire à si bonne

école , et sous le patronage d'un aussi remarquable chef, les campagnes

de 1H07, 1B08, 1809 et 1812, en Allemagne, en Espagne, en Italie, en

Pologne et en Russie, j^ai été nommé en 1813 aide de camp de M. le

général comte de Narbonne , mort à Torgau , et , après son décès , j^ai

ét(^ appelé à la iin de cette campagne à remplir les mêmes fonctions

près du général comte de Flahaut.

» Général Carbomel. »

» Agréez, etc.

w Général Grouchy. »

Page 1