CAMPAGNE DE 1814. — DÉFECTION DE MARMONT. — CHUTE DE NAPOLÉON
Le duc de Raguse , en commençant le récit de la campagne de France , ne songe qu'à l'issue qu'elle doit avoir, et il arrange sa narration , ses remarques et ses commentaires de manière à faire considérer comme naturelle et inévitable la funeste solution qu'il a été accusé d'avoir provoquée et amenée par une trahison.
A son arrivée sur le Rhin , il trouva le découra^ gement et le mécontentement dans tous les esprits ^ les hommes de l intelligence la plus vulgaire appréciant parfaitement les fautes grossières de la campagne, et la désorganisation de VEmpire annoncée de toutes parts. (VI, 5.)
L'Empereur cependant tenait tête à l'orage, et ne se laissait pas atteindre par l'abattement qui avait pénétré jusque dans son entourage. Il espérait beau-
coup de ses nouveaux efforts * et de l'indestructible valeur des troupes françaises ^ mais sans cesser d'être disposé à accueillir toute proposition de paix qui serait acceptable. Ce n'est pas lui qui a fait avorter les négociations de Prague; ce n'est pas lui qui fera échouer les conférences de ChàtiUon , bien que le duc de Raguse s'évertue à faire penser le contraire. Mais Napoléon persiste à croire et à dire que le meilleur moyen de déterminer les alliés à vouloir sincèrement la paix, c'est que ses lieutenants prennent l'attitude et le langage belliqueux , au lieu de donner l'exemple du découragement et de sonner l'alarme ; et chaque jour il rencontre devant lui l'un de ces frondeurs qui n'a jamais su que faire ressortir les chances favorables à l'ennemi, et manifester des doutes et des appréhensions sur les forces et les manœuvres des armées françaises. Les désastres des deux dernières campagnes ont rendu cet opiniâtre censeur plus hardi dans l'expression de ses sombres conjectures. « Un soir, ditil , vers le 4 ou le 5 novembre , on discutait les projets probables de l'ennemi. Je dis qu'il allait re«
* Màrmont, après avoir rappelé des paroles de Napoléon exprimaiit la confiance et l^espoir, s'écrie i « C'était à ne pas te croire éveillé que d'entendre de pareilles choses I » Et il ajoute immédiatement *• « Cepen^ dant il y eut un enchaînement de circonstances si extraordinaire, que la balance a failli pencher en notre faveur. » (VI, 23.)
Pourquoi donc déclarer tout d'abord TEmpire irrévocablement désorganisé et l^Empereul* dupe de ses illusions , quand il résistait au découragement des alarmistes et des frondeurs de son quartier général?