LIVRE TREIZIEME
Arcis. « La fortune de la France , dit-il , le sort de la campagne, ont tenu à une défense de Soissons de trente-six heures. » (VI, 206.)
Ce funeste incident ne fit pas toutefois renoncer Napoléon à la poursuite de Tennemi. Il continua au contraire de le harceler et de le pousser au combat. Il l'atteignit et le battit à Graonne , le ? mars. Ce nouvel avantage conduisit le vainqueur au pied des hauteurs de Laon , où Blûcher, renforcé des divers corps qu'il avait ralliés dans sa retraite ou sa fuite de dix jours, résolut d'attendre Napoléon.
<c Le 1 , à quatre heures du matin , dit le Manuscrit de 1814, Napoléon mettait ses bottes et demandait ses chevaux , lorsque deux dragons arrivant à pied dans le plus grand désordre lui sont amenés. Ils disent qu'ils viennent d'échapper par miracle à travers un hourra que l'ennemi a fait cette nuit sur les bivouacs du duc de Raguse , et que tout est perdu de ce côté. Ils croient le maréchal pris ou tué.. Napoléon fait aussitôt monter à cheval tous ses officiers. Tandis que les uns courent aux nouvelles du côté du duc de Raguse , les autres vont à l'avantgarde suspendre le mouvement général d'attaque que l'armée commençait. Bientôt les renseignements arrivent, et Ton ne tarde pas à acquérir la triste certitude que le corps d'armée du duc de Raguse a été en effet surpris et dispersé dans une attaque de nuit; que le désordre a été extrême, que le parc a
perdu une grande partie de ses canons; mais que le duc de Raguse n'est pas tué , et qu'il est de sa personne du côté de Corbeny, sur la route de Reims, cherchant à rallier les fuyards.
» Cet événement met le comble aux contrariétés qui depuis quelque temps déjouent tous nos efTorts.
» Nous devions attaquer l'ennemi ; c'est lui qui nous attaque, encouragé par les avantages qu'il vient d'obtenir dans la nuit; mais il ne peut parvenir à occuper le vilfage de Clacy, où la division Charpentier fait la plus belle contenance. Il est repoussé , et nos détachements le poursuivent jusqu'aux portes de Laon. Cependant on ne peut plus penser à le forcer dans cette position ; il faut s'occuper de la retraite, et Napoléon s'y résigne. » {Manuscrit de 1814, 190, 191.)
Mais forcé d'abandonner ainsi, à chaque nouveau contre-temps , la poursuite de ses plans et le fruit de ses triomphes , Napoléon ne peut s'empêcher d'exprimer avec amertume le mécontentement que lui cause la conduite du chef de corps qui a compromis le succès de la campagne, et il écrit à son frère Joseph , le lendemain , ces lignes significatives :
« Il est probable que Yennemi aurait évacué Laon y dans la crainte d'y être attaqué, sans V échauffourée du duc de Raguse ^ qui s'est comporté comme un souslieutenant, « {Mémoires de Napoléon^ VIII, 357, 358.)