‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 204 sur 207 · LIVRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATORZIÈME

réserve pour la postérité ; et , comme l'idolâtre de Napoléon le plus dangereux serait certainement celui qui pourrait se prévaloir de son nom , de sa gloire et du prestige de son souvenir, le premier enthousiaste à convertir dans l'intérêt de la sainte alliance qui a fait mourir Tempereur Napoléon à Sainte-Hélène, c'est évidemment le fils même de Napoléon. Le duc de Raguse vient de commencer cette conversion difficile et délicate. Il a dit, en quelques mots, dans une soirée de bal, au duc de Reichstadt , ce que c'était que son père tant prôné , tant adulé, tant gâté par le vulgaire. Il lui a présenté , au milieu des chants et des danses, l'analyse rapide de tous les griefs principaux qu'il a ressassés infatigablement dans ses Mémoires contre le favori du destin, contre l'idole de la multitude. Le prince de Metternich sera content et pourra rassurer toute la vieille diplomatie; le fils du conquérant, qui abusa tant contre les anciens rois de l'engouement des peuples régénérés, sait à présent que son père, malgré ses talents j eut besoin pour s'élever d'être favorisé par le temps ^ aidé et soutenu par chacun; tandis qu'une fois réduit à ses propres inspirations et à ses seules ressources , il devint bien vite l'ar-tisan, et l'artisan unique, de sa ruine. Le duc de Raguse assure avoir démontré à Napoléon II qu'il y avait deux hommes dans Napoléon P% deux hommes dont il n'oublia pas sans doBte d'esquâsser le portrait

devant ce jeune prince, et qu'il a déjà peints en entier et confrontés dans ce passage qui termine le vingtième livre de ses Mémoires.

« Il y a deux hommes en lui (Napoléon), au physique comme au moral.

» Le premier, maigre , sobre , d'une activité prodigieuse, insensible aux privations, comptant pour rien le bien-être et les jouissances matérielles, ne s' occupant que du succès de ses entreprises, prévoyant, prudent, excepté dans le moment où la, passion l'emportait, sachant donner au hasard^ n)ais lui enlevant tout ce que la prudence permet de prévoir ; résolu et tenace dans ses résolutions , connaissant les hommes et le moral qui joue un si grand rôle à la guerre; bon, juste, susceptible d'affection véritable et généreux envers ses ennemis.

» Le second, gras et lourd, sensuel et occupé de ses aises jusqu'à en faire une afiFaire capitale , insouciant et craignant la fatigue, blasé sur tout, indifférent à tout, ne croyant à la vérité que lorsqu'elle se trouvait d'accord avec sqs passions , ses intérêts ou ses caprices , d'un orgueil satanique et d'un grand mépris pour les hommes , comptant pour rien les intérêts de l'humanité, négligeant dans la conduite de la guerre les plus simples règles de la prudence , comptant sur sa fortune, sur ce qu'il appelait son étoile^ c'est-à-dire sur une protection toute divine ; sa sensibilité s'était émoussée , sans le rendre

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