‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 31 sur 207 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

à 868 joies les plus intimes, en lui montrant en perspective de nouvelles et prochaines victoires. « Ils n'ont encore rien vu , lui disait-il en parlant de ses admirateurs de Paris et de la France entière, et l'avenir nous réserve des succès bien supérieurs à ce que nous avons déjà fait. La fortune ne m'a pas souri aujourd'hui pour que je dédaigne ses faveurs : elle est femme, et plus elle fait pour moi, plus j'exigerai d'elle. Dans peu de jours, nous serons sur l'Adige, et toute l'Italie sera soumise. Peut-être alors, si l'on proportionne les moyens dont j'aurai la disposition à l'étendue de mes projets , peut-être en sortirons-nous promptement pour aller plus loin. De no6 jours , personne n'a rien conçu de grand : c'est à moi d'en donner l'exemple. » a Ne voit-on pas dans ces paroles, dit Marmont, le germe de tout ce qui s'est développé dans la suite? » (Mém. de Marmont, lyi^S.)

Ce n'était pas seulement dans des conversations familières avec ses aides de camp que le général victorieux laissait apparaître les grands desseins qu'il avait conçus , les vastes projets dont son génie était incessamment travaillé , les immenses résultats qu'il attendait, pour la France et pour ^Europe, de la seconde campagne qu'il allait ouvrir sur l'Âdige. Ce qu'il voulait encore, ce qu'il était impatient d'ac^ complir, il l'avait indiqué dans sa proclamation de Chérasco^ quand il disait à ses soldats : ^ Vous

n'avez rien fait, puisqu'il vous reste à faire. Ni Turin ni Milan ne sont à vous. Les cendres des vainqueurs de Tarquin sont encore foulées par les assassins de Bassevillel » Il renouvela cette indication après qu'il fut devenu maître de Milan : « Vous avez beaucoup fait, dit-il encore à l'armée; mais ne vous reste-t-il donc plus rien à faire ? Dira-t-on de nous que nous avons su vaincre , mais que nous n'avons pas su profiter de la victoire? Eh bien, partons 1 Nous avons des marches forcées à faire, des ennemis à soumettre, des lauriers à cueillir, des injures à venger... Vos victoires feront époque dans la postérité : vous aurez la gloire immortelle de changer la face de la plus belle partie de l'Europe. Le peuple français, libre, respecté du monde entier, donnera à l'Europe une paix glorieuse qui l'indemnisera des sacrifices de toute espèce qu'il a faits depuis six ans. Vous rentrerez alors dans vos foyers, et vos concitoyens diront en vous montrant : Il était de l'armée d'Italie ! » (Thiers , Histoire de la Réwlu- «t(m,Vni, 270-271.)

Dans ses lettres au Directoire, Bonaparte avait exposé les mêmes vues , exprimé les mêmes espérances , dès le lendemain de Mondovi , avant l'éclatant succès de Lodi, alors que des incertitudes et des murmures se manifestaient dans son entourage, et rendaient nécessaire l'intervention de sa puissante parole. « Je marche demain sur Beaulieu,

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