LIVRE DEUXIEME
mandaitril à Paris; je l'oblige à repasser le Pô; je le passe immédiatement après; je m'empare de toute la Lombardie, et avant un mois j'espère être sur les montagnes du Tyrol, trouver Tarmée du Rhin, et porter de concert la guerre dans la Bavière. »
Quand Bonaparte révélait ainsi ses plans hardis et parlait avec tant d'assurance des nouveaux prodiges qu'il prévoyait, dans sa correspondance officielle et dans ses proclamations, comme dans ses épànchements intimes , Marmont , qui voyait à tous moments le génie à l'œuvre sous ses formes diverses, apercevait-il alors, dans les paroles, les écrits et les actes de son général, le germe de tout ce qui s'est développé dans la suite, aussi bien qu'il a pu le dire en consignant, longtemps après, dans ses Mémoires, les confidences prophétiques de Milan ?
Non, l'aide de camp ne comprenait et ne jugeait pas mieux, dès ce temps-là, le général en chef, que le maréchal n'a compris et jugé depuis l'Empereur. Il en fournit lui-même la preuve à la page 1 86 du tome P' de ses Mémoires, Les succès de la seconde campagne ayant donné à Bonaparte plus de confiance en lui-même et plus d'ascendant sur le gouvernement et sur l'armée, il insista pour l'exécution du plan qu'il avait communiqué au Directoire dès la conclusion du traité avec la Sardaigne , et il renouvela ses démonstrations et ses instances auprès des premiers magistrats de la République pour les déter-
82 RÉFUTATION DE§ MPQIPS Qll DUC DE RAGUSE.
jmnpv à outrer dans sesyu^s. «i L^s prodiges opérés en si p§u de temps, dit Marmont, et si fort aiNl^^sus de toup les calçulp, de toutes les espérances, avaient
déyçlQppé au plus haut degré \e^ fapnltéîi dft général
Bonaparte; cette ponfiance pn Ini^ntêinOi eet|e cqb-
flanpe sans l)qrnes qu'il inspirait mit antres, donnait ^ ^es disicqurs et à 3es actions nn aplowb, vme déci^ sion capables de tout entraîner, l| lui semblait voir devant lui tons les jours un nouvel, horwon ; c'était le fond de son caraptère, et j'en fus frappé dès cette époque. Loin de paraître si'étQnner 4e ee qn'U avait
fait , il écrivait de Vérone au Direptoire que si on lui envoyait des renforts , il traverserait le Tyrol et prendrait l'armée autrichienne du ilhin h revers. Je fus frappé d'étonnement en lui entendant dicter cette phrase; cette proposition formelle , faH@ ^^ ^ moments me parut presque d^ Iç, fqiie, «
Le jeune triomphateur restait dpnp seul calma, imperturbable , entre les grandes choses qu'il avait faites et les plus grandes qu'il méditait! seul sans étonnement du glorieux passé qni venait de tromper tous les caleulS} moins les siens, pomme sans inquiétude pour l'avenir plus glorieuiiL qu'il signalait et dont l'annonce l'exposait à passer pour fou dans son entourage, Marmont s'y prend de bonne heure,
on le voit, pour introduire ce mot de /W»p dans l'histoire de l'honime qui, après Savoir dominé de
si haut par sa puissance intellectuelle ^ a fini par
l'accf^bler squs le poids de sotï autorité morale : c'est
im ifloyett de récmsatiQR préparé de \m par l'accusé çoptre son juge, Napoléon lui paraissait j^resgue fou^^ ne Toublions pas, au milieu des prodiges qui justifiaient le génie et la hardiesse de ses conceptions. Que sera-ce quand les reyers eflEaceront les prodiges, et que les événements n'obéiront plus au génie ?
Maî^qnt WQge si bien déjà, en écrivant cette p^rti^ de pei^ Mémoires, au profit qu'il cherchera à tir^r plus tard des premières reiuarques qu'il se hasarde à feir^ sur l'exceutricité des idées du général Bûnapgrte et sur le caractère de ses desseins et de ses calculs, qu'après avoir dit de son plan de p^pague à travers le Tyrol qu'il lui parut presque de l^ folie ^ il s'applique aussitôt à rattacher ce cornmencQQieQt de soupçon d'exaltation anormale dans NapoléQU à une disposition perinanente de son esprit à se jeter hors des vqies de la prudence commune ^t à c^tPyer l'e^^travagance, « Tput le wonde a pu remarquer daus je cours de sa carrière , ditril , quHl W d IN/ww été ainsi, A fqrce de vaincre les obstacles, il les g tQigours n^éprisés davautfige; mais aussi I à forée de les mépriser, il a fini par en aecuipuler une telle masse sur sa tMe, qu'il en a été éora^éi Alors il était dans la mesure des choses possibles, et il y est resté encore bien longtemps 5 quand il en pst sorti , l*orgueil avait remplacé les éclairs du génie. 9 ({, 486/)
Pourquoi donc les propositions du général Bonaparte au Directoire parurent-elles prcsgtic folles à son aide de camp , s'il était encore dans la mesure des choses possibles ?
Après ce contraste entre deux phrases que l'on rencontre à la même page, Marmont ajoute que tout le monde au quartier général avait alors le pressentiment d'un avenir sans limites, quoique tout le monde fût dépourvu d'ambition et de calculs personnels. (I, 186-187.)
Je n'ai garde de nier ce sentiment général qui animait les officiers comme les soldats de l'armée d'Italie; sentiment dont le duc de Raguse dit avec tant de raison et de justice , que c'était du patrio^ tisme dans la belle acception du mot. Mais si chacun, à cette époque, avait le pressentiment d'un avenir sans limites, ce n'était ni raisonnable ni juste de s'étonner des projets gigantesques de Bonaparte et de le soupçonner d'un peu de folie parce qu'il lui semblait voir tous les jours devant lui un nouvel horizon, et qu'il rêvait la jonction des armées républicaines sur le Rhin par la conquête de la haute Italie et du Tyrol.
Marmont constate d'ailleurs lui-même que les plans et les hauts faits du général Bonaparte furent