LIVRE DËUXIKME
alors les officiers de son armée, et dont son aide de camp s'est vanté d'avoir fait preuve en deux occasions? Le prestige d'une probité exigeante et rigoureuse se serait donc attaché à tort au nom de Napoléon ? C'est bien là ce que le duc de Raguse a voulu dire, mais c'est ce que personne ne croira. Tout le monde se souviendra des nombreux exemples qui ont infirmé d'avance les allégations intéressées de Marmont. La répulsion instinctive que ressentait Bonaparte pour les âmes vénales , pour les hommes d^ argent j pour tout ce qui cherchait la fortune dans les dilapidations et les pillages publics ou clandestins; cette répulsion 9 constamment manifestée, est écrite partout et gravée d'une manière ineffaçable dans les souvenirs du peuple; en s'appliquant à la mettre en doute , Marmont n'a fait qu'affaiblir davantage le caractère déjà si suspect de son témoignage. N'a-t-il pas d'ailleurs, comme la critique en a déjà fait la remarque , rendu lui-même invraisemblables les anecdotes qu'il a racontées à ce sujet pour se donner les airs d'un incorruptible méconnu en face d'un corrupteur dissimulé, quand il a rappelé que ses camarades étaient comblés de richesses, tandis qu'aucun bienfait d'argent ne lui avait jamais été accordé ? Si Napoléon avait eu tellement la pensée d'enrichir Marmont , qu'il lui eût fourni à diverses reprises l'occasion d'amasser une grande fortune par des voies illicites, comment aurait -il négligé de
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satisfaire àtiifilëînétit son désir ëtit* ce poitit, lorsqu'il pouvait le faire sàuë difficulté paf des îndyefls ho< norables ?
Je pasàe à Tiilddeiit quë Tâide de lâafâp biëfi^imé a Èi complàiMmtnetit rëtétltt et fédité pôMt miïÈ moiitrèr le gèûéliâl BôMpârtê^ vâiiicîUêur de la Saf* daigne et dé rÂutriehe, mettre de là p\m gfàiide partie de lltâlie, el ëiër^ftht déjà là pltiS haute influeucè sur le gduVëfiiienieiit de la République, surptis tout à coup pat- uuë fausse alerté dans uft village de là Lotiibardië et se saùVàUt seul pat* Une petite porte , au îieu de se mettre brâveitièttt à là tête de sou étàt-majot, qui Se croyait assez fort pout* pûÉséf aur lé i^ëntft de deux éscadrofts^ Si télu àvàii été nééieismin. t< Il faisait ti^ès-^îhaUd ^ dit Màimont, et tout le monde se reposait à moitié déshabillé ^ Utt coup de càuon se fait entendre, eu mêUie temps quelques coups de pistolet, et des ëris i « AUJt armes, voilà l'ennemi! » sôtit répétés pat* dés fuyards* Chacun court à Son cheval; mais les dhevaUi étaleUt débridés. Je pris sur-le-ehamp les dis* positions nécessaires pour noiiS sauver de tê dauget*, si pressàht eu apparence. Nous ne pouvieus àVolr â redouter que de la cavalerie ; si déjà elle était dans ce village, le premier détachement qui passerait, voyant une porte ouverte, entrerait, nous sabrerait sans difficulté , et nôUS prendrait. En conséquence , je courus à là grande porte, je la poussai et la titls
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jféritièe àVêe tiH dé mes caMaràdeë, péndàtlt que nos gètt» âppfètâièftt ùDà chevàul. Une foiâ tôUt le mohde à cheval , flous âdrtiûiés enëemblé ^ et ftoui aûrioni èwlatnèftieht paisé sur le ventre de di^cô tsÈtâdhrnSj H teia û^it été nécessaire. Lé générât Ëmàparle flë iê fta pas â ùelte èàmbinàtson ^ et^ je croiij à ttyrt. H iùrtit àpiÉdpar ixhÉ petite porte ^ rencontra un dragon ifùi fkiy'àil, lui prit son cheval ^ et arriva ainsi seul M pùM. ^\ rènnôtiii eût été dans le village ^ comme on devait le supposer, il aurait été perdu. De ce joîit*, il prit la rôfeolùtion d^avoir à lui et tôujourâ avec lui une fof te éfecorte : il forma ôe corps de guides qut l^àëbôtnpàgfldit partout et qui a été lé noyau du règimefit des chasseurs de la garde impériale. Voici migdflténâiit la cause de Talerte. Deu^ des quatre régitnenté fiâpôlitâîiis servant dans Tarméé aùtri- Chietine Venaient de Goïto et rejoignaient le groé de Varmée; en passant devant le Village de Vàllegglo, et marchant avec précaution , ils voulurent s^assurer À iioUS l*ôccupions , et s'en approchèrent. î)es cafionniers français , envoyés pour ramener quelques pièces abandonnées par l'ennemi, les voyant paraître, tirèrent un coup de canon sur eux. D'un liôté, floiis fûmeâ ainsi avertis de ce qui se passait, et, de l'antre, les Napolitains virent que Valleggio était occupé par les Français , et se retirèrent. Sans cette circonstance, l'ennemi serait probablement entré dans le village et aurait pris le général Bona-
parte. Quelle conséquence n'aurait pas eue sur sa destinée, sur celle de l'Europe, sur celle du monde, un événement qui changeait sa situation et toutes les combinaisons de son avenir ! Et cet événement eût été l'ouvrage d'un très-petit corps d'une trèsmauvaise armée d'un très-petit souverain ! puissance cachée du destin! les anciens avaient bien raison de t'élever des temples! » (1, 182-183-184.) Ce qu'il y a de vrai dans ce récit, où tout est finement calculé pour faire croire que le soldat de Lodi, après s'être effrayé du bris d'une glace, était homme à ne songer, dans une alerte , qu'à sa conservation personnelle, c'est le fait même de la surprise de Valleggio; mais les détails fournis par le duc de Raguse , et artistement arrangés par lui , ne lui sont venus que de son imagination et de sa malveillance. Les coureurs ennemis firent plus que se rapprocher de ce bourg, ils y pénétrèrent, et parvins rent même jusqu'au logement du général en chef, où le piquet d'escorte n'eut que le temps de fermer la porte cochère et de crier : Aux armes ! ce qui lui donna le temps de monter à cheval et de sortir par des jardins de derrière. Les soldats de Masséna culbutèrent leurs marmites, passèrent le pont. Le bruit des tambours mit en fuite les hussards autrichiens. Sebostendorf fut suivi et mené battant toute la soirée : ils perdirent beaucoup de monde. Tel est le récit simple et vrai de cet épisode de Valleggio. C'est Napoléon qui l'a dicté lui-
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même à Sainte-Hélène. (Mém. de Napoléon ^ I, 240.) M. Thiers Ta reproduit à peu près dans les mêmes termes en 1 828 (Histoire de la Révolution ^ VIII, 282- 283), sous les yeux du duc de Raguse, qui s'empressait sans doute , comme tout le monde , de lire les pages si attrayantes sorties de la plume de l'illustre historien , et qui avait déjà pu connaître également les Mémoires de Sainte-Hélène. Mais il n'entendait pas acquiescer par son silence au témoignage de ces imposantes autorités , ni renoncer par là au bénéfice du conte qu'il préparait peut-être dès lors pour représenter le général Bonaparte s'esquivant à pied par une petite porte , et prenant ensuite le cheval d'un fuyard pour gagner solitairement le pont où était le refuge , après avoir refusé de se fier à la bravoure de son escorte et de marcher à sa tête pour s'ouvrir un passage à travers l'ennemi.
Tout est donc mensonge dans ce tableau. L'ennemi, dont la présence dans le village aurait amené la perte de Bonaparte, d'après Marmont, y parut réellement et parvint jusqu'au logement du général ; et ce fut le piquet d'escorte lui-même, dans lequel se trouvait Marmont, qui sortit tout entier avec le général par une porte de derrière , en traversant les jardms, et tout disposé à passer sur le ventre de l'ennemi, s'il se fût présenté.
On aurait peine à comprendre cette première tentative de faire apparaître un léger nuage sur l'iin
de^ plus grands courages qui aient bril)é dans (es fapites militaires de Iji France et de tovisi les pay^, si Yojx ne savait que le maréchal M»TOPl»t W fait ici qu'essayer son audace pQur la retrauyer plus ^rd sulfisanuuent exercée et l'appliquer mieu^ à Tai^e à des insinuations de môme nature i ^^î^s des cir-f coustanqps plus graves , daus u^e crise décisive , à uu momeut suprême , sur le champ 4e bataille de Waterloo,