‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 33 sur 207 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

considérés comme étant restés en deçà du possible par un homme bien connu pourtant pour sa prudence et sa modération 9 le général Matthieu Dumas, qui discuta dans une brochure cette merveilleuse campagne 9 et qui reprocha au général en chef de s'être borné à conquérir Tltalie. Ce fut Marmont luimême que Bonaparte chargea de sa justification ; et nul ne pouvait mieux le défendre en effet que l'officier qui le trouvait presque fou pour avoir voulu trop faire , là où l'un des plus sages parmi les gens de guerre l'accusait de n'avoir pas assez fait (1, 1 87), Cet incident fournit du reste à l'auteur des Mémoires l'occasion d'attaquer en masse et violemment les militaires de plume, qu'il appelle le fléau des militaires combattants^ sans s'apercevoir que, depuis sa réponse au général Matthieu Dumas jusqu'à la rédaction de ses Mémoires, il a bien fait preuve aussi de quelque goût et de beaucoup d'aptitude pour le maniement de la plume , quoiqu'il ne s'en soit pas toujours servi aussi bravement que de l'épée.

A cette époque Joséphine vint rejoindre à Milan son glorieux époux. « Le général Bonaparte, dit Marmont, fut très-heureux, car alors il ne vivait que pour elle; pendant longtemps il en a été de même. Jamais amour plus pur, plus vrai, plus exclusif n'a possédé le coeur d'un homme, et cet homme était d'un ordre si supérieur! » (I, 188.)

On pourrait croire que le duc de Raguse fait taire

étf RÉFUTATION DEâ MËBtOtRES t)tJ DUC DE RAGUSE.

ici ses tiBssentiments et sa malveillance, et (J\ié C'est sàfts atHère-penséô qu'il ]â*iticlinè devant là Isùpério» rite si grande du génêrtil Bonaparte.

on se trbniperait étrangement. Il n'en a jamais coûte à Marmont de donner à Napoléon les èpithètès banaleà j les qualifications pompeuses et vagues qut expriment l'admiration sans rexplitjuét. Il lés lui prodigue d'autant plus , aU contraire , (ju^il croît ètt tirer le droit d'oser davantage contré le hért» dans' la disiôussion détaillée de Ses acte^ , dans T examen critique dé chaque événement prinfeî);«sil et des par-* licularités remarquables de sa vie. Après deà etclamations t^Uî se perdent dans le vide des généralités, le feux admirateur, qui s'est donné par là Une iiéf^ taine apparence d'impartialité, pouVstiil pluS à l'âiSe le système de dénigrement indirect qu'il t adopté dans l'exposition des faits.

ÂlUsl, au moment même où il va appeler Bôna* parte 'un kùtii'me <rm ordre H supérieur^ à ptùpoê de ses joies domeàtitïues et de là pUi-été de ses aflfeb* lions privées , il essayé d'en foire un àUpèWtitieux ridicule qui pâlit d'une fàahiirè effrayante el jm éprouve nne impression dès pl^ âônloureïtses (I , < 8è) parce que la glace d'un portrait s'est brisée sul» sa poitrine , et qu'il voit dans cet âcttidéUt Utt avertis* sèment mystérieux et sinistre. Il né suffisait ^s à Marmont d'avoir attribué les préjugés nobiliaires d'un bourgeois de l'ancien régime au glorieux re-

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présentent de la démocratie Mn^jaisë *, il A Voulu prêter aussi les terreurs superstitieuses d'une bonne femme à Télève de la philosophie moderne^ au soldat initié dès longtemps à toutes léS hardiesses de la raison eomme à toutes les découvertes de la sctêttéeé La postérité , malgré lotit lé picfuattt deè révéla»

tions du duc de Raguse, aura peine à croire que le grand homme ait pu avoir jamais la vanité des petites

gens, et que Tâme héroïque du conquérant de ritelië fllt aCôeSsible à des peurs d'enfant.

Que pëut faire de plus Marmont^ après avoir rendu Napoléon suspect de préjugés aristocratiques^ de frayeurs puériles et de tendance à la folie , pour rapetisser le Colosse et désillusionner de plus en plus ses admirateurs ? Voilà Ses hantés facultés mises en

suspicion i à la limite de Ja démence , et altérées par des faiblesses indignes d'un homme qui serait même moins supérieur. Si l'on pouvait maintenant l'atteindre^ l'entamer, le diminuer dans ses qualités essentielles , dans sa réputation de rigidité morale , dans le prestige de son héroïsme militaire, c*en serait fait

définitivement du grand homme , et son habile détracteur serait parvenu â consommer sur la mémoire

du César moderne l'attentat qui échoUa naguère , sous une plume plus exercée et autrement illustre , contre l'immortelle renommée du premier César,

Eh bien, Marmont, sans nier directement la délicatesse et la sévérité de Bonaj)arte sur les questions

d'argent, raconte une anecdote qui lui est personnelle, et de laquelle on pourrait induire que le môme général en chef qui rudoya si impitoyablement Despinois à Castiglione, n'était pas aussi rigide qu'il affectait de le paraître au sujet de Tenrichissement de ses lieutenants. Il s'agit du pillage de Pavie pendant la répression de l'insurrection que le sacerdoce italien avait réussi à faire éclater dans les campagnes de la Lombardie. « La maison du receveur de la ville était menacée, et ce malheureux croyait, en jetant son argent dans la rue , se préserver de Ven-r trée des soldats dans sa maison , tandis que sa conduite devait au contraire les y attirer. Le général Bonaparte, prévenu, me donna l'ordre de me rendre sur les lieux et d'enlever l'argent. Nous avions à cette époque une fleur de délicatesse qui me rendit l'obéissance pénible : je craignais d'être soupçonné d'avoir fait tourner cette mission à mon profit. Je la remplis en murmurant; mais j'eus soin, en prenant et comptant le trésor, de me faire assister par tous les ofïiciers que je pus réunir. Les sommes trouvées furent donc remises avec une grande régularité. Plus tard, le général Bonaparte nia reproché de n'avoir pas gardé cet argent pour moi^ ainsi que dam une autre circonstance dont je ferai le récit j et qu'il avait saisie j me dit-il j pour m' enrichir. » (1, 1 80-1 81 .) Le général Bonaparte aurait donc manqué luimême de cette fleur de délicatesse qui distinguait

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