‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 41 sur 207 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

Gossaria, fait la meilleure part de nos succès. C'est Alvinzi cette fois et aussi Wurmser qui continuent l'œuvre de Beaulieu et de Colli, et qui deviennent les agents involontaires de la fortune de Bonaparte, a On se demande , dit-il , ce qui força Al viiîzi à un mouvement rétrograde le quatrième jour, quand la marche de sa division du Tyrol allait nous forcer à quitter les bords de TAdige , et quand il était évident que nous n'avions pas osé déboucher dans les plaines de Villanova , après les succès obtenus. On se demande encore comment Wurmser n'a fait aucune tentative avec la masse de troupes dont il disposait. A quoi tient le sort des batailles et le destin des empires , et combien de succès brillants sont dus j à la guerre 9 aux fautes de l'ennemi I » (1, 243, 244.)

Le duc de Raguse, on le voit, ne perd jamais de vue son plan et son but. Pour lui, le hasard et l'ennemi sont toujours les vrais promoteurs de Napoléon.

Il ne conteste pas expressément toutefois le don du génie au grand homme , ainsi que j'en ai fait déjà la remarque. 11 déclare même, en un endroit, rappeler avec complaisance des prédictions quil avait faites de bonne heure sur rétendue de sa supériorité et sv/r la gloire immense qu'il devait acquérir. » (I, 295.) Mais ces concessions à l'opinion publique se perdent incontinent dans un ensemble de détails , minutieusement recueillis et artistement groupés pour rejeter insensiblement dans le domaine du doute les qua-

lités précédemment accordées au héros avec une certaine apparence d'abandon et de sincérité. C'est ainsi que nous l'avons vu essayer tour à tour de faire apparaître dans Napoléon les traces du préjugé , les signes de la superstition , le relâchement en morale et l'hypocrisie en politique. Le 1 8 fructidor l'amène à reproduire tout ce qu'il a dit maintes fois de la dissimulation républicaine du général. « Bonaparte, dit -il, prit alors une physionomie toute révolutionnaire. Elle n'était nullement dans ses goûts ; mais ce fut un rôle qui lui parut dans ses intérêts, et résultant de sa position. «(I, 286.)

Marmont persiste ainsi à dénier toute conviction généreuse au général Bonaparte. Il ne veut jamais voir en lui qu'un sceptique ambitieux-, un athée politique, comme il s'en trouvait au moins un au quartier général , un égoïste qui feignait habilement la foi démocratique , quand elle pouvait favoriser ses vues personnelles, dussent-elles se changer un jour en aspirations monarchiques.

J'ai déjà combattu cette appréciation, je n'y reviendrai plus. L'ambition toute seule, ou même avec l'aide du génie, est un levier insuffisant pour soulever les masses nationales, remuer le monde et atteindre à la plus haute popularité , comme l'a fait Napoléon. L'égoïste, doué des plus éminentes facultés de l'esprit, demeure impuissant et impopulaire. L'ambitieux, au contraire, qui grandit une

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