‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 43 sur 207 · LIVRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIEME

menti le maréchal Marmont sur le prétendu 6cep« ticisme de Napoléon que Taide de camp du général Bonaparte. Il est trè&*vrai que Marmont, qui ne croyait à peu près à rien , prêtait à son général des sentiments analogues aux siens , et qu'il prenait pour des lieux communs obligés les hommages journaliers que le conquérant de l'Italie rendait avec solennité j dans ses discours et ses proclama* tions, à la liberté et à l'égalité. Mais, dans une circonstance remarquable, le général Bonaparte donna devant Marmont, qui va les rapporter luimême, des preuves d'une sympathie sincère et vive pour l'affranchissement et la régénération des peuples.

Le vainqueur d'Italie venait de signer le traité de Campo-Formio. Venise regrettait d'avoir cru trop facilement aux promesses libérales de la République française, et elle se plaignait d'avoir été abandonnée aux vengeances de l'Autriche. Venise avait raison. Mais Bonaparte rejetait la responsabilité de cet abandon sur le Directoire , qui avait trop ajourné l'envoi des renforts que le général en chef de l'armée d'Italie récl£Mnait en vain depuis longtemps, et qui avait ainsi enlevé au glorieux négociateur la puissance d'intimidation dont il avait besoin pour stipuler de meilleures conditions. L'armée du Rhin n'avait pas non plus prêté à temps le concours que Bonaparte n'avait cessé de solliciter , et elle venait de passer

SOUS le commandement d* Augereau , dont Tincapacité comme général en chef n'était pas douteuse. Bonaparte répondait aux plaintes légitimes des Vénitiens par l'exigence des nécessités qui avaient pesé sur lui, V affranchissement de r Italie^ disait-il, ne pouvait pas être l'ouvrage d'un jour; l'avenir pou^ vait beaucoup y et il fallait s'en reposer sur lui, se résigner aux circonstances et attendre. (I, 303.) D'un autre côté, il déplorait amèrement l'influence déplorable que les hésitations, les lenteurs et les mesures inintelligentes du Directoire avaient exercée sur la conduite de la guerre et des négociations. « Nous aurions fait de grandes et belles choses, dit- il ; mais dans d'autres circonstances nous nous dédommagerons. » (I, 301.)

La perspective d'un meilleur avenir ne suffisait pas aux Vénitiens, retombés inopinément sous le joug de l'Autriche. Ils voulurent faire exposer directement leurs griefs au Directoire par une députation, et empêcher, s'il était possible, la ratification du traité conclu par le général Bonaparte.

« Cette démarche, dit Marmont, si elle eût féussi, était la perte de Bonaparte, le tombeau de sa gloire; il aurait été dénoncé à la France, à l'Europe, comme ayant outre-passé ses pouvoirs, comme ayant, par corruption, abandonné lâchement un peuple appelé à la liberté. Et quel beau texte de déclamation! Flétri , déshonoré , il disparaissait pour jamais du

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