‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 52 sur 207 · LIVRE TROISIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIEME

vers la Provence , et il se complaît dans les détails d^un incident qui lui semble caractériser la carrière de Napoléon^ carrière de génie et de courage sans doute j mais où la fortune se trouva souvent son puissant auxiliaire. « Aussi, ajoute Marmonl, avait-il une sorte de foi dans une protection surnaturelle ; cette superstition Ta décidé dans plus d'une circonstance à s'abandonner à des chances extraordinaires qui l'ont sauvé contre tous les calculs humains. Plus tarcj, je n'en doute pas, il a cru sincèrement avoir une mission du ciel. » (I, 353.)

Marmont raconte ensuite l'événement dont le souvenir lui est resté comme un témoignage de la faveur persévérante dont le destin environnait le vainqueur d'Italie. « Bonaparte , dit-il , était arrivé à Aix en Provence, à l'entrée de la nuit, se rendant en toute hâte à Toulon. Il voyageait avec madame Bonaparte, Bourrienne, Duroc et Lavalette dans une très-grande berline, fort haute, et sur laquelle était une vache. Voulant continuer son chemin , mais sans passer par Marseille , où il aurait été probablement retardé , il prit une route plus directe , par Roquevaire, grande route aussi, mais moins fréquentée que l'autre ; les postillons n'y avaient pas passé depuis quelques jours; tout à coup la voiture, à une descente qu'elle parcourait avec rapidité , est arrêtée par un ehoc violent. Tout le monde est réveillé , on se hâte de sortir pour connaître la cause de cet ac-

cident ; une forte branche d'arbre , avançant sur la route j et placée à la hauteur de la vache , avait barré Le chemin à la voiture. A dix pas de |ià , au bas de la descente, un pont placé sur un torrent encaissé, qu'il fallait traverser, s'était écroulé la veille, et personne n'en savait rien; la voiture allait infailliblement y tomber, lorsque cette branche d'arbre la retint sur le bord du précipice.

» Ne semble-t'^on pas voir la main manifeste de la Providence ? N'est-il pas permis à Bonapartp de croire qu'elle veille sur lui ? Et sans cette branche d'arbre si singulièrement placée et assez forte pour résister, que serait devenu le conquérant de l'Egypte, le conquérant de l'Europe, celui dont, pendant quinze ans , la puissance s'exerça sur la surface du monde? »(I, 353-354.)

Encore le plus petit des hasards qui préserve le plus grand des héros modernes et qui l'arrête au bord du précipice où il allait s'engloutir avec l'immense destinée qu'il rêvait à si juste titre. Cette fois du moins ce hasard n^est qu'un signe de la Providence , et Marmont permet à Bonaparte de croire qu'elle veille sur lui. Mais alors pourquoi le taxer de superstition ? La foi dans une prot^tùm surnaturelle doit être autrement qualifiée.

C'est la confiance religieuse du génie humain en Celui qui a toute science et toute puissance, qui écarte la défaillance dans le danger conmie le àéBe»*

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