LIVRE QUATRIÈME
catastroplie d'Aboukir, s'écriait : «Nous voilà séparés de la mère patrie , sans communication assu*rée ; eh bien , il faut savoir nous suffire à nousmêmes I »
Ce héros 9 il a disparu ici sous la plume de Marmont; mais il reste toujours le môme dans Thistoire. S'il s'est décidé à quitter son armée au moment où elle venait de détruire l'armée turque et de rendre plus facile l'œuvre civilisatrice qu'il avait tant à C(mv d'accomplir, c'est qu'une nouvelle coalition européenne se ruait sur la mère patrie , et que le peuple de France, menacé dans les conquêtes politi^ ques et territoriales de sa grande révolution , appelait un sauveur, et tournait naturellement ses regards vers celui que la victoire lui avait déjà signalé avec tant d'éclat sur les champs de bataille de l'Italie. « Les instructions détaillées que le général en chef fit remettre au général Kléber, dit Napoléon dans ses Mémoires, et la lettre datée d'Aboukir du 5 fructidor, qui est imprimée, et qu'il lui écrivait au moment de son départ, font assez connaître ses projets sur l'Egypte , ses espérances de retour pour compléter son expédition , et la sécurité parfaite où il était que Kléber consoliderait sa colonie. Tant que la France aurait la guerre, et que la deuxième coalition ne serait pas dissoute, on ne pouvait que rester stationnaire en Egypte , et seulement conserver le pays, et, pour ce but, Kléber ou Desaix étaient
plus que suffisants. Napoléon obéit au cri de la France, qui le rappelait en Europe. » (Mémoires de iVajoote'on, IV, 150,161.)
Marmont constatera bientôt lui-même l'universalité et la puissance de ce cri que le jeune et glorieux tuteur de la nouvelle France entendait du pied des Pyramides. Mais avant de décrire l'enthousiasme qui accueillit Bonaparte à son débarquement, il raconte les perplexités de la traversée, pour en prendre occasion de dénoncer encore le destin comme s'obstinant à aider Napoléon , là même où Napoléon ne sait pas s'aider lui-même.
« Si jamais homme , dit-il , a pu croire à la protection d'une main divine , à une autorité tutélaire veillant sur lui, et préparant tout ce qui était nécessaire au succès de ses entreprises, c'est Bonaparte. Sans doute, il savait oser, et cette faculté est la première de toutes pour faire de grandes choses. Il osa beaucoup, il osa à propos, et si les circonstances ne lui manquèrent pas , jamais il ne manqua aux circonstances; tout cela est vrai; mais n'est-il pas permis de s'élever à de plus hautes pensées, qiuind on le voit se soumettre quelquefois volontairement à des combinaisons presque toutes contre luij dont une seule lui est favorable j et que l'on voit constamment cette seule chance venir le tirer de la crise où il s'est placé de propos délibéré? Ne peut- on pas croire à une espèce do prédestination, quand on remarque que souvent