LIVRE QUATRIKMK
les résultats les plus favorables sont la conséquence nécessaire d'événements qui d'abord le contrarient, et paraissent l'éloigner de ses vues? N'oflfre-t-il pas le spectacle d'un homme soumis à une puissance irr résistible, conduit par la main en aveugle ^ dans une roule meilleure que celle qu'il a d'abord choisie^ et forcé ainsi d'atteindre plus tôt le butj l'objet de ses vœuœ?
» Je l'ai déjà montré sous cet aspect quand on lui retira le commandement de l'artillerie à la première armée d'Italie : les circonstances de sa traversée vont reproduire le même spectacle. Je le répète, jamais homme ne fût autant autorisé à se croire l'agent spécial d'un pouvoir supérieur et irrésistible, et il le crut effectivement ; c'est d'ailleurs une chose assez flatteuse pour l'amour -propre que de se con-î sidérer comme une «exception aux lois qui régissent l'univers, » (II, 41 , 42.) ^
Sans doute, Napoléon était protégé par la main invisible de la Providence , et il se trouvait flatté d'avoir obtenu cette protection ; mais il n'était pas conduit en aveugle par cette sublime et sage patronne, dont il sentait les inspirations et s'appropriait les vues. La Providence n'élève extraordinairement au-dessus de leurs semblables que les hommes qui ont déjà reçu d'elle une part extraordinaire en génie ou en vertu, et qu'elle sait capables d'employer grandement l'appui mystérieux
qu'elle leur prête , pour les faire marcher au but qu'elle veut atteindre , et dont elle ne révèle que graduellement le secret. Ce n'est pas là une excep« tion aux lois qui régissent l'univers , c'est au contraire l'application de la loi suprême suivant laquelle Dieu donne aux hommes des facultés et des aspirations diverses , et fait du génie son agent intelligent , toujours marqué du signe qui doit empêcher de le confondre avec les instruments aveugles du hasard.
Mais tous les efforts du duo de Raguse, alors même que le mot de Providence lui échappe , ten«> dent à faire descendre Napoléon au niveau d'un aveugle serviteur et d'un simple favori du destin* Il a conçu et arrangé ses Mémoires pour la consolation de son amour-propre , blessé de la trop grande supériorité du héros. La vanité impuissante et déçue se soulage à croire que le sort a beaucoup plus fait que le mérite pour l'élévation de ceux qu'elle envie.
A peine débarqué à Fréjua, le général Bonaparte put se convaincre qu'il avait bien jugé de loin de l'état des affaires publiques, et qu'il n'avait pas trop présumé de la disposition des esprits à son égard. « Une espèce d'orateur de club, à figure commune mais expressive , dit Marmont , vint lui faire son compliment, et lui parla avec une sorte d'autorité. Il termina sa harangue ainsi : « Allez,