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Le général Bonaparte reconnut, en arrivant à Paris, qu'il avait agi sagement de ne pas se rendre à Tarmée d'Italie , et de venir s'édifier, au centre du gouvernement, des aflFaires et des intrigues, sur la véritable situation de la République. Il comprit qu'il devait subordonner ses projets militaires à l'accomplissement de ses desseins politiques. De nouveaux triomphes avaient pu le tenter d'abord. Après avoir vu de près le Directoire et les meneurs des divers partis qui se disputaient le gouvernail , il dit à Marmont : « A quoi cela servirait-il ? Que faire avec ces gens-ci? Après avoir exécuté des prodiges, nous ne pourrions compter sur aucun appui. Quand la maison croule, est-ce le moment de s'occuper du terrain qui l'environne? Un changement ici est indispensable. » (II, 88, 89.)
Dans la pensée de tout le monde, comme dans la sienne , ce changement était nécessairement réservé au glorieux soldat dont le nom était alors dans toutes les bouches. Mais sous quelle forme le général Bonaparte allait-il intervenir dans les événements politiques ? Que voulait*il pour la France et pour lui-même? « Murât, dont les vues politiques étaient peu étendues, dit Marmont, ne portait pas son ambition pour le général Bonaparte au delà d'une dispense d'âge pour être directeur. Quant à moi , je ne mis jamais en doute, après notre arrivée, qu'un changement politique entier et l'établissement d'un ordre complètement nouveau pouvaient seuls placer convenablement Bonaparte et le satisfaire .' c'était mon opinion même au moment où nous partions pour l'Egypte. Je dis à Junot, dans une conversation de confiance , un jour, au Palais-Royal ! « Tu i)erras^ mon ami^ qu'à son retour il prendra la couronne. » (II, 89.)
C'était sans doute en justification de cette prophétie confidentielle que Marmont refusait à Bonaparte, partant pour TÉgypte, toute autre pensée que celle de chercher les occasions de faire retentir son nom et de se grandir dans les esprits. La prédiction, du reste, ne fut pas si vite accomplie * Murât ^ dont les vues politiques étaient peU étendues, comprenait mieux que Marmont la nécessité pour son général de se conformer aux exigences du temps et