‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 71 sur 207 · LIVRE CIXQllÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CIXQllÈME

fausses mesures et d'impéritie, qu'il fallait déplorer: c'étaient des malheurs accumulés sans mesure par une suite non interrompue d'entreprises folles. Mais n'anticipons pas... Aujourd'hui j'ai à parler d'une gloire pure , éclatante , d'un génie brillant de jeunesse, alors l'espérance et l'honneur de la patrie; c*est le grand homme qui m'occupe aujourd'hui : l'homme déchu aura son tour. » (ir, 96.)

Combien la préoccupation constante, exclusive, de Marmont, se trahit ici 1 A chaque phase de l'histoire où il a rempli un rôle plus ou moins important, dans ses récits sur les campagnes d'Italie et d'Egypte, lorsqu'il raconte les préparatifs et les détails du coup d'État de brumaire, il est tourmenté par une même pensée , sous la pression d'un même sentiment : le besoin d'alléger le poids du souvenir qui domine en lui tous les autres. Quand sa plume est à Milan , au Caire ou à Saint-Cloud , son esprit est toujours à Essonne.

Quel empressement à parler des funérailles de l'Empire au moment de saluer avec transport le lever du Consulat ! Quelle place l'histoire lui a-t-elle donc réservée dans ces funérailles 1 l'insensé 1 l'abîme l'appelle... Mais n'anticipons pas non plus : c'est le Consul prêt à surgir du sein de l'admiration universelle et assuré d'avance de la soumission adulatrice de son entourage , qui nous occupe en ce moment; l'Empereur trahi aura son tour.

La démission de Barras obtenue, le Directoire n'existait plus. Bonaparte se rendit avec son étatmajor à Saint^Cloud , où siégeaient les conseils , en vertu d'un décret des Anciens qui lui conférait en même temps le commandement militaire. Il parut à la barre de cette assemblée pour la remercier, a-t»il dit, de la dictature dont elle venait de l'investir. Ayant rencontré là des résistances auxquelles il ne s'attendait pas, et se trouvant jeté dans une lutte qui ne ressemblait en ri«n à celles qu'il avait traversées avec tant de gloire, il est certain qu'il éprouva une émotion toute nouvelle pour lui et qui le fit hésiter un instant. Mais il se maintint ferme toutefois à la barre, et il y reprit assez vite sa ccmfiance ordinaire pour répondre vivement à Lenglet, cgdi invoquait la constitution : « La constitution! vous l'avez violée au 1 8 fructidor, au 22 floréal , au 30 prairial. La constitution ! elle est invoquée par

toutes les factions , et elle a été violée par toutes

et aujourd'hui encore, c'est en don nom que Ton conspire. S'il faut s'expliquer tout à feit, s'il faut nommer les hommes, je les nommerai. Je dirai que les directeurs Barras et Moulins m'ont proposé de me mettre à la tête d'un parti tendant à renver«* ser tous les hommes à idées libérales. » Ces paroles provoquèrent un violent tumulte , à la suite duquel

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