LIVRE GINQUIÉIIE
le général quitta l'assemblée pour se rendre au conseil des Cinq -Cents 9 où l'attendait une opposition plus menaçante. A son apparition dans la salle , les crû i A bas le dictateur! hors la loi le dictateur! se firent entendre de tout côté. « Si on eût rendu surle^hamp le décret de mise hors la loi, dit Marmont, Dieu sait ce qui serait arrivé , tant les moyens ^ légaux sont puissants j tant leur force est magique ; mais les conseils furent surpris. » (II , 98.)
Ne dirait -on pad que Marmont, qui se vante d'avoir pris une part active à la préparation et au succès de cette journée , regrettait qu'elle eût réussi au moment où il la rappelait et l'appréciait dans ses Mémoires? Si la puissance des moyens légaux et leur force magique l'eussent emporté, la destinée de Bonaparte n'eût-elle pas été, en effets accomplie à l'instant même, et la voix de l'empereur Napoléon , qui a fait retentir pendant près de quarante ans à Toreille du duc de Raguse le mot terrible sorti des hontes de 481i, n'aurait-elle pas été étouffée d'avance sous les voûtes de Saint-Cloud ?
Mais la légalité n'est protégée par le prestige , que Marmont lui reconnaît à bon droit , et dont elle a été si justement revêtue pour le maintien et l'inviolabilité de Tordre social, qu'autant qu'elle est en parfaite concordance avec les vœux et les besoins du pays , et qu'elle exprime l'opinion publique et la volonté tiationale.
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La légalité , personnifiée dans le Directoire 'et les conseils 9 avait-elle, au 18 brumaire de Tan vni, ce caractère inviolable? Marmont, écho de tout le monde , a constaté le contraire. <k Les représentants dispersés , faisant les trois quarts des conseils , n'ima* ginèrent pas de se réunir ailleurs : il n'y avait en eux ni courage ni grandeur. Peut-être même avaientils le sentiment intime des besoins publics , et partageaient-ils instinctivement le vœu d'un changement si fortement exprimé partout. D'ailleurs, une assemblée cesse d'être quelque chose, quand l'opinion publique , base de sa puissance , ne la soutient plus; on peut alors en disperser les membres, et détruire ainsi le peu de prestige qui lui reste. (11,99,100.)
Pourquoi donc s'écrier : « Qui sait ce qui serait arrivé j si le décret de mise hors la loi eût été rendu? » Ce décret n'eût rien changé à l'état réel des esprits, aux besoins publics , au vœu général , à tout ce qui faisait de Bonaparte le véritable représentant de la nation. Et c'est bien parce que cette mesure extrême, si vivement proposée, n'ajoutait rien aux moyens de défense de T Assemblée et restait avec le caractère d'une vaine démonstration de vigueur dans un corps mourant , qu'elle ne fut pas même mise aux voix et qu'elle resta étoufiPée au milieu du tumulte. Mais comment le duc de Raguse, qui jugea si bien la situation , et qui vit partout forte*