LIVRE aNQUIEME
moins approprié à son autorité réelle, que le glorieux successeur du Directoire avait à montrer qu'il gou* vemait selon la raison , la vérité et l'intérêt bien entendu de la France. Or, Marmont lui-même, malgré sa malveillanc€f invétérée , proclame que le Premier Consul tira l'État du chaos , qu'il fit succéder la plus rapide et la plus étonnante prospérité à la plus affligeante détresse. Devait-il compromettre le succès de cette grande métamorphose, en heurtant sans ménagement les idées, les mœurs, les préjugés mêmes de l'époque , au risque de provoquer des résistances et des soulèvements qui pouvaient être facilement évités? L'exemple du général Macors, cité comme une preuve de niaiserie , prouve que Bonaparte connaissait bien la puissance des mots et jugeait parfaitement la situation , quand il se croyait obligé de cacher un pouvoir à peu près illimité sous un titre modeste. Mais Marmont avait pensé, dès le départ pour l'Egypte , que Bonaparte pourrait prendre la couronne à son retour, et il avait trouvé Murât ridi* cule de n'iiâaginer rien de mieux pour son général qu'une dispense d'âge pour se faire nommer directeur. La distinction du général Macors, si risible qu'elle fAt, exprimait un sentiment que beaucoup de gens partageaient et qu'il eût été imprudent de blesser et de soulever. Bonaparte ne trompait personne et n'outrageait ni la raison ni la vérité en prenant, pour sauver et relever la France, les
formes et les moyens qu'elle devait thiuver le plus acceptables.