LIVRE CIMQUIKME
permettaieat de le supposer facile à enlever. Celte difficulté y une fois surmontée, eut un effet avantageux.
» S'il eût été tout à fait impossible de faire passer l'artillerie par la ville de Bard, l'armée française aurait- elle repassé le grand Saint -Bernard? Non; elle aurait également débouché jusqu'à Ivrée , mouvement qui eût nécessairement rappelé Mêlas de Nice. Elle n'avait rien à craindre , même sans artillerie , dans les excellentes positions que lui offrait l'entrée des gorges, d'où, protégeant le siège du fort de Bard, elle en eût attendu la prise. — Ce fort est tombé naturellement au pouvoir des Français le l*' juin; mais il est probable qu'il eût été pris plus tôt, s'il avait arrêté le passage de l'armée, et qu'il en eût attiré tous les efforts, au lieu de ceux d'une brigade de conscrits, commandée par le général Chabran, qui avait été laissée pour en faire le siège. Ce dernier corps avait passé par le petit Saint-Bernard. » {Mémoires de Napoléon, VI, 207, 208, 209, 210.)
Que devient , en présence de ce témoignage , la prétention de Marmont d'avoir empêché la campagne d'échouer, en levant par la hardiesse de ses conceptions et la promptitude de son initiative des obstacles que le chef de l'armée n'avait su ni prévoir ni écarter? Le Premier Consul connaissait parfaitement l'existence du fort de Bard et du passage praticable du petit Saint-Bernard ; et la prise de ce
fort ne pouvait être , en aucun cas , assez diflBcile ni assez retardée pour déranger les plans de Napoléon et compromettre les succès des troupes françaises.
Mais le blâme de l'orgueilleux artilleur ne s'arrête pas là. Marmont s'est bien promis de ne laisser aucun répit au héros qu'il surveille , et il ne cessera pas d'opposer la sagesse de ses propres vues, et l'habile et heureuse conduite de ses opérations personnelles j aux fautes et aux imprudences du grand capitaine.
Cependant , avant d'aborder la critique des dispositions du Premier Consul dans les plaines de l'Italie , il profite de l'entrée des Français à Milan pour faire acte de courtois ennemi, sinon de prévoyant ami, envers les proconsuls de l'Autriche en Lombardie.
« Le gouvernement autrichien , dit-il , si doux , si paternel , a toujours été accusé , mais à tort , par les Italiens, d'être dur et fiscal pour l'Italie. C'est un fait dont depuis j'ai constaté la fausseté; mais le peu de sympathie existant entre le caractère des Allemands et celui des Italiens suffit pour expliquer l'injustice et la mauvaise foi de leurs plaintes. » (II, 122.)
Bien que cette flatterie adressée au gouvernement autrichien ait été mêlée aux souvenirs des demiei*s