‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 81 sur 207 · LIVRE CINQUIEME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIEME

paraissait une chose impossible. Ou s'était pourvu d'un grand nombre de mulets; on avait fabriqué une grande quantité de petites caisses pour contenir les cartouches d'infanterie et les munitions des piè^ ces'. Ces caisses devaient être portées par les mulets, ainsi que des forges de campagne , de sorte que la difficulté réelle à vaincre était le transport des pièces. Mais on avait préparé à l'avance une centaine de troncs d'arbres, creusés de manière à pouvoir recevoir les pièces , qui y étaient fixées par les tourillons; à chaque bouche à feu ainsi disposée, cent soldats devaient s'atteler; les afiFAts devaient être démontés et portés à dos de mulets. Toutes ces dispositions se firent avec tant d'intelligence par les généraux d'artillerie Gassendi et Marmont , que la marche de Tartillerie ne causa aucun retard. » {Mémoires de Napoléon, VI, 203, 204.)

C'est ainsi que FEmpereur trahi retraçait à Sainte- Hélène le passage du Saint-Bernard ^ et qu'il s'honorait en glorifiant les anciens services du général qu'il avait dû accuser ensuite de trahison. Napoléon, digne, impartial, magnanime^ est dans son rôle; Marmont, se montrant dépourvu^ en parlant de Napoléon, de toutes les qualités qui distinguaient le grand homme, est dans le sien.

« Le Premier Consul, ajoutent les Mémoires de

Sainte-Hélhne ^ déjà arrivé à Aoste, se porta aussitôt

devant Bard; il gravit, sur la montagne de gauche,

le rocher Albaredo , qui domine à la fois et la ville et le fort 9 et bientôt reconnut là possibilité de s'emparer de la ville. Il n'y avait pas un moment à perdre. Le 25, à la nuit tombante, la SS*' demi-brigade, conduite par le chef Dufour, escalada l'enceinte et s'empara de la ville, qui n'est séparée du fort que par le torrent de la Doria. Vainement toute la nuit il plut une grêle de mitraille, à une demi -portée de fusil , sur les Français qui étaient dans la ville ; ils s'y maintinrent , et enfin , par considération pour les habitants , le feu du fort cessa. <c L'infanterie et la cavalerie passèrent un à un par le sentier de la montagne de gauche qu'avait gravie le Premier Consul , et où jamais n'avait passé aucun cheval ; c'était un sentier connu seulement des chevriers.

)) Les nuits suivantes, les officiers d'artillerie, avec une rare intelligence, et les canonniers, avec la plus grande intrépidité, firent passer leurs pièces par la ville. Toutes les précautions avaient été prises pour en cacher la connaissance au commandant du fort; le chemin avait été couvert de matelas et de fumier, etc., etc.

» Cet obstacle , dit Napoléon , fut plus considérable que celui du grand Saint-Bernard lui-même, et cependant ni l'un ni l'autre ne retardèrent d'un seul jour la marche de l'armée. Le Premier Consul connaissait bien l'existence du fort de Bard, mais tous les plans et tous les renseignements à ce sujet

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