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complet et, il faut le dire, inespéré. Jamais la fortune n'intervint d'une manière plus décisive ; jamais général ne montra plus de coup d'oeil, plus de vigueur et d'à-^propos que Kellermann dans cette circonstance, »(II, i33, 434,)
Personne n'a jamais songé à contester à Kellerniann sa glorieuse participation au gain de la bataille de Marengo. Mais est-il exactement vrai que cette grande victoire soit due e:^clusivement à la charge de ce général et à la salve de Marmont, merveilleusement aidées par la fortune; et faut-il distraire aussi les trophées de Marengo comme le drapeau d'Arcole du glorieux bilan de Napoléon?
Le duc de Raguse a beau faire , l'histoire ne changera pas la brillante page où elle a inscrit le nom de Marengo à côté de celui de Bonaparte. Les Mémoires du grand homme sont là d'ailleurs pour maintenir le respect de la tradition nationale et l'inviolabilité de l'histoire. Oui, sans doute, l'éparpillement de quelques corps de l'armée française avait mis les chances de la victoire du côté de l'armée autrichienne , Napoléon l'a reconnu expressément, {Mémoires de Napoléon^ VI, 233.) Mais ce n'était pas en exécution d'ordres émanés de lui , ni en vertu d'instructions transmises à ses lieutenants eu Ligurie, que les troupes de Masséna et de Suchet se trouvaient éloignées du champ de bataille. {Mémoires de Napoléon y VI, 222.) Il pressa, au con-
traire y leur ralliement autant qu^ille put, et quand il désespéra de le voir s'eflFectuer à temps, il fit ses préparatifs de combat en ne comptant plus que sur ses propres forces. La supériorité numérique des Autrichiens , surtout en cavalerie , sans ébranler sa confiance y le portait naturellement à éviter tout engagement sérieux aussi longtemps que les corps disséminés ne seraient pas venus le rejoindre. Mais quand le généralissime autrichien , craignant d'être enfermé dans le Piémont entre Tarrnée française de Lombardie et les troupes républicaines devenues libres par la capitulation de Gènes, résolut d'attaquer le Premier Consul avant la jonction de ces troupes, Bonaparte accepta et soutint le combat, sans cesser d'être un instant à la hauteur de son génie et de sa renommée.. « Instruit par la vivacité de la canonnade , disent ses Mémoires ^ que l'armée autrichienne attaquait, il expédia sur-le-champ l'ordre au général Desaix de revenir avec son corps sur San-Juliano. Il était à une demi-marche de distance sur la gauche.
» Le Premier Consul arriva sur le champ de bataille à dix heures du matin, entre San-Julismo et Marengo. L'ennemi avait enfin emporté Marengo, et la division Victor, après la plus vive résistance, ayant été fo;rcée, s'était mise dans une complète déroute. La plaine sur la gauche était couverte de nos fuyards , qui répandaient partout l'alarme , et
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même plusieurs faisaient entendre ce cri funeste : Tout est perdu !
» Le corps du général Lannes , un peu en arrière de la droite de Marengo, était aux mains avec l'ennemi, qui, après la prise de ce village, se déployant sur sa gauche, se mettait en bataille devant notre droite qu'il débordait déjà. Le Premier Consul envoya aussitôt son bataillon de la garde consulaire^ composé de huit cents grenadiers y r élite de l'armée^ se placer à cinq cents toises sur la droite de Lannes ^ dans une bonne position pour contenir l'ennemi. Le Premier Consul se porta lui-même , avec la 72® demi-brigade^ au secours du corps de Lannes , et dirigea la division de réserve Carra Saint-Cyr sur l'extrême droite à Castel- Ceriohy pour prendre en flanc toute la gauche de
l'ennemi*
» Cependant^ au milieu de cette immense plaine^ l'armée reconnaît le Premier Consul, entouré de son état-major et de ^00 grenadiers à cheval ^ avec leurs bonnets à poil; ce seul aspect suffit pour rendre aux troupes l'espoir de la victoire : la confiance renaît ^ les fuyards se rallient sur San-Juliano , en arrière de la gauche du général Lannes. Celui-ci ^ attaqué par une grande partie de l'armée ennemie ^ opérait sa retraite au milieu de cette vaste plaine avec un ordre et un sang- froid admirables. Ce corps mit trois heures pour faire en arrière trois quarts de lieue , exposé en entier au feu de mitraille de quatre-vingts bouches à feuj
dans le temps que^ par un mouvement inverse^ Carra Saint'Cyr marchait en avant sur l'extrême droite et tournait la gauche de V ennemi.
f) Sur tes trois heures aprh-^idi, le corps de Desaiœ arriva : le Premier Consul lui fit prendre position sur la chaussée, en avant de San-Juliano. » {Mémoires de Napoléon, VI, 233, 234, 236.)
Ce fui donc à trois heures, et non vers cinq heures, que la division Boudet rejoignit l'armée et put prendre part à Taction. A ce moment sans doute la bataille était loin d'être gagnée; la division Victor était à peine ralliée , et la division Lannes opérait sa retraite ; mais le Premier Consul avait déjà fait disparaître tout symptôme de déroute et porté Tespoir dans tous les rangs par son attitude héBOïque et ses habiles dispositions. Tandis que Lannes se retirait lentement et en bon ordre , un autre lieutenant de Bonaparte, Carra Saint-Cyr> marchait en avant et tournait Tennemi. Une division intacte, sous les ordres d'un chef tel que Desaix, survenant après que le Premier Consul avait ranimé tous leé courages et au milieu de manœuvres sagement combinées et vaillamment exécutées, devait décider la victoire; c'est ce qui arriva.
te La division Victor, dit Napoléoû , s'était ralliée , et brûlait d'impatience d'en venir de nouveau aux mains. Toute la cavalerie de l'armée était massée en avant de San Juliano , sur la droite de Desaix , et en