LIVRE CINQUIÈME
arrière de la gauche du général Lannes. Les boulets et les obus tombaient sur San-Juliano ; une colonne de 6,000 grenadiers de Zach en avait déjà gagné la gauche* Le Premier Qomul envoya l ordre au général Desaiœ de se précipiter y avec sa division toute fraîche^ sur cette colonne ennemie é Desaiœ fit aussitôt ses dispo* sitionspour exécuter cet ordre; mais comme il marchait à la tête de 200 éclaireurs de la 9® léghre^ il fut frappé d'une halle au coBur^ et tomba roide mort ' , au moment
* Le duc de Raguse ne se lasse pas de tout exploiter au profit de sa jalouse malyeillance. n rattache à la mort de Desaix un mot de naïveté égoïste quHl attribue à Pun des aides de camp de ce général , Savary, depuis duc de Rovigo. « A la fin de la bataille, dit-il , au milieu de ma grande batterie, il me demanda où était le général Kellermann auquel il portait des ordres , et je le lui indiquai ; le lendemain , causant avec lui de la mort du général Desaix : « C'était pendant que je vous parlais » hier que cela s'est passé , me dit-il ; quand je suis revenu et que je M l'ai trouvé mort , jugez quelle a été ma sensation ; et je me suis dit to tout de suite : Qu'est-ce que tu vas devenir P »
« Quelle naïveté , ajoute Marmont , et quelle candeur dans l'égoïsme ! tî*est à IHnstant où il voit mourir son général , son protecteur, son père a^optif, son ami» un homme déjà illustre, c'est alors que toutes ses pensées et ses sensations se concentrent sur lui-même ; l'impression que je reçus en ce moment ne s'est jamais effacée , et je n'ai pas pu me refuser à la consigner ici. » (H, 140.) -^ Marmont n'a jamais rien, eh effet, à refuser à l'esprit de diffamation systématique qui l'anime contre ses anciens compagnons d'armes. Mais où sont les garants de sa véracité? Savaî7 d'ailleurs , tout en pleurant avec l'armée entière la grande perte que faisait le pays, put bien ajouter à ses larmes comme patriote l'expression de sa douleur particulière comme aide de camp , ami , protégé, fils adoptif du héros si fatalement enlevé à la France , et s'affliger pour son atenir personnel d'un événement qui le fmppait plus que tout autre à raison même des titres que lui donne Marmont , sans montrer dans ses émotions cette promptitude de calcul dont celui-ci a voulu faire un sujet de scandale pour sa propre sensibilité toujours si délicate^
192 RÉFUTATION DES MEMOlRIilS DU DUC DE RAGUSE.
OÙ il venait d'ordonner la charge : ce coup enleva au Premier Constd riiomme qu'il jugeait le plus digne de devenir son lieutenant.
» Ce malheur, ajoute Napoléon , ne dérangea en rien le mouvement , et le général Boudet fit passer facilement dans Tàme de ses soldats ce vif désir dont il était lui-même pénétré de venger à l'instant un chef tant aimé. La 9"^ légère , qui, là, mérita le titre d'incomparable, se' couvrit de gloire. En même temps le général Kellermann , avec 800 hommes de grosse cavalerie , faisait une charge intrépide sur le milieu du flanc gauche de la colonne : en moins d'une demi-heure ces 6,000 grenadiers furent enfoncés, culbutés, dispersés; ils disparurent.
)) Le général Zach et tout son état-major furent faits prisonniers.
» Le général Lannes marcha sur-le-champ en avant au pas de charge. Carra Saint-Cyr, qui, à notre droite, se trouvait en potence sur le flanc gauche de l'ennemi , était beaucoup plus près des ponts sur la Bormida que l'ennemi lui-même. Dans un moment, l'armée autrichienne fut dans la plus épouvantable confusion . Huit à dix mille hommes de cavalerie , qui couvraient la plaine , craignant que la cavalerie de Saint-Cyr n'arrivât au pont avant eux , se mirent en retraite au galop, en culbutant tout ce qui se trouvait sur leur passage. La division Victor se porta en toute hâte pour reprendre son champ de bataille