VI
Marmont , qui accusait naguère les Italiens d'injustice envers l'Autriche, dont il vantait la domination douce et paternelle^ aflTecte , après Marengo, la sympathie la plus vive pour l'indépendance entière de ritalie. Il ne faut point s'en étonner. En prenant parti pour l'affranchissement complet de lit Péninsule et pour l'établissement de l'unité italienne, il se fait plus libéral que le fondateur des républiques de la Ligurie et de la Cisalpine , et il se crée ainsi un prétexte d'accuser le héros , accueilli partout en libérateur, d'avoir trompé les vœux et les espérances de l'Italie par une émancipation partielle et mensongère. « En calculant toujours froidement les intérêts de son orgueil et leur sacrifiant tout , dit Marmont , il s'est procuré momentanément des jouissances, mais il les a payées cher. Il a compté pour rien le vœu légitime des peuples , et plus qu'un autre il en connaissait l'efiicacité > car primitivement sa puis*"
i9& RÉFUTATION DES IIËMOIRES DU DUC DE RAGUSE.
sance n'avait pas eu d'autre base. Les Italiens, si remarquables par leurs lumières, par leur esprit, par la douceur de leurs mœurs , si riches par la possession du sol le plus fertile de l'Europe , si favorisés par le plus délicieux climat , si grands par le souvenir de ce qu'ils ont été , ne formaient alors , ne forment encore qu'un vœu , qu'un désir, n'ont qu'un besoin ; c'est de devenir une nation , de retrouver l'indépendance politique qu'ils ont perdue depuis tant de siècles d'oppression , et de voir réunies en un tout compacte tant de parties homogènes. Leur langue est la même ; les plus hautes montagnes ou la mer les environnent de toutes parts, et ils possèdent tous les moyens nécessaires à leur conservation , à leur défense, à leurs besoins. Si Bonaparte, s' élevant au-dessus d'une politique vulgaire et d'une ambition commune , avait rempli ce vœ.u , avait fondé , sans arrière-pensée et dans l'intérêt prbpre de ce pays, un grand État en Italie, la France eût trouvé en cette puissance une alliée fidèle , contribuant puissamment à maintenir sa suprématie en Europe et le repos du monde. Cest dans V intérêt et Vhonneur des peuples que sont les bases d'une politique durable : mais c'est un langage que Bonaparte n'a jamais compris. » (II , 1 46.)
On ne saurait trop applaudir à cette conversion si brusque et si libérale de l'apologiste de la politique autrichienne en Italie. Le duc de Raguse proclame