LIVRE CINQUIKME
d'ailleurs un principe qui n'est contesté par personne. L'intérêt et l'honneur des peuples doivent être les seuls guides des gouvernements qui aspirent à la durée. Mais est -il vrai que Bonaparte n'ait jamais compris ce langage ? Marmont ne se lasse pas de reproduire cette accusation capitale contre Napoléon; il veut à tout prix que le grand homme disparaisse pour faire place à l'ambitieux égoïste. Quand le conquérant de Tltalie porte ses vues bien haut et bien loin , il lui reproche de toucher à l'extravagance par l'exagération de ses projets et de ses espérances ; quand le négociateur de Léoben , vainqueur à Marengo, persiste, en homme d'Etat, à tenir compte des nécessités temporaires ou locales et à graduer l'émancipation italienne , il ne voit plus en lui que le timide praticien d'une politique vulgaire ; et , dans les deux cas , voisin de la folie ou esclave de la routine. Napoléon n'est jamais, sous la plume de son détracteur inintelligent ou déloyal, que le serviteur passionné de son intérêt particulier et de sa grandeur personnelle. Marmont n'a pas compris que cette personnalité gigantesque n'est parvenue à dominer tant d'autres personnalités, douées de brillantes qualités et dévorées d'ambition , que parce que l'intérêt individuel se confondait en elle avec l'intérêt général, et que le moi n'était si exigeant, si opiniâtre et si hautain dans Napoléon que parce que le héros, s'identifiant de bonne heure avec la nation.
se considérait comme la tête et le cœur de la France 9 en même temps qu'il regardait la France comme la tête et le cœur de TEurope et du monde civilisé.