‹ Réfutations des mémoires du maréchal Marmont, duc de RaguseChapitre 97 sur 207 · UVRE SIXIEME · texte numérisé non relu

UVRE SIXIEME

illicites. Ses revenus, en dotation, se sont montés jusqu'à un million cinq cent mille francs. Homme d'ordre , mainteiiant la discipline dans ses troupes , pourvoyant à leurs besoins avec sollicitude , il était juste mais dur envers les officiers, et n'en était pas aimé. Il ne manquait pas de bravoure, avait une intelligence médiocre , peu d'esprit , peu d'instruction et de talent, mais une grande persévérance , un grand zèle , une grande surveillance , et ne craignait ni les peines ni les fatigues. D'un caractère féroce, sous le plus léger prétexte et sans la moindre forme , il faisait pendre les habitants des pays conquis. J'ai vu, aux environs de Vienne et de Presbourg , les chemins et les arbres garnis de ses victimes.

» En résumé , son commerce était peu sûr. Tout à fait insensible à l'amitié, il n'avait aucune délicatesse sociale ; tous les chemins lui étaient bons pour aller à la faveur, et rien ne lui répugnait pour la conquérir. C'était un mameluk dans toute la force du terme, vantant sans cesse son dévouement. Il reçut une fois une bonne réponse dfe Junot, qui, jaloux des biens sans nombre dont l'Empereur le comblait , lui dit t i( Mais dites donc , au contraire , que c*est l'Empereur qui vous est dévoué. )> Ce dévouement, dont il faisait toujours parade, il le portait dans ses expressions jusqu'à l'abjection. Nous étions à Vienne, en 1809; l'on causait dans un

moment perdu , comme il y en a tant à l'armée , et le dévouement était le texte de la conversation. Davout, suivant son usage ^ parlait du sien, et le mettait au-dessus de tous les autres : ce Certainement , dit -il 9 on croit avec raison qne Maret est dévoué à l'Empereur; eh bien, il ne l'est pas au même degré que moi. Si l'Empereur nous disait à tous les deux : « Il importe aux intérêts de ma po- » litique de détruire Paris sans que personne n'en » sorte et ne s'en échappe, » Maret garderait le secret, j'en suis sûr; mais il ne pourrait pas s'empêcher de le compromettre cependant, en faisant sortir sa famille ; eh bien , moi , de peur de le laisser deviner, j'y laisserais ma femme et mes enfants. » Voilà quel était Davout. » (II, 190, 191, 192, 193, 194, 195.)

Ce portrait a été tracé dans un accès de vengeance ou de jalousie fébrile. Davout était dur, mais sans être cruel ; dévoué à l'Empereur, mais sans le séparer de la France, et sans lui sacrifier les droits de l'honneur ni les sentiments les plus sacrés de l'humanité. Essayer de faire de lui un espioti^ un barbare^ un mameluk dans toute la force du terme , c'est entreprendre ce que tout soldat de la grande armée eût repoussé avec indignation, et ce qui ne pouvait tenter que le maréchal qui avait trahi son pays et son bienfaiteur à Essonne, tandis que soti collègue, si horriblement défiguré, défendait à Ham-

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