LIVRE SIXIEME. 2i
bourg le drapeau de la révolution et les aigles de l'Empire. Davout se serait vanté, en 4809, d'être tout prêt, si les intérêts de la politique impériale l'exigeaient, à détruire Paris sans que personne pût en sortir ni s'en échapper, pas même sa femme et ses enfants ! Mais, en 1 81 5, Davout démentit par sa conduite , aussi prudente que patriotique , ce servilisme sauvage et cynique dont Marmont l'accuse. Il fut placé, à cette époque, entre les exigences de la politique de Napoléon et le salut de la population parisienne, et, sans rien rabattre de son attache^ ment pour l'Empereur, il ne cessa pas d'opiner et d'agir pour la conservation de Paris, bien que ce parti fût combattu par les généraux et les hommes d'État qui n'avaient pas encore perdu tout espoir d'une résurrection impériale.
§ III
La paix de Lunéville était signée ; Marmont re* vint à Paris, et reprit ses fonctions au conseil d'État. II s'occupa aussi de l'artillerie , et proposa à ce sujet des observations si remarquables , que le Premier Consul exprima le désir qu'elles lui fussent soumises par écrit. Marmont rédigea en effet un memoire fort développé ^ qui eut un succh complet auprès de lui. (II, 196.)
« A cette époque, le Premier Consul s'occupa du
rétablissement du culte ; il vit mieux et de plus haut que tout le monde, car son succès fut complet , et cependant il fut presque seul de son avis ; tout ce qui avait marqué dans la révolution y et les militaires en particulier, reçurent fort mal le projet; mais rien n'en arrêta Texécution. Le Premier Ck)nsul avait jugé le culte public dans le goût et les besoins de la nation; j'avais été frappé de Firritation de quelques-uns de mes camarades, et, quoique je n'aie jamais été à l'irréligion, que j'aie souvent même envié le bonheur de ceux dont la croyance est profonde, à cause des consolations qu'ils en tirent, je partageais leurs préventions. L'établissement d'un clergé comme corps, avec sa puissance, sa hiérarchie et ses distinctions , était si éloigné de tout ce qui avait précédé et paraissait une chose si . nouvelle, que j'en parlai au Premier Consul, et lui exprimai mes doutes. Il eut avec moi une conversation fort longue sous les grands arbres de la Malmaison; il me démontra que la France était religieuse et catholique, que la seule manière d'être maître du clergé et de diriger son influence était de le rétablir, de l'organiser, de l'honorer et de pourvoir à ses besoins; il ajouta : ce Quand cela sera » fait , mon pouvoir sera doublé en France , et y> j'aurai pris racine dans le cœur du peuple. » (II, 198, 199.) Le sceptique ne se tint pas pour battu. Il fit va-