‹ Regain: La vie parisienneChapitre 1 sur 36 · LIBRAIRIE NOUVELLE · texte numérisé non relu

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BOULEVAUD DES ITALIENS, 15, EN FACE DE LA MAISOK DORÉE T.a Iraduclion et In reproduction sont réservées

Begain..« Quel est ce livre? que veut-il?

G*est la question que chacun va faire avant de le lire.

La loyauté de Tauteur lui commande de répondre tout d'abord que ce livre n'était pas nécessaire, qu'on ne l'attendait pas, que celui qui l'attendait peut-être lo moins, c'est l'auteur lui-même.

Les pages qu'on va lire ont reçu déjà, dans les recueils accrédités, une hospitalité d'autant plus gracieuse, sans

doute, qu'elle était demandée plus discrètement; mais, quoique déjà elles aient été imprimées, elles s'eflBrayent un peu de l'idée qu'elles vont être brochées.

L'anonyme, le pseudonyme, les étoiles, toutes les rubriques de l'humilité, les ont jusqu'ici protégées ; elles avouent aujourd'hui leur paternité.

Une loi mystérieuse de la nature veut que la femme , même la moins belle, à un jour, à une heure de la jeunesse, illumine tout à coup son visage d'un charme qui la fait aimer : cette transfiguration fugitive, cette beauté d'un moment, s'appelle la beauté du diable.

Tout homme qui a écrit ne peut-il pas compter que ^ la nature, appliquant à l'ordre moral quelques-unes de ses lois de l'ordre matériel, lui a réservé aussi, dans la jeunesse de son esprit, ce jour, cette heure de séduction, ce don passager qu'il appellera ï esprit du diable?

Et si ce livre, intitulé Regain, n'a d'autre prétention que celle de rappeler quelques bonnes fortunes littéraires dues à la jeunesse, à l'à-propos, aux encouragements d'une époque bienveillante et polie, n'a-t-il pas justifié son titre? •

La peinture de nos' mœurs avant 1848, les tableaux

de notre dernière yie parisienne, les récits familiers de voyages d'agrément, les souvenirs de tbéfttre, les apei^ çus moraux, politiques, philosophiques, quelquefois futiles, aussi souvent sérieux, enfin tout le regain amassé dans ce volume ne méritait pas d'être recueilli^ si l'on ne doit reconnaître aucune valeur à ces œuvres qui se glissent obscurément et au hasard dans les interstices de la littérature d'une époque , pour en relier les gran* des œuvres, comme le silex broyé cimente les pierres sculptées d'un édifice.

A côté des historiens se rencontrent toujours les chroniqueurs, les conteurs, parfois assez heureux pour prendre plus tard la place des premiers. L'histoire a des hautenrs et des dédains qui laissent le champ Ubre aux moralistes, aux observateurs, à tous ces esprits faciles, actuels, opportuns, même incorrects, qui Jettent la lumière et la couleur sur des coins oubliés du tableau social. La modestie de leur rang, la diversité de leurs travestissements, leur assurent des trouvailles qui deviennent précieuses plus tard pour les curieux et les érudits.

Grands seigneurs spirituels, écrivains familiers, soldats causeurs , poètes satiriques ; moûies savants ou

gaillards, femmes lettrées, peu importe le rai^ ou le sexe, ont fourni à Tbistoire de tous les temps cet ap* poiut anecdotique qui la complète, ce yètement intime qui habille sa nudité.

' Ce droit de bavardage, ce don de causerie, o^t quitté la ruelle et échappé aux petits abbés. De nos jours, c'est un peu la mission et le goût de chacun d'observer son temps, de le raconter, de le railler même, avec l'espçir de le moraliser,

La part de ce livre sera équitablement faite si on lui donne, au milieu des œuvres littéraires contemporaines, le rang que tient dans Fart de la peinture le croquis.

LA

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