‹ Regain: La vie parisienneChapitre 10 sur 36 · EUGÈNE · texte numérisé non relu

EUGÈNE

» Commis da Chevai de bronze, » boQleyard dès Italiens.»

Ils croient, les pauvres petits, qu'après le spectacle la chanteuse va jeter les éclats de sa voix à travers le bruit et les fumées d'un souper, et broder de gammes chromatiques le refrain d'une chanson à boire ;

Que la danseuse ne dit pas un mol, ne reçoit pas un baiser, sans faire un rond de jambe ;

Qu-elle bondit dans son appartement, qu'elle bat un entrechat pour prendre son châle dans une armoire, arroïkiit une suave pirouette pour fermer la porte, et ne s'avdnœ jamais vers son amant, mollement couché sur un divan, sans exécuter deux pas dé basque et lui préenter une corbeille de fleurs.

Frétillon leur apparaît toujours insouciante, rayonnante, généreuse, sablant le Champagne^ et loulani sa ^ie dans un torrent de folie et de gaieté.

Ils n'imagineront jamais que la chanteuse, ayant passé la journée à filer des sons (exercice tellement odieux aux voisins qu'il est une cause de résiliation de bail), chanté péniblement le soir dans trois ou cinq actes, sort furtivement de son tliéâtre, enveloppée de vêtements chauds, et va se réfugier dans son lit, contre les maux de gorge, extinctions de voix, et autres calamités qui affligent la gent musicienne ;

Que la danseuse se pré*pare le matin par mille contorsions hideuses, telles que plies, battements, qui Texténuent,»rétouffent, la noient de sueur, aux grâces et aux succès de la représentation ;

Que, semblable au cheval de course, elle est ensevelie sous des monceaux de châles en rentrant dans la coulisse, — et remonte péniblement, — sans vigueur, — sans légèreté, — sans sourire, trouver dans sa loge un peu de repos, et payer par une heure de suffocation un petit effet couronné d'applaudissements.

Quant à Frétillon, c'est une femme spirituelle à l'excès, mais non moins mélancolique, qui étudie laborieusèment douze rôles par an, subit quatre heures fc répétition par jour, et dîne bourgeoisement à cinq heures, parce qu'elle joue dans deux ou trois pièces.

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Voilà la vérité, la vérité aussi prosaïque, aussi insignifidDte qu'un décor vu de près.

Allez la dire, cette vérité, aux provinciaux, aux lycéens, aux mineurs, clercs d'avoué, clercs de notaire, élèves des écoles, à toute cette génération de vingt dns qui voit la vie colorée d'un arc-en-ciel de plaisirs.

Pour qui le théâtre est un enfer de voluptés, un capharnaûm de jouissances ;

Pour qui les danseuses sont des houris, des sylphides, des sultanes, des nymphes, des êtres dorés, ailés, élhérés, gazeux, des papillons radieux, des insectes diaprés, fragiles, méprisant la terre, volant dans l'espace à travers une atmosphère d'essence de Portugal, de patchouli, de vanille et de bouquet.

Ces infortunés novices ouvrent leurs naseaux vierges quand vous parlez d'un premier sujet ; leurs oreilles rouges et duvetées se dilatent pour recueillir un détail de sa vie. Ils frémissent d'une jalousie sourde s'ils savent que vous parlez à ce premier sujet, que vous touchez, quand il vous plaît, l'étoffe de sa robe; ils vous assassineront d'envie s'ils apprennent que vous lui baisez quelquefois la main.

Être admis dans un théâtre quelconque, chez madame Saqui, par exemple, leur paraît au-dessus d'une présentation dans un salon du meilleur monde.

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Pour eux, les coulisses d'un théâtre royal, c'est le paradis... de Mahomet, bien entendu ;

£t si, sans aucun ménagement, sans préparation, tous leur offriez de les conduire dans les coulisses de l'Opéra, ils tomberaient la face contre terre, frappés de vertige, asphyxiés de bonlieur.

11 faut convenir que les grandes fredaines de nos pères n'ont pas médiocrement servi à poétiser l'existence des femmes de théâtre ; on nous a si souvent parlé de marquis ruinés par les danseuses, de fermiers généraux, pressurés, tordus comme des éponges, jusqu'à la dernière parcelle d'or, de grands seigneurs pailletés qui mangeaient leurs patrimoines avec des Gamargo, des Guimard, nai^ant à'souper Dieu et le roi, secouant la poudre de leur^ perruques sur des sofas à ramages !

Ces amours fardés, en paniers, en mules, en robes de pékin, ces amours rocaille étaient l'histoire de la Ville et de la cour.

Ce fut assez longtemps l'iiistoire de France.

Avoir une comédienne était un luxe si indispensable, que le maréchal de Saxe,^ cet homme de sabre, cet Hercule qui, d'un coup de poing, envoyait un boxeur dans un tombereau de boue, aux grands applaudissements de la populace de L(wlres, le maréchal de Saxe se fit amener madame Favart juscpie dans la tranchée de Maëstricht.

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Ainsi, jusqu'à la fin du dix-huitième siècle, c'était Tusage. Les ducs et pairs, les mousquetaires, les cadets de famille, les petits abbés trouvaient chez les comédiennes le plaisir, la ruine et l'esprit, toutes choses aristocratiques que la Révolution sépara si bien de la profession du théâtre, que les pauvres actrices furent forcées de faire de l'art et rien de plus.

Cependant tous les hauts jacobins ne furent pas purs de relations de ce genre, et l'hypocrite sentimentalité de leurs principes publics donnerait unç fausse idée de leurs mœurs privées. Mais c'était de la simple débauche, sans générosité, sans grandeur, sans argent.

Une actrice célèbre, mademoiselle R..., qui avait cédé aux pressantes instances d'un terroriste fameux, crut remarquer un jour que la voix de son amant était douce, sa figure humaine; le moment lui sembla bon pour glisser une demande :

« Citoyen, dit-elle, que me donneras-tu pour ma fête?

— Je te donnerai la vie, » répondit-il.

Avec le Directoire et sa réaction reparurent les folies du luxe et les grandes dissipations.

Quelques émigrés rentrés en possession de leurs têtes et d'une partie de leurs biens non vendus, des généraux enrichis par le sac des villes ennemies, songèrent à mener joyeuse vie ;

Ce fut un débordement à n'y pas croire :

A proprement parler, on jetait Fargent par les fenêtres; les maisons de jeu regoi^eaient d'hommes passionnés qui perdaient sur \m coup de roulette tout le butin d'une campagne, les galons de leurs uniformes; les dragonnes de leurs sabres, et qui jetaient au peuple, par la fenêtre du 113, des poignées de louis prélevées sur un coup gagné.

Les restaurateurs faisaient fortune ; les hommes de ce temps4a mangeaient comme s'ils eussent fait diète depuis 93. Monsieur R. S. J. D. dépensait tout seul à son dîner cent francs, et Ton nous montrait, il n'y a pas dix ans, chezVéry, un garçon qui recevait chaque jour vingt francs d'étrennes, parce qu'il avait l'honneur de servir ce dîner de Gargantua.

* Les femmes, les actrices surtout ne furent pas négligées au milieu de ces réactions du plaisir, et les hommages les plus magnifiques vinrent s'entasser à leurs pieds.

Le faste de l'Empire et de ses grands dignitaires leur continua cette vie d'opulence et de recherche.

Or, sous le Directoire et sous l'Empire florissait la célèbre Cl...; c'était une danseuse grande, belle, au^ visage grave et voluptueux, à la taille aussi souple qu'une braiiche de saule : on disait alors que mademoiselle Georges était une belle statue, et Cl... une belle créature ; ses cheveux, blonds et purs comme de l'or, couronnaient un front mat au-dessous duquel s'enchâssaient deux

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yeux de saphir. SatètesebalançaitmoUementcommeune aigrette sur ua cou long, élégant et fier. Les amateurs du temps parlent encore, les larmes aux yeux, mais de ces larmes qui attestent le regret d'une belle sensation perdue, d'un certain mouvement de liancbe indescriptible, qui donnait à tout le corps de Cl... un frémissement d'ineffable volupté.

Quand elle levait les bras et se penchait pour commencer une pirouette, quand cette élévation des bras laissait voir librement tout le dessin du corsage, et que l'inclinaison du corps faisait saillir la hanche de cette délicieuse femme, il paraît que c'était un tableau à se brûler la cervelle.

On ne dit pourtant pas que personne lui ait fait le sacrifice de sa vie, mais on cite plusieurs individus qui lui offrirent de plus utiles holocaustes, et qui gaspillèrent des millions pour avoir le droit de l'aimer. Le plus

brillant, le plus noble, fut le prince Pignatelli, comte d'Ëgmont, Espagnol, porteur d'un grand nom, possesseur d'une immense fortune et doué des plus beaux instincts d'élégance.

Ce fut lui qui fit venir de Londres la première berline h ressorts anglais. Cette voiture, basse, commode et remarquable par sa coupe, fit dans le temps une grande impression;

Ce fut lui encore qui, au grand bal donné par les maréchaux, se présenta dans trois toilettes diff^entes»

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dont la richesse défraya les conversations de toute une semaine.

Dans le cours de ses galantes prodigalités, le prince Pignatelli devait rencontrer la belle et dépensière Cl... n lui créa un état de maison éblouissant, lui fit un revenu annuel de 1,200,000 francs, lui donna les plus riches équipages pour Longchamps, dans un temps où Longchamps était quelque chose.

Mais Cl... avait le cœur si bon, l'âme si charitable, il lui arrivait si souvent, par paresse, par générosité, de donnera son cordonnier 1,000 francs d'une paire de souliers pour n'avoir pas à changer un billet ;

Elle était si compatissante aux misères de la petite population théâtrale, des comparses, des figurantes, des choristes, que les magnificences du prince Pignatelli ne suffisaient pas à tant de besoins honorables.

L'amiral espagnol Mazaredo vint aider Cl... dans ses charités, et augmenta de 400,000 francs son modeste revenu.

A ces nouvelles largesses de Mazaredo s'ajoutèrent bientôt les petites galanteries de M. Pu..., qui venait s'asseoir seulement à côté d'elle à trois heures, pendant son dîner.

Cette espèce de commensalité inactive ne se payait pas moins de 100,000 francs par an. Total 1,600,000 ou 1,700,000 francs.

58 LA VIE PARISIENN'Ë

Tiens, voilà un homme de lettres, spirituel, il n'a pas d'argent.

Tiens, voilà un jeune homme du monde, élégant, bien né ; il n'a d'argent que. ce qu'il lui en faut pour payer la stalle d'où il te lorgne. *

Tiens, voilà un homme d'affaires, un spéculateur ; il ne possède que son cabriolet.

Tiens, voilà im journaliste, un vaudevilliste, ce que tu voudras, tu as le choix; tu peux les aimer : les rui- I ner, non.

Et elle aime.

Commence alors un petit ménage illégitime. Pour ces unions les deux dots sont réglées : deux cœurs.

C'est effrayant comme on s'aime ! à la différcMice des liaisons d'autrefois, qui consistaient en visites attendues, et dont les conventions étaient : d'une part, beaucoup d'argent ; de l'autre , peu d'amour ; on se voit sans cesse, on ne se quitte pas, on se voit trop, et l'on arrête ainsi ses conditions : de l'amour tous les jours; deTargeot quelquefois.'^

Vépouœ de ce petit ménage s'identifie avec la profes- ; sion de son épouse; et, à l'inverse de ce qui se passait, quand l'actrice devenait, par les sacrifices fastueux de son protecteur, en quelque sorte une grande dame ,

C'est lui, au contraire, qui devient acteur, plus acteur même que l'actrice à qui son existence est liée.

Quand elle est sur les planches, il respire pour elle.

LA yJE PABISIENlfE 59

parle pour elle^ raccompagne du regard, la souffle quand la mémoire lui manque, s'émeut, s'agite, frissonne, passe du froid au chaud, du rouge au pâle, et joue tout seul, sans interlocuteur, un drame intime et réel*

A la fin du spectaclQ, c'est lui qui vient l'attendre, la couvrir d'une foule d'attentions et de cachenez, visiter l'agrafe de ses socques, et la hisser , avec ou sans sa mère, dans un fiacre.

Dans les petits ménages, le cachemire est une fiction, la voiture un mythe ; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.

La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.

Aux figurantes, on n'adresse même plus de ces propositions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête ; on propose un petit ménage, ou, pour mieux parler la langue pratique, d*être avec.

Encore plu» d'égards et moins d'argent.

Ce n'est plus une actrice, une femme quelque peu fonnée par une éducation indispensable, par l'étude de la déclamation ou delà musique; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'ignorance, d'une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.

On lui cherche alors des maîtres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la lan-

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Tiens, voilà un homme de lettres, spirituel, il n'a pas d'argent.

Tiens, voilà un jeune homme du monde, élégant, bien né ; il n'a d'argent que. ce qu'il Ivii en faut pour payer la stalle d'où il te lorgne.

Tiens, voilà un homme d'affaires, un spéculateur ; il ne possède que son cabriolet.

Tiens, voilà un journahste, un vaudevilliste, ce que tu voudras, tu as le choix; tu peux les aimer : les ruiner, non.

Et elle aime.

Commence alors un petit ménage illégitime. Pour ces unions les deux dots sont réglées : deux cœurs.

C'est effrayant comme on s'aime ! à la différence des liaisons d'autrefois, qui consistaient en visites attendues, et dont les conventions étaient : d'une part, beaucoup d'argent ; de l'autre, peu d'amour ; on se voit sans cesse, on ne se quitte pas, on se voit trop, et l'on arrête ainsi ses conditions : de l'amour tous les jours; de l'argent quelquefois^

V époux de ce petit ménage s'identifie avec la profession de son épouse; et, à l'inverse de ce qui se passait, quand l'actrice devenait, par les sacrifices fastueux de son protecteur, en quelque sorte une grande dame ,

C'est lui, au contraire, qui devient acteur, plus acteur même que l'actrice à qui son existence est liée.

Quand elle est sur les planches, il respiré pour elle.

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parle pour elle, raccompagne du regard, la souffle quand la mémoire lui manque, s'émeut, s'agite, frissonne, passe du froid au chaud, du rouge au pâle, et joue tout seul, sans interlocuteur, un drame intime et réel.

A la fin du spectacles, c'est lui qui vient l'attendre, la couvrir d'une foule d'attentions et de cachenez," visiter l'agrafe de ses socques, et la hisser, avec ou sans sa mère, dans un fiacre.

Dans les petits ménages, le cachemire est une fiction, la voiture un mythe ; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.

La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.

Aux figurantes, on n'adresse même plus de ces propositions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête ; on propose un petit ménage, ou, pour mieux parler la langue pratique, d'être avec.

Encore plu& d'égards et moins d'argent.

Ce n'est plus une actrice, une femme quelque peu

formée par une éducation indispensable, par l'étude de la déclamation ou delà musique; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'ignorance, d'une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.

On lui cherche alors des maîtres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la lan-

S8 LA VIE PARIâlENN'e

Tiens, voilà un homme de lettres, spirituel, il n'a pas d'argent.

Tiens, voilà un jeune homme du monde, élégant, bien né ; il n'a d'ai^nt que. ce qu'il liii en faut pour payer la stalle d'où il te loi^e.

Tiens, voilà un homme d'affaires, un spéculateur ; il ne possède que son cabriolet.

Tiens, voilà un journaliste, un vaudevilliste, ce que tu voudras, tu as le choix; tu peux les aimer : les ruiner, non.

Et elle aime*

Commence alors un petit ménage illégitime. Pour ces unions les deux dots sont réglées : deux cœurs.

C'est effrayant comme on s*aime! à la différ(mce des liaisons d'autrefois, qui consistaient en visites attendues, et dont les conventions étaient : d'une part, beaucoup d'argent ; de l'autre, peu d'amour ; on se voit sans cesse, on ne se quitte pas, on se voit trop, et l'on arrête ainsi ses conditions : de l'amour tous les jours; de l'argent quelquefois.'^

11 époux de ce petit ménage s'identifie avec la profession de son épouse; et, à l'inverse de ce qui se passait, quand l'actrice devenait, par les sacrifices fastueux de son protecteur, en quelque sorte une grande dame ,

C'est lui, au contraire, qui devient acteur, plus acteur même que l'actrice à qui son existence est liée.

Quand elle est sur les planches, il respiré pour elle.

LA VIS PàRISIBNNE 59

parle poar elle» raccompagne au regard, la souffle quand la mémoire lui manque, s'émeut, s'agite, frissonne, passe du froid au chaud, du rouge au pâle, et joue tout seul, sans interlocuteur, un drame intime et réel.

A la fin du spectacle, c'est lui qui vient l'attendre, la couvrir d'une foule d'attentions et de cacbenez,' visiter l'agrafe de ses socques, et la hisser , avec ou sans sa mère, dans un fiacre.

Dans les petits ménages, le cachemire est une fiction, la voiture un mythe ; la nourriture est assez bonne : le veau en est la base.

La mode des petits ménages s'est étendue à tous les degrés.

Aux figurantes, on n'adresse même plus de ces propositions frivoles que se permettaient des étourdis ayant de l'or à la poche et du vin à la tête ; on propose un petit ménage, ou, pour mieux parler la langue pratique, à^être avec.

Encore plus d'égards et moins d'argent.

Ce n'est plus une actrice, une femme quelque peu formée par une éducation indispensable, par l'étude de la déclamation ou delà musique; c'est un petit être joli, mais inculte, plein de grâce et d'ignorance, d'une ânerie adorable, mais inquiétante pour l'avenir.

On lui cherche alors des maîtres à bon marché, pour lui démontrer que la langue maternelle n'est pas la lan-

LA VIS PARISIENNB

11 n'y en a jamais eu qu'un de célèbre. 11 est rompu depuis quelques années. C'était un ménage modMe : on s*y battait et Ton y riait tout le jour. La Ghaussée-d' Antin a gardé le souvenir de ses querelles et de la gaieté de ses amis. J

Toute une génération contemporaine a dépensé sa verve et sa jeunesse dans cet intérieur, où lé vin était spirituel et la folie philosophique.

De l'établissement de ces petits ménages sans bruit et sans faste, il faut tirer ces conclusions :

Que souvent l'homme sort de la bonne compagnie sans que la femme«orte de la mauvaise;

Qu'on ose se donner dés vices cachés, durables et à bon marché, et qu'on n'ose pas afficher des vices éclatants, magnifiques et passagers;

Et, comme l'a dit Etienne Bequet,

Que tout célibataire est plus ou moins marié.

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