‹ Regain: La vie parisienneChapitre 24 sur 36 · QUE, ESTA · texte numérisé non relu

QUE, ESTA

M. N. y M. Jj, provincia de Guipuzcoa y el ayuntamiento constitucional de la M. N, Y M. L. ciudad, ofrecen con el plausible motivo de la Estancia de SS. MM. Y A.

{Suivent les détails jour par jour.)

Un Paseo, — una Serenata, — unà Pesca, — Corrida de toros,

Carrera de lanchas, etc., etc,

L'Espagne est à ma porte, l'Espagne des poètes 1 J'entends les fanfares de la corrida, le beuglement des taureaux immolés ; mes yeux se ferment à la réalité pour se complaire dans une vision d'éventails, de basquines, de majos et de manolas.

Je deviens curieux, écolier, m'approvisionne d'illusions et pars pour Saint-Sébastien.

Déterminé à me laisser surprendre par toutes les émo-

tions qui viendraient me chercher, j'éprouvai en traversant la Bidassoa le léger frisson qui crispe toujours la peau du Français tournant le dos à sa patrie.

Je sais depuis longtemps que les frontières des États ne sont pas fixées au moyen d'une grande raie qui les sépare, que les territoires limitrophes se ressemblent, que c'est par des gradations insensibles que les nations arrivent à différer les unes des autres ; le Strasbouigeois est aussi Allemand que le Badois, le Bayonnais aussi Espagnol que le Béhobien.

Je ne pus cependant me dissimuler que le soldat placé à la partie sud du pont de la Bidassoa était habillé de vert, conséquemment Espagnol; et, quoique les blés fussent jaunes, le ciel bleu, comme de l'autre côté, je reconnus à des riens, à certains visages, au harnachement d'une mule, à la forme d'une charrette, que je voyageais hors de France. D'ailleurs, je ne voyais plus de blouses, ces vilaines blouses dont s'enveloppent le paysan et l'ouvrier de nos pays.

Je renvoie au Guide RichardipouT la description d'Irun, d'Oyarzun, d'Astigarraga et d'Ernani. C'est tout ce que j'ai vu de villes espagnoles jusqu'à Saint-Sébastien.

Tout ce pays, qui a été si longtemps le théâtre de la guerre civile, porte à peine, deux ans après, les traces des désastres inouïs qui l'ont bouleversé.

Les seuls faubourgs de Saint-Sébastien montr*ent des blessures qui n'ont pas été pansées : tous les murs sont

^ratignés, déchirés, troués par la mitraille et les boulets.

Mais, quelque affligeant que soit le tableau de celle désolation, il ne distrait pas vos yeux, invinciblement charmés par la vue de la ville qui s'est assise au pied d'un énoruie rocher nouant autour d'elle la mer comme une ceinture.

Je n'ai pas la prétention d'avoir fait un voyage en Espagne, et Dieu me garde de m'étendre sur la forme des cacolets, sur la coiffure des femmes, qui portent leurs immenses cheveux nattés en queue ; sur le chocolat du pays, accompagné de bolado; je ne répéterai pas toutes les apostrophes tant connues des postillons h leurs mules : Anda, chiquitakandemo picara ! On me battrait tout de suite avec l'Andalousie, la Gastille et la Manche, et Ton me prouverait, ce que j'accorde, que je n'ai pas vu l'Espagne.

Ce qui m'a entraîné hors de nos frontières, c'est moins l'appétit du pittoresque que la curiosité de voir toute la cour d'Espagne, c'est-à-dire la reine, la reine mère, les ministres, les états-majors, et ces fameuses courses de taureaux, appelées courses en vertu de je ne sais quoi. Un voyageur doit désormais se taire sur les tribulations de la table et du logement. Cela ne fait rire ni pleurer le public d'apprendre que vous avez été mal couché et mal nourri, à moins que vous ne lui racontiez des omelettes caractéristiques comme les omelettes de Lesage.

Taisons les efforts surhumains qu'il nous en a coûté pour dormir et manger, et passons à l'aspect de la ville.

11 faut d'abord dire que la présence de la jeune reine et de son auguste mère à Saint-Sébastien est un fait dont la portée politique ne peut être appréciée qu'en se reportant aux événements de la dernière guerre.

Les médecins de la reine Isabelle lui avaient conseillé les bains de Mondragon ; la reine mère et les ministres lui conseillèrent aussi un séjour dans les provinces basques réputées hostiles au gouvernement constitutionnel.

Un enthousiasme incroyable s'est manifesté à l'arrivée de la reine, un enthousiasme qui se traduisait en danses, en chants, en pleurs.

Or les Basques qui on combattu les troupes de la reine ne sont pas suspects de versatilité, mais ils se sont soumis à des conditions acceptées et observées ; ce sont aujourd'hui de très-fuièles sujets. Un pareil accueil est considéré par les hommes politiques comme un résultat immense dont peuvent se glorifier monsieur Martinez de la Rosa et le général Narvaez.

Voici jusqu'où allait la confiance du général dans la loyauté basque.

Pour la promenade au rio Urumea, il avait demandé, à l'usage de la famille royale, une barque conduite par douze rameurs ; de ces rameurs, l'un avait un œil crevé, l'autre deux doigts coupés, celui-ci une jambe de bois; tous des balafres.

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— Pourquoi, général, tout cet équipage est-il invalide ? demanda la reine,

— Madame, répondit le général Narvaez, j'ai voulu dans cette occasion que Votre Majesté fût conduite par des hommes qui ont été . blessés en combattant contre elle.

Des fêtes charmantes parleur poésie naïve ont été offertes à la reine, des courses en mer, des pèlerinages, une pêche, des joutes en barques ; du matin au soir, la ville était bouleversée par le plaisir ; car rien n'est grave et gai comme le peuple espagnol.

Sa gravité n'est pas morose, sa gaieté n'est pas turbulente. Il est grave, parce qu'il se préoccupe toujours d'être poli ; il n'est pas turbulent, parce qu'il n'est pas ivrogne.

Nous pouvions traverser la foule la plus épaisse sans avoir les coudes offensés de chocs malveillants ou les oreilles assourdies par des cris avinés, et cependant le déUre de cette population était à son comble.

Ce qui doit surprendre les étrangers parcourant aujourd'hui l'Espagne, c'est la tenue actuelle de l'armée.

Si Ton considère que le pays se relève à peine d'une crise terrible ^ que le temps a manqué pour introduire encore dans les finances publiques des réformes produc^

i Septembre 1845.

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lives, on ne saurait trop admirer le tour de force exécuté par le général Narvaez, qui a mis en si peu de temps les troupes du royaume sur un pareil pied.

La cavalerie est bien montée et très-uniforme. L'infanterie est remarquable par son bon air et son ensemble. La taille des hommes, leur allure facile, leur donnent un air de ressemblance avec nos troupes.

Ce que nous avons vu n'était pas une parade de soldats d'élite réunis pour un effet de circonstance ; l'armée entière a été réorganisée avec le même soin et la même promptitude.

Que cette digression presque politique dans un récit qui ne Test pas du tout nous soit pardonnée.

Arrivons aux combats des taureaux.

Parmi toutes les narrations de ces fêtes tant aimées du peuple espagnol, celle de Théophile Gautier, que j'ai reconnue très-exacte, avait particulièrement excité mon esprit.

Dès neuf heures du matin , la population bouillonnait dans les rues et s'écoulait en flots rapides et bruyants du côté de la place de la Constitution, disposée en arène.

Une grille, très-solidement fichée dans d'énormes charpentes, régnait autour de cette •place ; au-dessus de cette grille, de vastes gradins s'élevaient jusqu'à la hauteur des premiers étages ; des draperies ornaient le palais de Tayuntamiento; des appuis de velours garnissaient

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les balustrades; toutes les fenêtres de la place étaient disposées en loges.

Or les propriétaires de chaque maison, et par conséquent de ces fenêtres, n'y ont aucun droit dans cette circonstance ; ils n'obtiennent que la préférence s'ils veulent payer.

Le consul de France, monsieur Tastu, nous avait offert, avec une grâce exquise, la fenêtre dont il était locataire, c'est-à-dire une des meilleures, située juste en face de l'entrée du toril, par où la fameuse bête devait faire son irruption.

Monsieur Tastu était secondé, dans les soins de son aimable hospitalité, par un des secrétaires de notre ambassade à Madrid, monsieur Mercier, jeune diplomate très-instruit des affaires et desL usages de l'Espagne, et dont les explications m'ont bien préparé à l'intelligence du spectacle que j'allais voir.

Peu à peu les amphithéâtres se remplissaient; de jolis visages, enveloppés de mantilles et rafratchis par l'éventail, se montraient aux fenêtres.

A Saint-Sébastien, sur vingt femmes, on est forcé d'en admirer dix, ce qui finit par être fatigant.

^ Comme je n'ai pas voyagé à dos de mulet et n'ai pas été volé, je n'espère pas que les voyageurs enragés m'accordent que j'aie été en Espagne et que j'aie vu de jolies Espagnoles; mais je citerai des autorités du pays,

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qui classent ainsi par ordre les beautés de la Péninsule:

N^ 1. Les femmes de Cadix ;

— Les femmes de Saint-Sébastien ; N^ 2. Les femmes de Malaga; N^ 3. Les femmes de SéviUe.

Dans une réunion pareille, on n'aperçoit rien que des yeux, de grands yeux, limpides, voilés, mobiles, pensifs.

L'œil paratt être im instrument dont les ressorts se meuvent sans cesse.

Le geste est nul, la parole rare ; l'œil se charge de toute la conversation; il dit bonjour, bonsoir, oui, non; que ne dit-il pas ?

Ce travail de l'œil, qui est singulièrement attractif, sans cesser d'être cliaste, est rendu par un mot espagnol: ojear^ comme abanicar exprime le travail auxiliaire de Péventail.

Une femme qui sait ojear et abanicar avec à-propos, réserve et tact, est une femme de bonne compagnie.

Les Français, qui se croient tous charmants, se trompent souvent à ces regards, qu'ils prennent pour des provocations amoureuses et qui ne sont qu'un langage usuel.

Mais revenons :

Lorsqu'on est novice en matière de taureaux, je ne

crois pas qu'on puisse se défendre d'une très** vive anxiété aux approches de cette grande tuerie.

La solennité des apprêts redouble cette fièvre; la foule s'impatiente; Falcade-mayor monte au balcon du palais, en grand costume, ainsi que les alguazils. Ce costume est noir, grave, et n'a pas changé. C'est celui des hommes de justice que nous voyons dans les comédies de Beaumarchais.

Un corps de musique très-élégant, tout emplumé, fait le tour de la place, suivi de la ctiadrilla.

La cuddrilla est ainsi ordonnée :

Les chulos, Les banderilleros, Vespada^ Les picadores, à cheval.

Le tour de la place fini, les musiciens, qui ne jouent pas du taureau, vont se placer sur une prudente estrade.

Restent les combattants, qui, en raison de leurs fonctions diverses, vont choisir leurs places.

Tous ces hommes, excepté les picadores, vêtus tous différemment, sont costumés comme le joyeux barbier de Séville. Des galons capricieux , de folles aiguillettes, des rubans en délire, se jouent sur leurs vestes de velours; une culotte courte, blanche, chamarrée, des bas

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des Hanlos el Basses-Pyrénées. On attribue des cures merveilleuses à ces sources, à celles des Eaux-Bonnes surtout, dont la réputation s'accroît à ce point que, dans l'espace de trois mois, le célèbre docteur Darralde, la providence des. Basses-Pyrénées, aura soigné dix-huit cents maladies de poitrine, dont un grand nombre guéries, toutes^oulagées.

Cette impasse de montagnes, où se donnent rendezvous la phthisie , la laryngite, l'asthme et la pleurésie, n'est pas, comme on peut le croire, un lugubre hôpital; en peu de temps, la consolation et l'espoir ravivent des visages éteints; les malades deviennent gais, confiants, et raillent les nouveaux arrivés , qu'ils traitent de conscrits.

Cette concentration d'individus qui souffrent du même mal, loin de redoubler leurs terreurs, les aguerrit.

A Paris ou ailleurs, un homme seul, en face de la maladie ou du médecin, a peur comme une sentinelle perdue; aux Eaux-Bonnes, en grande compagnie, il est courageux comme le soldat dans les rangs du corps d'armée.

Les soins affectueux et la spirituelle amabilité du docteur Darralde aident son profond savoir : sous l'influence de sa parole, le courage se raffermit en même temps que l'excellence de sa médication relève les constitutions délabrées.

L'air des montagnes est tellement tiède, que j'ai consacré un mois entier à touraer en rond sur moi-même.

Un jour que j'étais fatigué de fainéantise, le hasard jeta sous mes yeux une grande affiche jaune illustrée d'un dessin représentant un combat de taureaux. Voici les termes de cette affiche :

SAM-SXBASTIAN

PROGRAMA DE OBSEQUIOS Y FESTEJOS

ÛU£ ESTA

M. N. y M. JL. provincia de Guîpuzcoa y el ayuntamiento constitucional de la M. N, Y M. L. ciudad, ofreeen con el plausible motivo de la Estancia de SS. MM. Y A.

[Smvent les détails jour par jour,)

€n Paseo, — una Serenata, — unà Pesca, — Corrida de toros,

Carrera de lanchas, etc., etc,

L'Espagne est à ma porte, l'Espagne des poètes! J'entends les fanfares de la corrida, le beuglement des taureaux immolés ; mes yeux se ferment à la réalité pour se complaire dans une vision d'éventails, de basquines, de majos et de manolas.

Je deviens curieux, écolier, m'approvisionne d'illusions et pars pour Saint-Sébastien.

Déterminé à me laisser surprendre par toutes les émo-

des liantes el Basses- Pyrénées. On attribue des cures merveilleuses à ces sources, à celles des Eaux-Bonnes surtout, dont la réputation s'accroît à ce point que, dans l'espace de trois mois, le célèbre docteur Darralde, la providence des. Basses-Pyrénées, aura soigné dix-huit cents maladies de poitrine, dont un grand nombre guéries, toutes^soulagées.

Cette impasse de montagnes, où se donnent rendezvous la phthisie , la laryngite, l'asthme et la pleurésie, n'est pas, comme on peut le croire, un lugubre hôpital; en peu de temps, la consolation et l'espoir ravivent des visages éteints; les malades deviennent gais, confiants, et raillent les nouveaux arrivés , qu'ils traitent de conscrits.

Cette concentration d'individus qui souffrent du même mal, loin de redoubler leurs terreurs, les aguerrit.

A Paris ou ailleurs, un homme seul, en face de la maladie ou du médecin, a peur comme une sentinelle perdue; aux Ëaux-Bpnnes, en grande compagnie, il est courageux comme le soldat dans les rangs du corps d'armée.

Les soins affectueux et la spirituelle amabilité du docteur Darralde aident son profond savoir : sous l'influence de sa parole, le courage se raffermit en même temps que l'excellence de sa médication relève les constitutions délabrées.

L'air des montagnes est tellement liede, que j'ai consacré un mois entier à tourner en rond sur moi-même.

Un jour que j'étais fatigué de fainéantise, le hasard ► jeta sous mes yeux une grande affiche jaune illustrée d'un dessin représentant un combat de taureaux. Voici les termes de cette affiche :

SAK-SSBASTZAW

PROGRAMA DE OBSEQUIOS Y FESTEJDS

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