UN COIN DE UESPAGNE
Je quittai Paris par im jour de juillet, avec le projet bien arrêté de ne pas poser le pied hors du sol de la France.
Les voyages, et surtout les voyageurs, sont le fléau de BOtre société. L'ancien Français ignorait complètement les langues et les pays étrangers, et n'exerçait son esprit que sur les événements de la ville et de la cour : il n'y avait jadis aucune place pour ces conteurs médiocres qui récitent les Guides Richard et foîit sécher dans des cahiers des herbes cueillies sur le front des Alpes ; les savants, les artistes, les diplomates et les soldats parcouraient seuls l'Europe et en rapportaient des récits dont le merveilleux s'est évanoui depuis que les échappés de collège s'établissent touristes, depuis que l'Afrique est dans notre main, depuis que le bateau-poste
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nous jette à uae heure dite en Grèce, à Constantinople, au Caire, sur tous les points de ce fabuleux Orient qui tombe en guenilles. ^
De même qu'on veut coloniser l'Algérie et les lies Marquises, au lieu de coloniser la Bretagne, les Landes et la Corse, de même on trouve d'un goût supérieur de s'en aller bien loin chercher des émotions que la France ne refuse à aucun de ceux qui voudraient la visiter se- * rieusemenl. Il n'y a vraiment aucun mérite, depuis qu'il n'y a aucun danger, à enfiler des kilomètres.
A part quelques coins sauvages du nouveau monde, de l'Asie, où certains enragés vont chercher des serpents, des poissons et la croix d*honneur, quel est donc aujourd'hui le pays effrayant qu'un homme du monde soit admis à décrire?
Depuis que les routes sont bonnes partout et que les brigands sont devenus des personnages d'opéra-comique, il n'est pas plus convenable à présent de raconter ses voyages que le menu de son dîner.
Qui n'a pas vu Tltalie, cette Italie tant rebattue, tant lithographiée , si souvent rimée ou mise en musique?
On ne va plus à Rome que pour promener sa femme pendant la lune de miel , ou pour pleurer des peines de cœur.
L'Italie n'est plus que le mouchoir des affligés.
Qui n'a pas vu la Suisse? qui voudrait donner dans le panneau de ses glaciers et de ses lacs?...
J'ai entendu développer la thèse suivante :
a La Suisse est une vaste plaine pendant l'hiver; à rapproche du printemps, les habitants, machinistes habiles, mettent en place des montagnes artificielles, telles que le mont Blanc, le Righi, amènent de l'eau dans les bassins, s'habillent à la Guillaume Tell, feignent de chanter le ranz des vaches et de conduire des troupeaux; puis, quand revient l'hiver, ils serrent toute cette décoration dans un seul canton disposé en magasin, reprennent des habits européens, chantent la grâce de Dieu! parlent français et mangent tranquillement, dans leur pays redevenu plat, l'argent qu'ils ont gagné à montrer de fausses montagnes. Quelques indiscrets, ayantassisté à ce travail des coulisses, ont divulgué R secret de la comédie.
» On craignait pour cette année une grande baisse dans la recette.
» L'Anglais ne s'annonçait pas bien.
» Sur ce, les cantons réunis ont résolu de s'allumer une guerre religieuse, ce qui est un spectacle irrésistible au dix-neuvième siècle, pour raviver la curiosité morte des voyageurs.
» La propreté des sites de la Suisse, l'odieuse commodité des chemins, la certitude de ne s'y pas casser le cou et de trouver un piano et du thé au sommet de tous les pics, démontrent sans réplique que toute cette sauvagerie n'est qu'un décor de théâtre peint à Paris,
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par Gambon et Thierry, et composé en vue des badauds qui courent après le grandiose.
» La Suisse est démasquée.
» A défaut de glaciers percés à jour, la guerre de religion attirera peut-être du monde ; Ton compte beaucoup sur ce nouveau répertoire pour faire de Vargent. »
n est impossible de pousser plus loin le dénigrement de la grande nature.
Sous le rapport social et politique, les autres pays peuvent bien être curieux; mais la France est aussi pittoresque qull convient; la nature ne s'est pas amusée à nous priver de paysages pour en combler les autres nations, et je ne sais pas si un voyage de Paris à Saint- Germain, bien écrit et bien illustré, ne vaudrait pas les plus fameuses narrations du genre.
D'ailleurs, tous les pays ont perdu et leur physionomie et leurs produits; il n'y a pas de couleur locale qui ne s'expédie de Paris.
. Les calottes et les étoffes turques, l'eau de Cologne et le vulnéraire suisse, se fabriquent en France.
Les barcarolles de l'Adriatique sont composées par nos musiciens, et l'on ne jouit du mystère des nuits vénitiennes quç sur les bateaux du pont Royal.
Personne n'igùore qu'un de nos poètes a refusé d'aller voir l'Espagne, parce qu'il ne pourrait plus la décrire.
Je me suis donc délecté dans ma France chérie pen-
dant un grand mois, visitant Nevers, où Voltaire a écrit sur la principale porte d'entrée ce distique misérable :
A ce grand monument qu'éleva l'abondance, Reconnaissez Nevers et jngez de la France ;
traversant le Morvan, descendant le Rhône aussi beau que le Rhin, mangeant déjà de Tail à Valence, assez heureux pour surprendre Beaucaire au miheu du tumulte oriental de son antique foire, et retrouvant à Arles ce type inaltéré de beauté qui rend jalouse la belle race de Tarascon.
Que tous ces pays sont beaux, commodes! que ces routes sont bonnes et que les auberges sont mauvaises ! excepté Thôtel du Forum, à Arles.
Convenons-en, rien n'est impertinent comme l'aubergiste français ; on dirait toujours qu'il attend un Anglais imaginaire dont il rêve la ruine, un Anglais de 1815 ; il en est encore à croire à la voiture en poste, ce véhicule dérisoire et toujours attardé, à l'usage des malades et des gens sans nerfs.
Présentez-vous en compagnie d'une simple malle, vous êtes toisé avec dédain, cqnduit dans la première chambre venue ; cette chambre porte le numéro 7. A l'instant même vous perdez votre nom, votre qualité, et devenez le numéro 7. Pour toute la maison, vous n'êtes que ce numéro, un numéro sans considération. On dit, en parlant de vous : Le numéro 7 est grand et maigre ; le
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même le mauvais goût. Ce sont eux qui offrent de beaux ustensiles en porcelaine à filets d'or, ornés de riches peintures, d'une forme ravissante, d'un usage bis-quotidien, et dont le nom ne peut pas s'imprimer.
Les loustics de la classe bourgeoise n'entrent pas dans une boutique de confiseur, sans accaparer tous les intruments cylindriques, en carton argenté, dont la vue seule asphyxiait Pourceaugnac.
C'est encore le loustic qui donne les boîtes à surprises, ces petits coffres qui vous envoient à la figure un diablotin armé de griffes, vêtu d'une peau de chat.
Jl faut enfin s'estimer heureux quand il ne vous présente pas des dragées amëres.
C'est avec des baréges, des pièces de marceline demandées depuis longtemps, que l'étudiant paye sa dette;
11 y ajoute une part dans les rillettes ou les dattes envoyées par les parents, selon qu'il est natif de Tours ou de Marseille.
11 est quelques femmes dont les maris ne doivent pas accepter une douzaine de mouchoirs à grand ourlet.
— Cher Hector, j'ai pensé à toi I
— Ange, quelle attention délicate I
Six mois après, la facture sonne à leur porte. Plaignez aussi en ce jour les pauvres portières qui veulent faire des artistes de leurs enfants I
Le maître de danse ou de déclamation fait une horrible grimace et refuse d*encourager Félève, si dans les cinq premiers jours de janvier il ne reçoit pas un couvert, une salière, une timbale d'argent, toutes choses contrôlées par la Monnaie ;
Les ouvrages à la main ne sont pas reçus.
A présent faut-il énumérer toutes les pièces d'argent et d*or qui se distribuent aux concierges, aux domestiques mâles, femelles, grands et petits, cochers et grooms ;
Aux domestiques des amis,
Aux commissionnaires qui apportent un cadeau,
Au facteur de la poste,
Aux garçons de bains à doniicile ;
A tous les gens, en un mot, qui trempent dans ce vaste complot de ceux qui n'ont rien contre ceux qui possèdent ?
Avec vos lai^esses, tout ce monde-là se grise, achète de l'emprunt autrichien, se paye la goutte, des pommes de terre frites et des oranges.
Vous ne leur échappez pas, — même célibataire, — même logé en garni, — même sans domicile.
11 faut dîner ;
Eh bien ! alors, le garçon de restaurant vous tend sur une assiette un cornet huileux contenant des dragées fossiles, des papillotes avariées ;
Il faut reconnaître cette délicate attention.
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même le mauvais goût. Ce sont eux qui offrent de beaux ustensiles en porcelaine à filets d'or, omés de riches peintures, d'une forme ravissante, d'un usage bis-quotidien, et dont le nom ne peut pas s'imprimer.
Les loustics de la classe bourgeoise n'entrent pas dans une boutique de confiseur, sans accaparer tous les intruments cylindriques, en carton argenté, dont la vue seule asphyxiait Pourceaugnac.
C'est encore le loustic qui donne les bottes à surprises, ces petits coffres qui vous envoient à la figure un diablotin armé de griffes, vêtu d'une peau de chat.
11 faut enfin s'estimer heureux quand il ne vous présente pas des dragées amëres.
C'est avec des baréges, des pièces de marceline demandées depuis longtemps, que l'étudiant paye sa dette ;
11 y ajoute une part dans les rillettes ou les dattes envoyées par les parents, selon qu'il est natif de Tours ou de Marseille.
11 est quelques femmes dont les maris ne doivent pas accepter une douzaine de mouchoirs à grand ourlet.
— Cher Hector, j'ai pensé à toi !
— Ange, quelle attention délicate I
Six mois après, la facture sonne à leur porte. Plaignez aussi en ce jour les pauvres portières qui veulent faire des artistes de leurs enfants I
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Le maître de danse ou de déclamation fait une horrible grimace et refuse d'encourager Télève, si dans les cinq premiers jours de janvier il ne reçoit pas un couvert, une salière, une timbale d'argent, toutes choses contrôlées par la Monnaie ;
Les ouvrages à la mahi ne sont pas reçus.
A présent faut-il énumérer toutes les pièces d'argent et d'or qui se distribuent aux concierges, aux domestiques mâles, femelles, grands et petits, cochers et grooms ;
Aux domestiques des amis,
Aux commissionnaires qui apportent un cadeau,
Au facteur de la poste,
Aux garçons de bains à doniicile ;
A tous les gens, en un mot, qui trempent dans ce vaste complot de ceux qui n'ont rien contre ceux qui possèdent ?
Avec vos largesses, tout ce monde-là se grise, achète de l'emprunt autrichien, se paye la goutte, des pommes de terre frites et des oranges.
Vous ne leur échappez pas, — même célibataire, — même logé en garni, — même sans domicile.
11 faut dîner ;
Eh bien ! alors, le garçon de restaurant vous tend sur une assiette un cornet huileux contenant des dragées fossiles, des papillotes avariées ;
Il faut reconnaître cette délicate attention.
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même le mauvais goût. Ce sont eux qui offrent de beaux ustensiles en porcelaine à filets d'or, ornés de riches peintures, d'une forme ravissante, d'un usage bis-quotidien, et dont le nom ne peut pas s'imprimer.
Les loustics de la classe bourgeoise n'entrent pas dans une boutique de confiseur, sans accaparer tous les intruments cylindriques, en carton argenté, dont la vue seule asphyxiait Pourceaugnac.
C'est encore le loustic qui donne les boîtes à surprises, ces petits coffres qui vous envoient à la figure un diablotin armé de griffes, vêtu d'une peau de chat.
11 faut enfin s'estimer heureux quand il ne vous présente pas des dragées amëres.
C'est avec des baréges, des pièces de marceline demandées depuis longtemps, que l'étudiant paye sa dette ;
11 y ajoute une part dans les rillettes ou les dattes envoyées par les parents, selon qu'il est natif de Tours ou de Marseille.
11 est quelques femmes dont les maris ne doivent pas accepter une douzaine de mouchoirs à grand ourlet.
— Cher Hector, j'ai pensé à toi !
— Ange, quelle attention délicate !
Six mois après, la facture sonne à leur porte. Plaignez aussi en ce jour les pauvres portières qui veulent faire des artistes de leurs enfants I
Le maître de danse ou de déclamation fait une horrible grimace et refuse d'encourager l'élève, si dans les cinq premiers jours de janvier il ne reçoit pas un couvert, une salière, une timbale d'argent, toutes choses contrôlées par la Monnaie ;
Les ouvrages à la main ne sont pas reçus.
A présent faut-il énumérer toutes les pièces d'argent et d'or qui se distribuent aux concierges, aux domestiques mâles, femelles, grands et petits, cochers et grooms ;
Aux domestiques des amis,
Aux commissionnaires qui apportent un cadeau.
Au facteur de la poste,
Aux garçons de bains à doniicile ;
A tous les gens, en un mot, qui trempent dans ce vaste complot de ceux qui n'ont rien contre ceux qui possèdent?
Avec vos largesses, tout ce monde-là se grise, achète de l'emprunt autrichien, se paye la goutte, des pommes de terre frites et des oranges.
Vous ne leur échappez pas, — même célibataire, — même logé en garni, — même sans domicile.
11 faut dîner ;
Eh bien ! alors, le garçon de restaurant vous tend sur une assiette un cornet huileux contenant des dragées fossiles, des papillotes avariées ;
Il faut reconnaître cette délicate attention.
des Hautes et Basses-Pyrénées. On attribue des cures merveilleuses à ces sources, à celles des Eaux-Bonnes surtout, dont la réputation s'accroît à ce point que, dans l'espace de trois mois, le célèbre docteur Darralde, la providence des. Basses-Pyrénées, aura soigné dix-huit cents maladies de poitrine, dont un grand nombre guéries, toutes^oulagées.
Cette impasse de montagnes, où se donnent rendezvous la phthisie, la laryngite, l'asthme et la pleurésie, n'est pas, comme on peut le croire, un lugubre hôpital ; en peu de temps, la consolation et l'espoir ravivent des visages éteints; les malades deviennent gais, confiants, et raillent les nouveaux arrivés , qu'ils traitent de conscrits.
Cette concentration d'individus qui souffrent du même mal, loin de redoubler leurs terreurs, les aguerrit.
A Paris ou ailleurs, un homme seul, en face de la maladie ou du médecin, a peur comme une sentinelle perdue; aux Eaux-Bonnes, en grande compagnie, il est courageux comme le soldat dans les rangs du corps d'armée.
Les soins affectueux et la spirituelle amabilité du doc* teur Darralde aident son profond savoir : sous l'influence de sa parole, le courage se raffermit en même temps que l'excellence de sa médication relève les constitutions délabrées.
L'air des montagnes est tellement liède, que j*ai consacré un mois entier à tourner en rond sur moi-même.
Un jour que j'étais fatigué de fainéantise, le hasard jeta sous mes yeux une grande affiche jaune illustrée d'un dessin représentant un combat de taureaux. Voici les termes de cette affiche :
SAN- SXB ASTI AN PROGRAMA DE OBSEQUIOS Y FESTEJDS