‹ Regain: La vie parisienneChapitre 26 sur 36 · SAN- SEBASTIAN · texte numérisé non relu

SAN- SEBASTIAN

PROGRAMA DE OBSEQUIOS Y FESTEJDS

ÛUE ESTA

M. N. y M. JL.. provincia de Guipuzcoa y el ayuntamiento constitucional de la M. N. Y M. L. ciudad, ofrecen con el plausible motivo de la Estancia de SS. MM. Y A.

{Stdvent les détails jour par jour,)

Un Paseo, — una Serenata, — unà Pesca, — Corrida de toros.

Carrera de lanchas^ etc., etc,

L'Espagne est à ma porte, l'Espagne des poètes I J'entends les fanfares de la corrida, le beuglement des taureaux immolés ; mes yeux se ferment à la réalité pour se complaire dans une vision d'éventails, de basquines, de majos et de manolas.

Je deviens curieux, écolier, m'approvisionne d'illusions et pars pour Saint-Sébastien.

Déterminé à me laisser surprendre par toutes les émo-

le caractère aussi élevé que toute autre nation, et les étrangers qui assistent à ces spectacles, en raffoleat, et certes un combat de boxeurs est un ignoble divertissement en comparaison d'une corrida.

11 y a là danger et grandeur.

Les taquineries des chulosy l'attaque des picadores et la pose des banderillas composent les deux premières parties de la corrida,

La troisième est d'une solennité intraduisible.

Le matador, ou, pour parler un langage plus local, Yespada, et pour ne jamais dire le toréador, se détache de la cuadrilla et vient la muleta^ petit manteau rouge tenu d'une main, Fépée de l'autre, se poser en face du taureau.

Les deux grands acteurs sont aitisi en présence. Pour l'un il y a certitude, pour l'autre chance de mort.

Après avoir amusé le taureau avec des passes aussi coquettes que périlleuses, Vespada finit par l'attendre de pied ferme et lui plonge son épée derrière la nuque.

L'épée resté dans la blessure, et, quand le taureau ne tombe pas sur le coup, il se sauve, emportant avec lui ce glaive lourd et tranchant qui ballotte , se rougit et s'enfonce jusqu'à ce que la victime, touchée mortellement, aille dans un coin fléchir le genou et pousser son dernier mugissement.

Souvent le taureau est difficile à ttier^ comme disent

les gens du métier, c'est-à-dire qu'il ne veut pas courir «ur le coup d'épée, qui est alors longtemps différé et impatiemment attendu par la foule.

Juan Léon, célèbre et vieil espada^ avait affaire à un de ces taureaux ; le peuple appelait Léonvoleur^ brigand^ depuis assez longtemps, et le sommait de remettre Tépée à Gucharès, autre espada^ son élève, et, dans le moment, confondu parmi les chulos de la cuadrilla. Léon, ahuri par ces clameurs, eut la faiblesse d'y céder, et Cucharès se chargea de la besogne suprême. Le taureau tomba,

A l'instant, sur l'ordre de l'alcade-mayor, deux alguaadls vinrent, d'un pas cadencé, happer les deux matadors et les conduire au palais, pour rendre compte de ce fait, contraire aux lois de la tauromachie.

Les juges écoutèrent les deux délinquants, et admirent l'excuse de Cucharès : l'élève n'avait pas cru faillir en cédant à l'invitation de son maître découragé,

La foule accueillit cette décision avec des transports de joie : Viva Léon ! viva Cucharès !

Ce Cucharès est d'ailleurs un merveilleux matador: jeune, vigoureux, railleur, qui pousse l'audace jusqu'à prendre un taureau par la queue et les cornes, et à décrire ainsi avec lui des ronds très-peu dignes d'envie.

Montés et Léon sont les astres encore éclatants de la corrida. Cucharès en est l'avenir.

Le dirai-je ? j'ai vu ainsi tuer neuf taureaux, éventrer seize chevaux.

238 LA viB par;sienkb

Le combat fini, des attelages de mules accourent au grand galop, traînant un palonnier auquel doivent s'attacher les chevaux et les taureaux morts.

On ne peut s'imaginer les foDes ruades, les cabrioles tintinnabulantes de ces mules, qui secouent leurs grelots, leurs harnais, leurs caparaçons enrichis de cloches, et brodés en couleurs vives aux armes de la ville.

Ce qui les fait délirer de la sorte, c'est la peur instinctive des cadavires. Des muchachosj des aficionfidos (amateurs dilettanti), leur fendent les reins et le mufle à coups de fouet, pour les approcher de l'objet qui les effraye tant. La foule mêle ses cris au bruit de cette miraculeuse bastonnade et de ces grelots ; enfin, les milles insensées partent au galop, traînant leur charge funèbre hors de l'arène.

A un taureau tué succède, sans enlr'acte, un taureau vivant.

Quand la corrida est terminée, les jeunes mttchachoB se ruent sur le lieu du combat pour établir des commentaires et flairer de près le carnage.

Une odeur très -prononcée de sang frais se répand dans les environs de la place et gagne bientôt toute . la ville.

La reine avait assisté à la course du 14 et devait partir dans la matinée du 16.

A dix heures. Sa Majesté descendit de son hôtel, ac-

compagnée de la reine mère, au milieu d'une double haie de ces vieux et célèbres hallebardiers, et monta dans une calèche découverte pour faire ses adieux aux habitants.

Le cortège de la reine nous sembla très-original ; nous remarquâmes surtout ui\e sorle de danse pyrrhique exécutée en avant de la voiture par une troupe de jeutes Basques, lestes comme les Basques du proverbe.

Ces jeunes gens tenaient tous dans la main les poignées et les pointes de plusieurs épées dont Tautre extrémité allait rejoindre, dans la main des danseurs voisins, d'autres poignées et d'autres pointes, de telle sorte que ces individus couraient comme enfermés dans les mailles d'un réseau d'acier éclatant et mobile ; puis, venait la voiture royale, d'où partaient d'aimables signes d'adieu, un brillant état-major et des détachements de troupes.

Le soir, la place, où j'ai retrouvé l'odeur du sang frais, était illuminée avec un goût charmant et bourrée de peuple. Un ordre parfait régnait partout dans cette foule, où se glissaient à peine quelques-uns de nos pittoresques alguazils.

Lorsque le traditionnel taureau en artifice, porté par deux hommes, est venu exécuter contre les promeneurs ses brûlantes gambades, en un instant, la place fut vidée.

Les polissons et les grisettes se sauvaient en poussant des cris de joie et de terreur simulée ; mais bientôt les û&\s du peuple revinrent comme une marée, et alors, sur celte grande surface, au son d'un flageolet et de deux petits tambours, commença le branle le plus inattendu.

Qu*on s'imagine douze à qiiinze cents individus des deux sexes, dansant à la fois le fandango, puis le boléro ^ avec une gravité et souvent une grâce charmantes.

Dans ces quadrilles, qui s'organisent par groupes de douze, de six ou de quatre, on voit les femmes s'agiter sur place, battre de petits entrechats, balancer les hanches en cadence ; les hommes se cambrer et se donner des tours de reins fabuleux.

Ce qui nous paraissait étrange, c'était la froideur des premières passes et des premiers tours de main, et la furie croissaote des dernières figures. — Les musiciens arrêtaient le boléro, quand il était arrivé à son paroxysme.

Le bal — officiel, puisque la ville payait la musique — n'ayant pas assouvi la population, pendant toute la nuit le raclement de la guitare convoquait au coin des rues d'infatigables danseurs dont les serenos ne parvenaient pas à maîtriser les entrechats.

Le lendemain, nous sommes rentrés en France,» et, je l'avoue avec regret, cette fois encore nous n'avons pas rencontré un seul brigand.

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Nous nous faisions une si grande fête d'une attaque, que, si un seul petit polisson de douze ans avait eu Fextrèmé complaisance de nous dévaliser tous quatre, nous l'aurions vivement remercié au nom de la couleur locale ; et que, si le temps ne nous eût manqué, nous aurions, comme cet Anglais avide d'émotions, organisé et payé une bande pour nous attendre dans les bois dlrun. Seulement l'Anglais prit goût au jeu et se battit avec les voleurs, qui le tuèrent non moins réellement.

Les histoires de voleurs espagnols n'existent, à ce qu'il nous semble, que dans les recueils d'anecdotes et les récits d'artistes. Depuis Gil Blâs, les routes sont pur-* gées de ces magnifiques bandes d'assassins, ornés de poignards, de tremblons, et propriétaires de cavernes richement meublées.

Et quand même on vous volerait, qu'est-ce que cela peut vous faire ?

En Espagne, il y a peu de luxe; les bons cigares coûtent deux sous* Peu de pièges sont, tendus à la prodigalité des étrangers. En un mot, les frais de voyage sont minimes.

Si par hasard vous êtes dévalisé, balancez votre compte ; vous trouverez que, n'ayant pas été dévalisé, comme en France ou ailleurs, par les hôteliers, les postillons et les marchands, vous êtes encore en bénéfice.

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