AU RÉDACTEUR DU CONSTITUTIONNEL
Monsieur,
Puisque le Juif errant a été privé jusqu'ici de la critique du Constitutionnel y critique que je prévoyais sérieuse et bienveillante, permettez-moi d'user au moins de sa publicité et de remplacer une analyse raisonnée, instructive et compétente, par cette lettre, qui ne peut avoir d'intérêt que par le nom ou plutôt par la situation de celui qui l'a signée.
Situation assez étrange, en effet, qui déplace le point de vue du spectacle qui vient de se produire sur la grande scène de l'Opéra. L'observatoire n'est plus dans la salle, il est dans la coulisse : le général raconte la bataille qu'il a livrée, comme s'il avait pu la contempler froidement de la nacelle d'un ballon; c'est le justiciable qui parle et le ministère public qui se tait ; je me tends le dos et me le flagelle à coups de plume : ma main gauche attend le coup de férule que lui prépare ma main droite : je me gourmande et me donne des conseils
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dont je ne profiterai pas plus que s'ils me venaient d'autrui.
Mais soyez rassuré sur mon compte, je n'arriverai pas à de pareils excès. Après la rude besogne que je viens d'accomplir, je n'éprouve pour moi-même que de trèsbons sentiments; par le succès je me suis attiré toute ma bienveillance et ne parlerai de l'opéra nouveau qu'en très-bons termes.
Depuis huit jours, la légende du Juif errant est commentée dans tous les feuilletons : pas un ne conteste que cette donnée soit dramatique et lyrique. Quand elle me fut proposée par les auteurs, j'appréciai les conditions de grandeur qui la relevaient, et la collaboration de monsieur Halévy me sembla une bonne fortune. 11 ne m'appartient pas de caractériseir la manière de monsieur Halévy, d'analyser un génie qui depuis vingt ans illustre nos scènes lyriques ; je n'ai qu'à répéter ce qu'a dit de lui le premier initiateur de ce beau talent à notre première scène lyrique : // fait grand.
Faire grande pour reprendre cette locution familière et pratique, c'est la première qualité du musicien qui aborde les cinq actes. Dès le premier jour, il est jugé trop savant, mais on l'admire. S'il fait léger, on pénètre sa forme, on achève ses motifs commencés ; on le fredonne, mais on ne le respecte pas.
Le libretto de messieurs Scribe et de Saint-Georges
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parut à monsieur Halévy contenir une grande et mysté* rieuse figure, de belles situations.
C'était la première fois que j'entrais en relation d'affaires avec monsieur Halévy ( notre amitié mutuelle est ancienne], et mon admiration pour son talent n'était pas égalée par ma confiance en son activité. Je ne lui dissimulai pas que je le croyais atteint au troisième degré de cette adorable paresse qui distingue tant d'artistes et de gens d'esprit, et qu'à ce double titre il m'était bien suspect. « Il y avait un Halévy paresseux, me dit-il ; mais je vous ai trouvé un nouvel Halévy qui travaille vite ; seulement, il faut qu'il se dérobe aux albums pour \esquels on lui demande des autographes, aux auteurs qui lui proposent de mettre Pharamond en musique, aux chanteurs qui veulent des auditions et une lettre pour le directeur de l'Opéra, aux gens du monde qui veulent des bêtes curieuses à leurs dîners; il lui faut la solitude, la campagne. j> Et le maestro partit un jour, par la rive droite, pour Saint-Germain, où il se mit à composer dès le 15 mai de l'an dernier.
Il n'y a donc pas tout à fait un an que la première note de cette oe\ivre immense est venue arrondir son point noir sur le papier réglé du musicien ; et, quand je pense aux tribulations , aux retards , aux découragements, à , toutes les phases alternativement sombres et azurées qu'il a fallu traverser pour arriver à cet enfantement, je ne puis le croire accompli, et le succès même ne m'a pas
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encore détendu les nerfs, tant ils ont éprouvé de crispations douloureuses.
Le Grand- Opéra passe assez généralement à Paris et en Europe pour une machine lourde et indolente, qui ne pourrait jamais, comme le Théâtre-Italien, confectionner des chefs-d'œuvre à la semaine ; chaque peuple entend les arts à sa manière ; notre goût se révolterait contre des productions hâtives et mal attachées, sans richesse, sans recherche de mise en scène, propres seulement à faire valoir une ou deux belles voix à côté de voix éteintes, au miUeu de haillons et d* oripeaux : — le gros diamant monté à la turque, la belle femme mal attifée, le beau clieval mal attelé, le bel hôtel mal tenu,^ grand dîner mal servi, n'ont aucun prix pour nous, et, en matière d'art, nous réussissons principalement par Tensemble, qui n'est pas autre chose que le résumé de tout ce que fournissent l'esprit et le goût.
La partition de monsieur Halévy m'a été remise le 8 novembre. C'est donc à peu près six mois d'études qu'il faut compter. Or, six mois ne sont pas six mois à l'Opéra, mais seulement trois, attendu que, le jour de jeu, les artistes employés à la représentation ne peuvent se dépenser en répétitions, sous peine de compromettre la bonne exécution de l'ouvrage donné le soir ; de sorte qu'en réaUté le Juif errant n'a eu que cent soixantequatorze répétitions, j compris les études de rôles, les chœurs, les lectures au quatuor pour Torchestre, les
.coupures, les raccords, cinquante et une répétitions de mise en scène et huit répétitions générales. Tout ceci soit dit pour absoudre monsieur Halévy, dans le cas où quelqu'un l'oserait accuser de lenteur et d'incerr titude.
L'ouvrage pouvait être prêt pour la fin de février dernier, si je n'avais payé à la grippe et au vent d'est un tribut qui doit m'acquitter envers tous deux pour plusieurs années. Mademoiselle Lagrua, la jeune et belle débutante, messieurs Roger, Massol, Obin, Depassio, ont été successivement pris d'enrouements formidables; madame Tedesco a été la plus rudement éprouvée : c'était chaque jour une répétition contremandée, un désarroi général, une démoralisation complète.
Enfin la grippe m'a fait grâce, et j'ai pu présenter au public, aussi impatient peut-être que moi, cet ouvrage, sur lequel je vous demande à exprimer mon opinion, à présent que celle du public est faite et acceptée par moi avec reconnaissance.
La nouvelle partition de monsieur Halévy porte un cachet de transformation dont ce maître a lui-même la parfaite conscience, car, à quelqu'un qui en paraissait frappé, il a répondu : « On ne doit plus rien faire, du jour où l'on ne peut plus rien apprendre. »
Il ne m'est pas permis d'énumérer un à un tous les morceaux du Juif errant ^ en y accrochant une épithèle laudative : de quelque variété que j'use dans l'emploi
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des adjectifs, je ne manquerai pas de déclarer que, sans exception, tous les morceaui sont excellents; encore moins voudrai^je me hérisser de croches, agiter bruyamment les clefs musicales, faire Tenthoiisiaste en la mi* neur, ou le dégoûté en mi bémol. Heureusement pour les compositeurs, le directeur de l'Opéra n'est pas musicien; mais il a pu observer que la partition du Juif errant est écrite avec éclat et simplicité ; que la pensée mélodique de l'auteur^ exprimée av«c franchise et soudaineté, ne s'égare jamais dans les sinus d'une instrumentation irrésolue et tourmentée ; que néanmoins ses combinaisons symphoniques restent grandes quoique saisissables, intelligibles aux esprits vulgaires.
Les gens du monde, les amateurs ardents de premiè* res représentations, qui se donnent, pour assister à ces piquantes solennités, une peine dont je suis à la fois reconnaissant et embarrassé, car les f tarois de la salle ne s'élargissent pas à ma voix, y portent avec eux des dispositions très- variées : les uns de l'enthousiasme (ce ne sont jamais mes amis), les autres de l'indépendance, ceux-ci de la mauvaise humeur toute préparée ou accidentelle, ceux-là la science infuse.
Il est des gens si bien doués, qui ont un cerveau si bien fait, les appareils oculaire et auditif si bien organisés, qu'ils peuvent, après les cinq heures d'une séance où leur esprit a été tenu en suspens, où tous leurs sens ont été vivement attaqués, se donner à eux-mêmes et
répandre une opinion nette sur ce qui s'est passé. Ils ont la précieuse faculté de se reconnaître dans les incidents de Faction, les développements de la musique, de se retrouver dans ces sites et ces atmosphères variés, places publiques, oratoires, palais, mer, paysages, nuit, jour, crépuscule; ils ont cette force immense de pouvoir dire : « 11 y a de belles choses, mais c'est long. »
Cette formule invariable, qui n'a ménagé ni Robert le Diable^ ni la Juive, ni les HùguenotSy ni la Reine de Chypre, ni le Prophète, ni le Juif errant ^ je dois en convenir, n'a jamais rien d'alarmant; dès la cinquième représentation elle se modifie ainsi : « J'y suis retourné, cela m'a paru fort beau. » C'est qu'en effet ce concoure de masses, cette réunion gigantesque d'arts et d'artistes divers, la puissance de ce grand orchestre, l'éclat formidable de ces chœurs, la succession de ces décors merveilleux, tout conspire pour forcer le connaisseur à mûrir son jugement par plusieurs auditions ; c'est, en un mot, que l'Opéra périrait s'il ne spéculait, comme les féeries du boulevard, que sur la curiosité et non sur la conscience du public.
Si j'arrive à parler de l'exécution du Juif errant, je voudrais bien éviter ici une scène de famille et ne pas dépenser ma sensibilité en attendrissements publics; je ne puis cependant contenir mon effusion au point de refuser à tous les artistes le témoignage de ma reconnaissance pour le zèle, rintelligence.et la bonne humeur
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qu'ils ont montrés pendant le cours de ces travaux, quelquefois, bêlas ! nocturnes ; plus d'une répétition a fini à l'aube, et dans les rues, sur le boulevard, l'on a dû prendre pour la débandade d'une noce ces groupes d'hommes, de femmes, d'enfants fatigués et riants, pâles et gais. Les soldats de l'armée d'Italie, dépourvus de souliers et de pain, n'ont pas trouvé de lazzi plus spirituels et plus consolants que ceux d'un musicien de l'orchestre, dont j'offenserais la modestie en les citant.
Une innovation musicale introduite dans la partition du /wt/ préoccupe beaucoup les hommes *de l'art, après avoir fortement ému le public. Je veux parler de la grande fanfare des instruments de Sax. 11 n'est sorte de critique, d'observations, de comparaisons, que la vue de ces cuivres géants ne suscite. J'attends les caricatures.
Monsieur Sax a voulu doter l'ouvrage de monsieur Halévy de ces nouveaux instruments, auxquels il a donné une forme anlique, rappelant la buccina des Romains, le kerem des Hébreux, le keras des Grecs, et a disposé les instruments de telle manière, que, pour les basses, par exemple, la plus grande partie du tube, contournée d'après ses principes, pût se dissimuler sous le bras de l'exécutant, tandis que la portion qui termine, affectant la forme en question, se présente seule en avant, soit immédiatement pour les instruments du mé-
dium, soit après avoir passé derrière l'exécutant en remontant par-dessus Tépaule.
L'orchestre de cuivre du troisième acte, le seul apparent, est composé de quinze personnes, savoir :
1 sax tuba si bémol aigu.
1 — mi bémol soprano.
4 — si bémol conlralto.
3 — mi bémol alto ténor.
2 — si bémol baryton.
2 — si bémol basse.
.1 — mi bémol contre-basse.
i — si bémol contre-basse.
Je ne parle que des instruments employés au troisième acte et visibles, parce que leur développement gigantesque, leur forme de boas enroulés, leurs pavillons béants comme des gueules de requin, et le costume étrangement riche des artistes qui les portent, n'ont pas moins que leur sonorité contribué à l'ébahissement de toute la salle.
Je conviens que le premier accord de ces cuivres, succédant à la musique mielleuse et piquante du pas des abeilles f a fait bondir sur leurs places quelques personnes occupées à chercher des yeux monsieur de Trois- Étoiles ou madame de X...; mais je ne me décourage pas et je crois que c'est une affaire d'habitude.
On a dit que ce bruit était trop fort ; je demande : Trof) fort par rapport à quoi?
n y a environ vingt-cinq ou trente ans, les étalages de marchands de gravures contenaient une lithographie représentant un gros monsieur portant sur le ventre et battant une grosse caisse, agitant avec les mouvements de la tête plusieurs chapeaux chinois, et par le choc de ses genoux un appareil compliqué de cymbales et de timbres. Ce monsieur, c'élail Rossini; on disait de Rossini, parce qu'il avait usé plus largement des instruments éclatants, que sa musique faisait trop de bruit, comme on Tavait dit dans le dernier siècle de toutes les musiques qui avaient remplacé les dix-huit violons de la chambre du roi Louis XIV.
n n'y a pas de règles fixes pour l'intensité des sons. Cela me paraît être une question de goût et de temps : il faut bien remarquer que, dans chaque époque, tous les détails de mœurs arrivent à s'équilibrer, à prendre un niveau commun.
^ Est-ce que l'éclairage de nos maisons et de nos lieux publics n'est pas vingt fois plus brillant qu'il y a soixante ans? On a dû dire de la première lampe Carcel : « Cela éclaire trop !» On a dû le dire du premier bec de gaz. On a dit certainement en Egypte, en voyant la première pyramide : <c C'est trop haut! »
L'agrandissement est une des formes du progrès. Nous avons vu s'allonger les journaux, s'élargir nos trottoirs,
le gaz égaler le soleil, les chemins de fer centupler la vitesse, les t^graphes lutter avec la parole ; nous avons des magasins plus grands que des casernes, nos armées^ sont nombreuses comme des peuples : c'est un paroxysme général qui aveuglerait , étourdirait , tuerait raîde un ancien bourgeois qu'on ressusciterait pour le régaler des bienfaits de la civilisation moderne.
Qu'on en revienne au format du Journal des Débats en 1812, aux petites rues de la Cité, à la chandelle, aux pataches et aux coucous, aux boutiques des piliers des halles, que les armées soient réduites à l'effectif de la campagne du maréchal de Saxe, qu'on modère tous les paroxysmes, alors je conviendrai que les instruments de- Sax font trop de bruit. En bonne logique, le paroxysme de la sonorité ne peut s'arrêter qu'à une limite : le saignement des oreilles, comme le paroxysme de la lumière à l'aveuglement immédiat, et le paroxysme de l'architecture à la tour de Babel.
Il est de mon devoir pourtant de rassurer le public. Monsieur Halévy a fait une concession à la seconde représentation. -L'attaque a cessé d'être brusque et violente; les premières notes sont hypocritement assez douces, se renflent peu à peu et finissent par pénétrer lâchement le tympan par le procédé de la vrille.
Je n'ai pas d'opinion personnelle sur la valeur musicale des instruments de Sax. Cette opinion est d'ailleurs indifférente, car je ne me prends que comme un inter-^
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médiaiie entre les auteurs et le public; mais je pense qu'une innovation patronée par le nom d'un grand maître, et qui, par conséquent, ne peut être considérée comme une révolte contre l'art, doit être accueillie sur un théâtre qui, par sa dimension, sa richesse, et la légitime exigence du gouvernement et du public, est forcé de tenter ce qui-est impossible ailleurs.
C'est ce sentiment de la mission que j'ai acceptée qui me conseille les magnificences dont j'entoure les ouvrages nouveaux, et me conduit à ce qu'on appelle le paroxysme de la mise en scène.
Je suis assurément, par devoir et par caractère, bien résigné, bien préparé à toutes les critiques, mais je ne m'attendais pas à celle-ci.
t^uelques écrivains de talent viennent de me reprocher les splendeurs de la mise en scène du Juif errant : voulant que l'Opéra soit une espèce de bibliothèque, de cabinet musical, où l'art se livre discrètement à des rêveries intimes; oubliant que, par les lois de son origine et la volonté de son royal créateur, il a été destiné à jouer des tragédies en musique ornées d^ entrées de ballet^ de machines et changements de théâtre ^ ces nouveaux iconoclastes me disent avec une compassion qui ne m'a pas touché (j'en demande pardon) : a Malheureux! vous avez dépensé 150,000 francs! si vous n'aviez pas réussi, qu'auriez- vous fait? » — D'abord, on ne réussit à rien
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quand on ne risque rien ; .et puis, si je n'avais pas réussi, j'aurais établi le bilan mélancolique de mes pertes et tristement payé la différence de la dépense à la recette.
S'il faut enfin relever sérieusement ce reproche, que deviendraient l'art du décorateur, du costumier, du chorégraphe, que j'ai mission d'encourager et de faire vivre ? Que deviendrait cet immense personnel, dont on m'a confié l'existence et la réputation? Que deviendrait cette renommée européenne qui porte dans toutes les capitales le nom et les productions de nos artistes, de nos décorateurs, de nos ouvriers?
Dans les grands théâtres étrangers, ne voyez-vous pas des décors peints par messieurs Séchan, Despleschin, Gambon, Thierry , Nolo, Rubé ; des costumes, des souliers, des maillots, expédiés de Paris par le tailleur, le bonnetier et le cordonnier de l'Opéra?
Est-ce donc un grand malheur que monsieur Grange, l'habile ciseleur, ait couvert d'une armure éclatante d'or et d'acier cette garde des Immortels et cette garde varangienne dont j'ai trouvé l'équipement minutieusement décrit dans Walter Scott, le profond antiquaire ?
Est-ce donc bien regrettable que j'aie fait acheter chez un marchand d'estatupes russes, établi sur le boulevard des Italiens, une précieuse collection de documents byzantins, et remuer une légion de bouquins à gravures sur bois, à l'aide desquels on a pu retrouver la coupe de ces vêtements de sénateurs, de grandes dames, de pages,
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ces détails intérieurs de palais d'une époque dont les vestiges sont rares?
Faut-il regretter celte vue d*An,veTs du premiet acte; cette ville de Thessalonique dans laquelle monsieur Secban a jeté les rayons du soleil d'Orient qu'il a rapportés de Constantinople ; ce riatit palais des empereurs au troisième acte; ce tableau des ruines du quatrième acte, magnifique traduction de l'immensité; et ce tableau du jugement dernier du cinquième acte, dont les péripéties se déroulent avec une rapidité si éblouissante, une précision de mécanique si ingénieuse?
• On m'a objecté, quant à ce derhiclï tableau, que les diables étaient trop gais, et qu*ils besognaient sur les damnés avec un entrain qui excluait la terreur. 11 faut établir que, représenté soit au théâtre, soit dans les tableaux, l'enfer n'effraye pas : l'art plastique est impuissant à donner cette sublime angoisse : la foi seule l'a déposée dans nos cœurs; les grands maîtres de la peinture, sur leurs toiles ; les habiles sculpteurs du moyen âge, sur les porches des églises, ont mêlé des scènes grotesques aux épisodes terribles de la damnation éternelle. Michel -Ange est allé jusqu'à l'indécence, Callot jusqu'à la farce ; et je n'ai pas vu d'inconvénient à ce que des diables exprimassent par des cabrioles la joie qu'ils éprouvent en voyant venir la riche proie qui leur est promise depuis la chute du premier homme.
Je ne veux pas abuser de la permission que j'ai prise
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de répondre à des critiques que je dois, écouter avec rhumilité d'ua homme placé à la tète d'un étâblissemeot Dational; mais je suis forcé de contracter rengagement public de ne rien ménager pour hii conserver soa édat et sa renommée.
Veuillez agréer, etc. !