‹ Regards historiques et littérairesChapitre 17 sur 31 · Mithridate Eupator, roi de Pont · texte numérisé non relu

Mithridate Eupator, roi de Pont

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berger tartare m'en offrit une poignée; sur l'une de ces médailles, l'usure du temps laissait voir encore un beau profil déjeune barbarr hellénisé; on v pouvait déchiffrer le nom do Mithridate. L'ombre qui se levait de ce morceau d'argent reprit une vie singulière, dans le lieu où elle m'apparaissait. A la place môme où j'étais assis, une tragédie historique s'était dénouée; à cette place, dernière retraite où le malheur l'avait acculé, le roi de la mer Noire avait entendu les cris de mort des soldats qui gravissaient ces pentes, derrière son fils rebelle; là il avait bu le poison et demandé le coup d'épée de l'esclave.

Mithridate! J'essayai de ressusciter une figure et une histoire sous ce nom; je dus m'avouer que j'en connaissais trop peu de chose. Quelques vagues souvenirs de collège , la proverbiale accoutumance aux poisons, la Monime de notre bien-aimé poète, c'était tout. Aussi, en visitant ce jour-là les tertres é ventres par les fouilles des archéologues russes, en voyant tout ce qu'ils livrent du passé sous la forme de menus fragments, monnaies, bijoux, inscriptions, bas-reliefs, je m'étonnais qu'un savant n'eût pas l'idée d'assembler ces matériaux, de reconstruire avec leur secours le grand drame de ces temps obscurs.

C'est fait aujourd'hui. M. Théodore Reinach a eu cette idée, elle a pris corps dans un livre très

substantiel. Il y a un certain courage, et qui me plaît fort, à jeter dans Paris un gros volume sur Mithridate Eupator, roi de Pont. Le sujet est très vieux et en même temps très neuf, puisque personne ne l'a traité chez les modernes; or, le commun des lecteurs recule avec la même paresse devant les sujets très vieux et les sujets très neufs. Quand on voit sur un frontispice un titre aussi rébarbatif, avec au-dessus la mention : « Bibliothèque d'archéologie, d'art et d'histoire ancienne », et, au-dessous, le dôme de l'Institut en vignette, tous les braves ne chargent pas. J'ai chargé. Je venais de laisser à mi-chemin deux ou trois romans nouveaux, semblables par l'ennui qu'ils dégageaient; de désespoir, j'avais pris le Mithridate; ah! qu'il me parut léger en comparaison! Je tenais enfin un vrai roman. L'imprévu, la couleur, les passions, les frémissements contraires d'une âme aux prises avec de grands rêves, je trouvais dans la chronique de l'aventurier royal tout ce que ne m'avaient pas donné les œuvres dites d'imagination. Cependant il est convenu que par définition, et indépendamment de l'habileté des auteurs, les romans que je n'ai pas eu la patience d'achever sont des livres « amusants » , et le gros volume d'histoire un livre « sérieux ». Encore ce dernier mot est-il un euphémisme poli. Il y a dans cette convention un mystère bien irri-

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i.uii. A moins «| 11' il iT\ ail aucun mystère, <■!

Simplemenl une dépravation <!<■ mon JOUI particulier, (l'est encore possible

Cette histoire de Mitliridate, nous la savions si mal et si confusément qu'on peut bien en rappeler le canevas, comme on ferait d'une vie inconnue. Ses ancêtres étaient venus de Perse dans l'Asie grecque, où ils s'étaient taillé une satrapie indépendante près de Cyzique, sur la côte de la Propontide. Pendant les troubles qui suivirent la mort d'Alexandre, ces petits dynastes furent chassés; l'un d'eux alla se reformer un Etat plus au Nord , sur le littoral de l'Euxin , entre l'embouchure de l'Halys et la Grande-Arménie ; cette bande maritime devint le royaume de Pont. Mitliridate y naquit l'an 132 avant Jésus-Christ. Il n'avait que douze ans quand son père mourut; une mère ambitieuse confisqua ses droits et tenta de le faire périr. L'enfant s'enfuit aux forêts du Paryadrès, sur la limite du Caucase ; il disparut dans les gorges sauvages d'où le Tchorok descend sur Batoum. Ces lieux n'ont guère changé; tout y est farouche, la nature et les

hommes; les Lazes des montagnes, tels que je les ai vus guidant leurs longues barques sur les rapides du Tchorok, ne doivent pas différer beaucoup des éducateurs de Mithridate. Comme les héros des vieux mythes grecs, le proscrit vécut sept ans parmi les barbares et les fauves, passionné de chasse, gîtant sous le ciel dans le hallier, luttant avec les sangliers et les ours qu'il étouffait dans ses bras, s'endurcissant à la fatigue, à la misère. Quand il sortit de cette rude école, il était déjà l'athlète dont l'armure abandonnée devait plus tard épouvanter les Romains; agile et beau , d'une stature surhumaine , avec un air de visage où éclataient le feu des passions et l'audace des grands desseins; les médailles nous ont conservé cette noble tête, sillonnée au front par la cicatrice d'un coup de foudre. Il reparut dans Sinope, on reconnut le maître; le peuple l'acclama roi sous le nom de Mithridate Eupator. A peine eut-il rétabli l'ordre dans ce petit royaume que son ambition s'y trouva à l'étroit. Il commença de s'agrandir sur tout le pourtour de l'Euxin ; il soumit ou rendit tributaires les populations de la Colchide, de la Grimée, des bouches danubiennes. La mer Noire devint ainsi un lac Pontique, l'arsenal où Mithridate préparait ses flottes, la place d'armes où il recrutait les auxiliaires du littoral pour former son armée de terre.

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De là, il guettail I<- moment ou l'Asie sérail mûre.

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Sélt'uciilcs ci il<-s Ptolémées; les Romains en

tenaient l;i |»lus grande partie; mais d'une main

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déjà moins ferme par Suite des dissensions de la République. Quand il jugea le moment venu, Bfithridate gravit les plateaux montagneux derrière lesquels il était confiné sur la grève de ITaixin; en quelques mois, l'orage accumulé sur la mer Noire inonda toute l'Asie Mineure. Le roi de Poni la conquit de l'archipel jusqu'à L'Ëuphrate, tandis que ses lieutenants entraient dans Athènes et réduisaient la Grèce. Sauf les Balkans, où Bfithridate ne pénétra point, son empire réunit un instant la plupart des territoires qui devaient former un jour l'empire ottoman. Ce ne fut qu'un instant : Rome envoya des légions, Sylla reprit la Grèce après les journées de Chéronée et d'Orchomènc; il vint disputer l'Asie au nouvel Alexandre.

Je passe sur le détail de vingt-cinq années de luttes, avec leurs alternatives de succès et de revers; c'est la période que nous connaissions le mieux, par les narrations de Plutarque. Plusieurs fois rejeté dans son nid héréditaire, Mithridate en ressortait toujours , avec des armées qui venaient se briser sur les retranchements de

Sylla et de Lucullus. Pompée eut enfin raison de lui; refoulé en Arménie, trahi par son gendre Tigrane, le vaincu entama, le long des côtes de la mer Noire, cette dernière retraite qui ressemble à la chasse d'une bête forcée. Il se réfugia dans les fourrés de montagne où son enfance avait trouvé un asile; les Romains l'en débusquèrent et le poursuivirent plus loin, dans la vallée du Phase, dans les marais de l'Ingour. Le fugitif, entouré de quelques fidèles, s'évada par des sentiers impraticables, sur le versant occidental du Caucase qui tombe à pic dans la mer; repoussé par des tribus inhospitalières, recueilli par des barques de pêcheurs , Mithridate arriva ainsi dans son dernier fort, en Crimée.

Il y assembla encore une armée et conçut alors ce dessein digne d'un Annibal ou d'un Bonaparte : fondre sur l'Italie par la vallée du Danube et les passes du Balkan, frapper son ennemi au cœur, dans Rome même. Ce plan n'était pas irréalisable; comme le remarque l'historien de Mithridate, « qui peut dire si Rome n'aurait pas éprouvé le sort que lui firent subir, cinq siècles plus tard, Alaric, Genséric et Totila? » Mais il faut à de telles entreprises l'allié fantasque delà jeunesse, le bonheur; le héros septuagénaire avait atteint l'âge où la faculté du bonheur est usée. Pharnace, son dernier fils, débaucha les

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troupes mécontentes; elles lignifièrent au vieux roi que sdii rolc était fini. Il ne loi restai! plus

qu'à u tir; il y parvint ;'i l'imimI peine, son corps

robuste résista longtemps. I>«' Bl« rebelle envoya la dépouille de son père aux lUmains; ils l'ensevelirent dans la nécropole royale, à Sinope.

Une vie si agitée intéresserait par elle-même : elle attache davantage quand on pénètre l'homme extraordinaire qui la vécut. Barbare civilisé, Perse instruit aux écoles grecques, Mithridate mêla deux mondes dans son âme complexe : il y a du Pierre le Grand dans ce génie de soubresauts, hâtif et inachevé. Le décor extérieur de sa puissance traduit bien la dualité de son esprit; dans l'équipement de ses armées, dans ses villes, dans ses trésors, dans toute la mise en scène de sa vie, il unit la magnificence écrasante de l'Oriental aux raffinements ingénieux de l'Hellène. Les arts de la Grèce trouvèrent en lui un protecteur entendu; Rome fut éblouie, quand elle vit passer sur les brancards des triomphateurs les statues , les bijoux, la vaisselle d'or du monarque asiatique. Il accueillait les rhéteurs, les poètes; il s'adonnait

aux sciences, surtout à la médecine qu'il pratiquait. La légende des poisons repose sur un fondement réel. Mithridate en cherchait sans cesse de nouveaux dans son laboratoire; il y passait des jours à broyer les herbes vénéneuses du Pont et de la Colchide dans le sang des animaux maléticiés; il avait manipulé lui-même le poison caché dans le pommeau de son cimeterre, et qui ne réussit pas à le tuer. Il composait ensuite des antidotes qu'il absorbait prudemment chaque matin; ses archives regorgeaient de formules thérapeutiques, écrites de sa main, et dont quelques-unes ont survécu sous son nom. Le roi parlait tous les idiomes des peuples qui bigarraient ses Etats. Il présidait aux cérémonies des trois cultes rivaux, le mazdéisme perse, la religion cappadociennc, lepolythéisme grec. Nécessité politique, sans doute; mais, avec l'accoutumance et la réflexion, elle avait dû créer chez cet homme un état de conscience supérieur , la clairvoyance anticipée du savant de nos jours, qui retrouve sous tant de symboles différents l'identité originelle de ces cultes.

II séduit par ces côtés humains; et, d'autre part, sa férocité monstrueuse le met en dehors de l'humanité. L'action de verser le sang, même son propre sang, est aussi naturelle à ce despote d'Asie qu'aux grands animaux carnassiers. Après

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la première nmqiièlr do l'Ionie, il ordonne le massacre de tous les résidents romains; cent mille Latins furent égorgés le jour des « Vêpres éphésiennes ». Ceci, c'esl encore i\c la guerre. Mais il semble que Milhridale ait érigé en système l'extermination de tous ses proches, par le fer ou par le poison. Je relève sur la liste de ses victimes une mère, quatre lils, autant de sœurs, dont l'une, Laodice, fut sa première épouse. Les femmes et concubines qui succédèrent à Laodice périrent de même, à divers intervalles. Tantôt il sévissait contre la trahison, toujours tapie à son foyer; tantôt c'était le malheur et l'orgueil qui lui commandaient ces meurtres. Quand le roi entrait en campagne, il mettait en sûreté dans un de ses châteaux son harem, ses archives, ses trésors. Chacune de ces gazophylacies renfermait une réserve de poisons rares. L'expédition tournaitelle mal, l'armée romaine menaçait-elle le dépôt royal, Mithridate envoyait aux eunuques l'ordre de détruire le harem, avant qu'il tombât aux mains de l'ennemi. On a peine à se représenter les sentiments de ce terrible joueur qui mettait au jeu toutes ses affections, qui levait une nouvelle famille comme il levait une nouvelle armée, liquidant après chaque catastrophe sa vie domestique, parents, femmes, enfants, pour s'en refaire une autre de toutes pièces.

Ainsi succomba Monime, et pourtant il l'aimait. Il aimait aussi Stratonice, qui échappa au sort commun en livrant à Pompée la forteresse et le trésor commis à sa garde. Pour se venger, le roi tua le fils qu'il avait d'elle. L'histoire de la fille du citharède, telle que notre maître Amyot Ta translatée de Plutarque, rappelle l'aventure d'Esther et de Mardochée. « Stratonice, celle qui avoit plus de crédit autour de luy et à qui il avoit baillé en garde le chasteau où estoit la plus grande quantité de son or et de son argent, estoit tille d'un musicien chantre, lequel n'estoit, au demourant, guères riche, sinon d'ans, dont il estoit fort chargé. Mais ayant un soir en un festin chanté devant Milhridates, elle le ravit si fort de son amour qu'il voulut la nuict mesmes l'avoir à luy, et sonvieillard de père s'en alla en sa maison tout fasché. » Le lendemain, Stratonice était sultane favorite ; le pauvre musicien s'éveilla dans la pourpre, en une maison toute pleine d'or et d'argent; des esclaves lui présentaient des vêtements somptueux, des pages attendaient à sa porte avec un cheval richement harnaché. La joie tourna la tête au vieillard ; il courait la ville sur ce cheval en criant : « Tout ceci est à moi, tout ceci est à moi! »

De toutes ces tilles grecques arrachées à leur patrie parle conquérant, une seule trouva grâce

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jusqu'à li lin i't lui ni;ir(jua un véritable attachement. La vaillante amazone Hypsicratée, vêtue en homme, lea cheveux coupés, suivit le fugitif dans ses marches forcées à travers le Caucase; après

le désastre de JNicnpolis, le vieux roi , abandonné de tous, ne retrouva près de lui que cette main dévouée pour rattacher sa cuirasse.

La partie la plus neuve dans le travail de M. Théodore Reinach, celle qui a dû lui coûter le plus de peine et dont je lui sais pour ma part beaucoup de gré, c'est l'étude détaillée qu'il fait des populations riveraines de l'Euxin. L'empire de Mithridate, comme le dit fort justement son historien, n'était pas un morceau de continent plus ou moins entouré de mers, mais un morceau de mer entouré de territoires. Ce bassin de la mer Noire a été de tout temps la cuve où sont venues s'amalgamer les races, pour en ressortir avec des combinaisons nouvelles. Aujourd'hui encore, le voyageur qui parcourt ce littoral y observe des échantillons de tous les peuples de l'Europe et de l'Asie; les uns, immuables; les autres, incessamment modifiés. Il en était de même il y a deux

mille ans ; si Ton avait une carte exacte des transformations ethnographiques accomplies durant ce temps dans ce coin du globe, les plus curieux problèmes de l'histoire générale seraient à moitié résolus.

C'est malheureusement impossible, au moins pour la partie du bassin qui s'ouvre sur les grands fleuves et les grandes plaines : les flots obscurs des migrations ont passé là, comme les vagues roulent la nuit sur cette mer, pressées, pareilles, bientôt mélangées, laissant les mêmes indices ou n'en laissant aucun. A peine si l'historien retrouve quelques points fixes dans cet écoulement continu. Il en est autrement de la partie orientale, où les montagnes ont retenu dans leurs plis quelques résidus de ces migrations successives; ils se sont cristallisés dans les vallées du Caucase. Là vivent encore des sujets de Mithridate. Les Svanes de la Haute-Mingrélie , par exemple : quand Chardin les décrivait, il n'avait presque rien à changer aux récits de Strabon; et il y aurait aujourd'hui bien peu de retouches à faire aux peintures de Chardin. Tel contingent du Caucase, qui porte la cotte de mailles et le bouclier dans l'escorte du tsar, nous représente au vif une des phalanges du roi de Pont : même type, mêmes armes, mêmes mœurs. D'où vient le contentement que l'on éprouve devant ces résurrections partielles du

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passé? Serai! ce qu'en rencontrai!! un débrif immobile, qui nous donne L'illusion d'un peu d<stabilité, nous nous rassurons un instanl contre

la grande misère, la fuite universelle des choses? Une idée oourl à travers ce livre et lui donne

une liante tenue. La tentative de Mitliridate, nous dit M. Théodore Reinach, fut le premier effort de l'Orient pour se séparer de l'< M-cidont. Ce Perse eut le sentiment de l'avenir; il comprit que l'heure était venue d'accoupler deux forces ennemies jusqu'alors, le pcrsisme et l'hellénisme, la puissance barbare et l'esprit grec, pour les opposer de concert à la domination de l'Occident. Aux beaux temps de la Grèce et jusqu'aux expéditions d'Alexandre, il n'y avait eu qu'un foyer de civilisation supérieure dans le monde. Le Macédonien rattacha l'Asie à ce foyer; Rome le reporta plus à l'Ouest; c'était désormais trop peu d'un seul centre de civilisation pour tant d'espace et pour des génies si différents. Le monde n'était plus le petit cercle développé autour du centre hellénique; il prenait insensiblement la figure d'une ellippe à deux foyers. Tout le travail de l'histoire allait tendre à les détacher l'un de l'autre. Eupator mit l'épée barbare au service de la Grèce réfugiée en Asie, opprimée par les Latins; il vint trop tôt; mais cette épée frappa juste, au point faible où devait se faire l'inévitable rup-

ture. — « Que demandait-il, après tout, sinon ce qui devait s'accomplir pacifiquement, par la force des choses, cinq siècles plus tard, lorsque, après la mort de Théodose, l'empire romain, s'effondrant sous son propre poids, se divisa en deux moitiés destinées à se tourner le dos de plus en plus : l'empire latin, à Rome; l'empire grec, à Constantinople. » — Le biographe qui a su agrandir son sujet en le subordonnant à cette vue générale est un historien.

Aussi faut-il souhaiter qu'il préfère de plus en plus les larges procédés de la fresque au travail patient de la mosaïque. Si ce travail est parfois trop apparent dans son Mithridate, je voudrais croire que la faute en revient aux seuls matériaux dont l'écrivain disposait ; il a dû construire ce livre avec les menues indications de l'archéologie, avec des lignes brèves, souvent contradictoires, glanées dans les récits des anciens. Mais je crains bien que M. Théodore Reinach ne voie dans mon souhait une funeste hérésie; il appartient à la nouvelle école d'histoire analytique : on s'y engage d'honneur à ne jamais donner « le coup de pouce ». Il nous dit dans sa préface, et il a mille fois raison de le dire, que la destinée tragique de Mithridate « offre à l'historien comme au poète une ample matière de narrations pathétiques et de tableaux brillants ». Il se reprend

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