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On peut affirmer, par exemple, que non seulement il n'existe aucune incompatibilité entre la thèse de Taine et celle de Gobineau, mais que chacune d'elles, dans le grand mouvement dynamique qui emporte la vie et se rit des compartiments où on voudrait l’'emprisonner, ne trouve ses propres limites qu'à la marge flottante où commencent celles de l’autre, comme le rivage des continents qui semble plus étroit ou plus large selon le rythme normal, les caprices ou les colères de la mer. Il n’est point douteux que la terre modèle l'homme — il suffit, pour s’en rendre compte, de se le représenter globalement dans son attitude physique et morale, vivant aux climats extrêmes de l'équateur ou du cercle polaire, aux contrastes saisissants de la haute montagne ou de la mer, des terres fertiles ou du désert, de la forêt vierge gorgée de venins et de monstres ou de la plaine salubre parcourue de cours d’eau et de routes qui multiplient les relations. Il n'est pas douteux non plus que transporté hors de son milieu d'origine, l'homme garde longtemps vivants, parfois durant plusieurs siècles, les paysages intérieurs originaux qui lui commandent de modifier — s’il n’est pas dès l’abord dévoré par lui — le milieu extérieur où il est désormais destiné à vivre, et de soumettre ses habitants à leur impératif lointain. Vu de haut, le problème est simple. L'échange est continu entre le milieu et l'âme humaine, il y a le même rapport qu'entre l'air et le poumon, entre l'amant et l'amoureuse, entre la mère et l'enfant. [ls se modèlent l’un sur l’autre, et l’un par l’autre. L'homme fait pousser l'aliment qui le détermine à son tour. Le monde extérieur et le monde spirituel constituent un univers unique, dont on ne peut supprimer les puissances respectives sans briser l’une des deux ailes qui ont fait l’homme si grand. Marx et ses disciples ont dit là-dessus des choses définitives.
Comment ne pas aimer l’humble départ de son voyage, .. celui que Samuel Butler, suivant Lamarck, a découvert dans la cellule mère acharnée, pour vivre et pour croître,
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4 verra plus sans doute un jour que la projection dans +=; le monde de Ia lumière intérieure que la curiosité du cs monde allume en lui. Pour ce faire, il ne faudrait pas creuser très loin Flintuition puissante de Butler assistant au transfert continu, dans les régions obscures de l'esprit, des parcelles d'expérience arrachées à lu-
4 et pour se survivre entière dans les milliards d'êtres E
4 complexes qui sortiront d'elle, à incorporer à l'instinct | 1 commun d'une hérédité collective plus vaste que les océ- Î
1 ans, plus vaste que la voie lactée, la modeste intelligence 4
+ pratique qui lui à conseillé de se creuser en dalle pour | 2 retenir et recueillir un peu plus de nourriture, et de L: +. se forer en tubes ramifiés pour faire circuler en elle 4 À un peu plus de sucs substantiels ? IT y a aux origines de 1
4 la vie une transubstantiation si humble qu’on refuse de 4 3 l'apercevoir, bien qu’elle soit profondément solidaire de 1
la transubtantiation mystique par laquelle l’homme con- 4
quiert la force spirituelle qui l’unit à un Dieu où il ne Le
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7 nivers par l'intelligence en activité, et faisant ainsi de 4 l’Etre unique et de chacun de nous un immense mouee vement vers le devenir qu'il saisit comme une proie, - avec d'autant plus d’aisance et de profit que son au-
tomatisme a progressé.
+ Quels larges horizons ! Après des siècles de recherches | passionnées et de connaissances précises, la synthèse ; RS se fait, l'instinct se cristallise, l'éclair luit. Une ère
nouvelle peut s'ouvrir de cet automatisme spirituel qu'on appelle la foi et qui est capable de dessécher les mers et de remuer les montagnes. Ainsi, par un processus analogue à ce qui se passe chez l'individu accumulant dans son subconscient la science patiente du solfège, de l'orthographe ou de la danse pour la projeter ,
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d'instinct dans le chant, le verbe ou le rythme, les phi- « losophes naturistes du siècle, en suivant de forme en 4 forme le cheminement de l’esprit attaché à ses plus médiocres besognes, recréeraient de nos jours même une raison de vivre commune à l’ensemble des humains. Il | y a dans Freud une beaucoup plus grande part de #È Dieu que dans tous les théologiens et philosophes dits 4 spiritualistes réunis. Rappelez-vous l'idée capitäle de Butler : «Ce que nous savons le mieux, c'est ce que nous sommes le moins conscients de savoir... nous ne possédons aucune connaissance approfondie sur aucun sujet tant que nous n'avons pas cessé d'avoir conscience de posséder ce savoir...» La psychanalyse entière pourrait se réclamer de ce faisceau de lumière projeté sur l’abîme intérieur qui nous habite tous. Non seulement les mouvements les plus secrets, et, prétendon, les moins avouables de linconscient sont à la base des déterminations les plus hautes de l’âme humaine, ; mais cette âme elle-même, et sa mystique, et son 1Iyrisme, se retrempe à tout instant dans les ténèbres de |. l'inconscient dont elle huile les ressorts. Dieu n’est pas | extérieur à l'univers total. Il est dans le suc des entrailles et des viscères de chacun de nous, du bouc, du requin, du ver de terre, de l’algue, de linfusoire 2 invisible au sein de la goutte d'eau, de l’amibe au fond | du marais. 4.
Ainsi l’évolution, créatrice de Dieu, constitue le salut +. du monde. L'homme évolue précisément parce quil 4 n'a pas la foi de l'abeille, ni de l’anguille, n1 du chène, 4 ni de la mousse, parce qu'il est trop intelligent pour 4 s en tenir à une certitude définitivement acquise, et par là immobilisée dans une formule qui risquerait d’anéantir, du fait de l'expansion vitale même, le monstre total dont tout ce qui vit fait partie, y compris l’homme lui-même. S'il domine tous les êtres dont la foi s’est
cristallisée, c’est justement à cause de cette fatalité mécânique de sa nature qui fait de lui, dans le monde vivant, grâce à l’épouvantable amour dont il est la proie et qui est devenu le levier le plus puissant — peut-être le seul — de son âme, le répondant de la loi des mondes eux-mêmes qui gravitent, semble-t-il, immuablement, mais en réalité naissent, croissent, meurent, changent de qualité et même de route pour vivre et n'obéissent au génie de Newton qu’à condition que le génie de Laplace et le génie d'Einstein leur montrent la mobilité et la relativité des absolus mathématiques en qui ils s’imaginaient vivre. La respiration de l'univers s'effectue selon le même rythme que la respiration du plus infime entre tous les êtres vivants. L'individualisme n’est plus, dans la durée, qu’un moment imperceptible, et d’ailleurs nécessaire, de la symphonie monstrueuse qui aspire sans cesse à réunir dans l'âme humaine — pour la résolution de ce poème qu'on appelle une civilisation — tous les éléments en genèse et transformations continues de la vie en marche, comme flindividu n’est dans l’espace qu’un fragment imperceptible, et cependant seul conscient, de l'Etre total. Chacun de nous est à tel point une parcelle de l’hérédité commune qui détermine le cri du plus grand poète comme le geste de la cellule affamée saisissant une poussière organique du marécage, que rien nest perdu du passé totalement tendu vers ‘l'avenir. Les cultures, les religions ont beau crouler, les générations s'entasser les unes sur les autres dans les cimetières regorgeant de pourritures nourrissantes — les cultures, les religions continuent sous une autre forme, comme l’homme luimême se survit, depuis Adam, dans le plus lointain des enfants qui naîtra de la dernière Mère, s'il est jamais une dernière Mère. Quelque bouleversement que subisse le monde, notre continuité intérieure le recrée sans re-
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pos en nous, le projette sans repos en lui. L’automatisme même des caractères transmis et des notions acquises nous sauve, et le sauve. La forme emprunte tout son sens aux équilibres de forces qu’elle maintient et qui la conditionnent, et n’en a plus aucun dès que ces équilibres cessent. C’est la grandeur de la religion véritable de le savoir, la petitesse des confessions qui prétendent la contenir de l’ignorer. Le Christianisme, le paganisme, l'islamisme, le brahmanisme, rien de tout cela n’est mort bien que leurs temples ne subsistent qu'à grands renforts d'étais de bois, d'emplâtres de ciment et de crampons de fer, puisque tout cela est pour jamais dans les déterminations innombrables comme les globules de notre sang, obscures comme nos viscères, lointaines comme les hormones ancestrales, de nos gestes les plus familiers. Nous nous sommes délivrés même de notre forme, et même de notre individualisme spirituel qui n’en est qu'une ombre obstinée. On nous avait rivés à Dieu en nous promettant l’égoïste immortalité de notre âme. Nous avons arraché à Dieu l'unité, l’universalité, l'éternité de la vie unanime.
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